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  • 7 septembre 2010 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    Château-sur-Perle et les perles de la Vologne dans VOSGES D'AUTREFOIS chateausurperlecartecassini-150x150

     

    D’après  « Mémoires de l’Académie de Stanislas » - Année 1869

    Château-sur-Perle

    Il existait autrefois un manoir féodal, situé sur une petite montagne, à proximité de la Vologne, entre Docelles et Cheniménil. Il était connu sous le nom de Château-sur-Perle, dénomination qui doit sans aucun doute son origine au produit des mollusques de cette rivière.

    Ce château fit longtemps partie des domaines de la maison de Lénoncourt, mais à la mort de Charlotte, Dame Surette du chapitre de Remiremont, la dernière héritière de cette lignée, il fut vendu à un curé de Docelles du nom de Parisot. Son dernier possesseur fut Philippe Antoine de Chainel qui l’avait acheté des héritiers de cet ecclésiastique en 1755. Il l’a restauré, a créé de beaux jardins sur les flancs de la colline où il a été construit, et y menait la vie d’un riche seigneur.

    Cependant sa noblesse lui fut contestée par un maire de Docelles. Il est certain cependant qu’il appartenait à la noblesse lorraine. Le premier de ses ancêtres, qui reçut des lettres de noblesse, fut Thielman Chenel ou Chesnel, prévôt de Vaudémont. Elles lui furent accordées par Charles, duc de Lorraine, le 22 mars 1588 et son blason porte de gueules à l’écrevisse mise en pal.

    La branche aînée de sa descendance quitta la France pour cause de religion, mais la branche cadette resta en Lorraine et l’un des membres de cette branche, Toussaint Chesnel, officier de la gruerie de Bruyères, reçut du Duc Léopold des lettres confirmatives de noblesse, le 10 août 1706. Enfin, Philippe Antoine Chainel, son petit fils, fut investi par Stanislas, le 10 juin 1757, de la seigneurie de Cheniménil et de Château-sur-Perle et, le 14 septembre 1759, du fief de Turkheim, par de Saint-Simon, évêque de Metz.

    Il ne reste plus de sa descendance que sa petite fille qui a épousé Monsieur H. Laprevotte de Mirecourt. Ses enfants émigrèrent pendant la révolution. Château-sur-Perle fut ruiné, puis vendu avec les terres considérables qui en dépendaient. Le tout fut adjugé le 26 fructidor an III à des cultivateurs de Cheniménil de Laneuveville pour la somme de 415 000 livres.

     

    La légende de l’origine des Vosges

     

    Philippe Antoine Chainel (le dernier possesseur du château) est l’auteur d’un poème héroïque, dans lequel il a célébré les beautés du Château-sur-Perle et les merveilles des Vosges.
    Ce poème a pour titre « La Cinthyperléyade ou l’ordre de Diane », et l’auteur cherche quelle a été l’origine des montagnes des Vosges.

    Donnant carrière à son imagination, il s’appuie sur cette fiction que les Titans vaincus en Thessalie par les Dieux, auxquels ils avaient l’intention de ravir l’Olympe, se réfugièrent, non pas à Tartèse près de Cadix, comme le prétend Ovide, mais dans les Vosges.

    Après avoir franchi le Rhin, ils résolurent, pour assurer leur défense, d’élever à peu de distance de la rive gauche de ce fleuve, un rempart inexpugnable. Ils accumulèrent, comme ils l’avaient fait en Grèce, montagnes sur montagnes et formèrent ainsi la chaîne des Vosges abrupte du côté du Rhin, en pente à l’ouest, et telle est encore aujourd’hui la conformation que présentent ces montagnes.

    Les Dieux les y suivirent, les forcèrent dans leur camp que l’auteur place sur le plateau de Champdray et les repoussèrent dans le bassin de Gérardmer, où ils leur livrèrent bataille. Ils y remportèrent sur ces audacieux rebelles une victoire décisive, et les principaux chefs des Titans, Typhon, Pelor, Hyppolite, Palibotte furent faits prisonniers, ainsi qu’un grand nombre de leurs soldats.

    Les Dieux et les Déesses, descendant, après la victoire, la vallée de la Vologne, s’arrêtèrent sur une petite montagne dominant le cours de cette rivière et Vulcain y construisit immédiatement un château connu depuis sous le nom de Château-sur-Perle. C’est là qu’ils s’assemblèrent pour juger leurs prisonniers.

    Les quatre chefs des Titans que nous avons nommés, furent condamnés à être enfermés à perpétuité dans des grottes souterraines où, depuis cette époque, ils échauffent par leur souffle brûlant des sources bienfaisantes. Telle est l’origine des eaux thermales de Bains, de Luxeuil, de Bourbonne, de Plombières.

    Parmi les prisonniers vulgaires, les uns furent condamnés aux mines et fournirent aux Cyclopes les minerais nécessaires à l’alimentation des forges de Framont, de Rothau et de Saint-Amarin, les autres furent employés aux travaux des salines de Dieuze et de Moyenvic. C’est ainsi que les Dieux introduisirent l’industrie dans les Vosges.

    De son côté, Cérès apprit aux habitants à défricher et à cultiver la terre, et le dieu Pan à élever des troupeaux.Mais ce ne furent pas là tous les bienfaits dont les habitants de l’Olympe gratifièrent les Vosges. C’est à Neptune que ces montagnes sont redevables des belles cascades de Tendon.

    Eole, après la victoire des Dieux, souleva une affreuse tempête qui vint fondre sur Gérardmer des quatre coins de l’horizon. Le sol y trembla, trois crevasses s’ouvrirent et donnèrent naissance aux lacs de Gérardmer, de Longemer et de Retournemer. Des enfants furent métamorphosés en Hurlins, et les eaux de ces lacs sont encore peuplés de ce petit poisson si estimé des gastronomes vosgiens.

    Vénus voulut aussi laisser aux jeunes filles de la Vôge un souvenir de son voyage.L’auteur nous l’apprend dans les vers suivants :
    « Sur la verdure assise à l’ombre d’un bocage,
    Venus vit la Vologne, y voulut prendre un bain
    L’onde en étoit limpide et presentoit son sein.
    Elle entre et, s’ébattant comme fait une anguille,
    Elle enfante un foetus couvert d’une coquille.
    Par les flots emporté ce germe original
    Fut fixé sur la pointe au milieu du canal.
    Cependant de Vénus ayant reçu la vie
    Au voeu de la nature l’huître étoit asservie
    Le long de la rivière aussi vit-on bientôt
    De sa progéniture un très-nombreux dépôt.
    Mais, dans l’huître en l’ouvrant, le pêcheur y rencontre
    Une perle à belle eau, d’une éclatante montre.
    Le galant bijoutier en forme des atours
    Dont la femme raffole en ville et dans les cours ».

     

    Les poètes et les historiens de l’ancienne Lorraine ont célébré, parmi les merveilles de la Vôge, les perles de la Vologne. Cette petite rivière est même représentée dans le frontispice de la Pompe funèbre de Charles III, duc de Lorraine, sous la figure d’une nymphe portant au cou un collier et à la main des masses de perles enfilées. Au-dessous de cet emblème, on lit Vologna margaritifera suas margaritas ostentat.

     

    D’après « Le département des Vosges » de Charles Charton et Henri Lepage –
    Année 1845

     

    Les perles des Vosges

    Les perles des Vosges proviennent de la Mulette allongée (Unio elongata), qui vit dans la Vologne et dans son principal affluent le Neuné. La Vologne sort du lac de Retournemer au pied du Hohneck et au milieu de sombres sapins. Paisible, elle traverse le lac de Longemer, mais fougueuse, elle se précipite de rochers en rochers au saut des Cuves, qu’elle quitte en mugissant et en conduisant son onde écumeuse dans la vallée de Granges. A Laveline, le village aux Gentilshommes, elle reçoit le Neuné, qui lui-même est important par l’étendue de son cours. Après avoir traversé les beaux villages de Champ, Laval, Lépanges, Deycimont, Docelles et Cheniménil, arrosé de riches prairies entrecoupées de riants hameaux et servi de moteur à des papeteries renommées, elle se jette dans la Moselle à Jarmenil.

    La vallée de la Vologne ou de la Perle (la rivière a aussi porté ce nom) est à juste titre une des plus belles vallées des Vosges. Sa réputation ne lui vient donc pas seulement des perles qu’elle charrie, expression consacrée par les anciens naturalistes.

    Le mollusque, qui produit des perles, semble plutôt provenir du Neuné, d’où il s’est répandu dans la Vologne, que de cette rivière elle-même, puisqu’en remontant son cours, on ne le rencontre pas au delà de cet affluent. Il est vrai qu’il pénètre aussi dans les petits ruisseaux qui se jettent dans la Vologne inférieure, mais en se tenant toujours dans la partie la plus rapprochée de son cours : le ruisseau de Barba, renommé par ses belles écrevisses, en offre l’exemple. Il aime les eaux tranquilles, celles qui parcourent des prairies ou des champs cultivés et qui reçoivent par là quelques principes nutritifs. Il se tient dans les endroits profonds, sur le sable ou le gravier limoneux, où il trace des sillons assez profonds, et s’éloigne des chutes d’eau et des courants rapides. C’est la raison pour laquelle on ne le voit plus au delà de Laveline, où la Vologne a un cours tourmenté par les gros cailloux que roule son lit et par les rochers qui, dans la vallée de Granges, hérissent son onde. Il est probable aussi que les eaux qui coulent sur un sol entièrement granitique, et qui sortent des forêts de sapin sans aucun mélange d’eau agricole, sont trop crues et trop froides, et par conséquent nuisibles à son existence.

    Les perles de la Vologne n’offrent pas sans doute ce brillant nacré, ce vif éclat qui reflète toutes les couleurs d’une manière si riche et qui fait tout le prix des perles d’Orient. Mais il en est quelquefois de fort belles, de bien régulières et d’une belle eau. Souvent plusieurs perles se trouvent ensemble dans la même coquille, mais il ne s’en rencontre jamais plus d’une qui soit d’une grosseur et d’une couleur qui les rendent propres à être employées comme bijou.

    Il en est de différentes couleurs : de blanches, de roses, de roussâtres et de jaunâtres. Leur grosseur varie depuis celle d’un pois jusqu’à celle d’un grain de millet. On en trouve aussi qui sont piriformes et encore de celles appelées baroques.

    Ce n’est pas dans les plus belles coquilles, ni dans les plus jeunes que l’on trouve les perles, mais dans les plus irrégulières, les plus raboteuses, les plus excoriées, celles qui offrent le plus de rugosités et qui ont atteint leur grosseur. On en voit presque toujours dans les coquilles qui présentent des cicatrices de fractures occasionnées par accident. On prétend qu’il faut que la coquille ait quatre ans pour produire des perles. C’est donc quatre années qu’il faut à la mulette pour atteindre sa grosseur. Ceux qui les recherchent prétendent encore que lorsqu’une coquille contient une perle, elle n’est jamais isolée, mais toujours environnée d’un grand nombre de coquilles, comme si elle avait besoin de soins particuliers.

    La pêche des perles de la Vologne présentait autrefois une certaine importance, puisqu’elle était aménagée par ordonnance du souverain. En effet, les ducs de Lorraine se la réservaient, l’interdisaient à tous leurs sujets et la faisaient faire par leurs officiers, qui établissaient un pêcheur en titre. La pêche ne devait se faire que dans les mois de juin, juillet et août. (*)

    Cependant, au commencement du siècle dernier, soit que la pêche ne fût pas assez productive, soit que le souverain en voulût gratifier l’un des seigneurs de sa cour, il parait qu’elle ne se faisait plus déjà avec les mêmes soins, puisqu’on voit le comte Humbert de Bourcier, seigneur de Girecourt et du faubourg de Bruyères, jouir du droit de la pêche des perles dans tout le cours de la Vologne. Ou bien était-il seulement l’officier chargé des intérêts des princes ?

    D’un autre côté, le chapitre de Remiremont, étant propriétaire pour moitié de la rivière de Vologne, ne devait pas manquer d’exercer ses droits dans la pêche des perles. De même, le seigneur de Cheniménil, qui avait droit de pêche depuis le pont de Jarmenil jusqu’au Jambal de Granges, devait aussi les mettre à exécution.

    Quoi qu’il en soit, il est certain qu’à aucune époque cette pêcherie n’a fourni de revenus aux ducs de Lorraine ni au chapitre, et qu’elle était établie seulement dans le but de satisfaire à la vanité suzeraine, au luxe et aux caprices de la mode. Aussi, l’épouse de Léopold Ier en possédait un très beau collier et des pendants d’oreilles, et sa fille, la princesse Charlotte, abbesse de Remiremont, en avait aussi un collier, dont elle se parait dans les solennités.

    Aujourd’hui, l’administration ne juge pas à propos d’empêcher la recherche de cet ornement qui a bien perdu de son ancienne faveur ; elle a senti que notre siècle, prenant chaque jour plus de goût pour les choses utiles et moins pour ce qui n’est qu’agréable, laissait à la curiosité seule la recherche des perles de la Vologne.

    Ce n’est sans doute que dans ce but qu’on en offrit à l’impératrice Joséphine prenant les bains à Plombières , et cette auguste princesse, qui a laissé de si bons souvenirs dans nos contrées, ayant exprimé le désir de posséder le mollusque qui les produisait , on lui en envoya de quoi peupler les pièces d’eau de la Malmaison.

    Ce fut aussi par le même motif qu’en 1828, Madame la duchesse d’Angoulème visitant les Vosges, en désira un bracelet, désir qui n’a pu être satisfait, puisqu’on ne put réunir le nombre de perles nécessaires pour le former. Ce n’est pas qu’elles soient bien rares, car il n’est pas une famille aisée des bords de la Vologne qui n’en possède quelques-unes, mais elles y attachent du prix et ne s’en dessaisiraient pas, même pour une princesse, et la jeune mariée est encore heureuse de voir figurer dans sa parure de noce la perle de la Vologne.

    Il n’y a pas à douter que la Mulette allongée n’ait été autrefois beaucoup plus nombreuse dans la Vologne qu’elle ne l’est aujourd’hui : du temps de Dom Calmet, elle était en si grand nombre dans le Neuné, que le fond du ruisseau semble, dit-il, en être pavé.

    Leur diminution provient de plusieurs causes :
    - les recherches des perles par des enfants ou des personnes ignorantes, qui inconsidérément ouvrent toutes les coquilles sans s’attacher à aucune
    - l’accroissement de la population qui a multiplié les habitations et qui, perfectionnant le mode d’irrigation des prairies, a dressé le cours de la rivière, comblé les bas fonds, aplani et défriché ses rives
    - le grand nombre d’usines établies sur son cours
    - enfin les produits chimiques employés en grande quantité par les papeteries, tels que le chlorure de chaux, les alcalis et l’alun , et par le blanchiment des toiles à Lépanges et à Deycimont.

    Si l’on en croit Dom Calmet, la Vologne ne serait pas la seule rivière des Vosges qui donnerait des perles : il dit en avoir trouvé lui-même dans la Meurthe, entre Saint-Dié et Etival, au village de la Voivre. Il dit aussi que, dans les moules de l’étang Saint-Jean près de Nancy, on en rencontre quelquefois. Ces perles ne provenaient certainement pas de la Mulette allongée, qui ne se rencontre dans les Vosges, que dans la Vologne et ses affluents, mais probablement de la Mulette des peintres ou de la Mulette obtuse.

    M. Chainel, seigneur de Chenimenil, qui habitait le Château-sur-Perle, dont on voit encore les ruines à l’ouest de ce village, a composé, en 1791, sur ce sujet, un poëme héroïque en huit chants, intitulé « La Cynthyperleyade ou l’Oracle de Diane ». Ce poëme, resté manuscrit, contient quelques beaux vers. Il est illustré de dessins à la plume qui ne manquent pas de naïveté.

    (*) Nous mentionnerons à titre de curiosité l’existence d’un corps d’officiers de pêche, sur les rivières de la Vologne et du Neuné, et dont la mission spéciale consistait à empêcher ou à surveiller les pêches de perles alors assez communes dans ces deux cours d’eau. Leur traitement était de 50 francs. (Monographie « Contribution à l’étude du droit coutumier lorrain » de Victor Riston – Année 1887).

     

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