• 1 septembre 2010 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

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    Représentation du mont Aiguille en 1701

     

    Le pionnier de l’alpinisme

    D’après un article paru dans la « Revue Lorraine Populaire » de juin 1992

    Antoine de Ville, seigneur de Domjulien et de Beaupré, était originaire de Ville-sur-Illon (Vosges). On ne connaît malheureusement ni sa date de naissance, ni sa date de décès, mais en 1492, année qui nous intéresse, il devait avoir une quarantaine d’années.

     

    Année 1492 : tout le monde sait que Christophe Colomb découvrait l’Amérique, mais ce que l’on sait moins, c’est que la même année, fut réalisée dans les Alpes du Dauphiné, la première ascension mémorable qui ouvrit la voie à l’alpinisme. Cette histoire mérite d’être contée, tant surprenantes furent les conditions dans lesquelles cet exploit fut accompli.

     

    Beaucoup plus que l’altitude, grandeur dont la mesure est assez récente, c’est l’étrangeté des formes qui assure la célébrité d’une montagne. Dans le sud Dauphiné, en bordure de la longue falaise calcaire servant de frontière orientale au Vercors, on voit s’élever un curieux rocher, isolé comme une sentinelle entre les vallonnements du Trièves et les pentes du Grand Veymont. C’est un bloc aux parois verticales de près de 300 mètres de haut, dont l’allure change suivant l’orientation, mais quelqu’en soit le point de vue, l’isolement, la verticalité, l’allure altière sont les mêmes.

    On l’appelle le Mont Aiguille, mais à l’époque qui nous intéresse, on l’appelait le Mont Inaccessible.

    Cette montagne intriguait, non tant par l’abrupt de ses parois, mais par son sommet, ni rond ni pointu, en forme de terrasse presque horizontale, comme une île de verdure entourée d’un farouche rempart.

    Une telle situation donna naissance à quelques légendes. On assurait qu’un vrai paradis s’étendait là-haut tout peuplé d’êtres merveilleux, vivant parmi les fleurs et les trésors, mais nul ne s’était aventuré en pareil endroit pour vérifier ces contes.

    La première mention que l’on connaisse de cette montagne, est curieusement due à un Anglais, Gervais de Tilbury, qui à la fin du XIIe siècle, la qualifie de « altissima ». Les détails qu’il donne sont bien de nature à engendrer une légende, ne dit-il pas en effet que du sommet voisin facilement accessible du Grand Veymont, on observe sur le grand pré constituant le sommet du Mont Inaccessible, des linges très blancs étendus pour faire sécher au soleil, comme ont coutume de le faire les lavandières, preuve irréfutable de la présence d’habitants !

    La deuxième documentation faisant état du Mont est la « Descriptio Castrorum delphinatus » de 1339 qui le mentionne comme étant « rupes mirabilis ».

    Dans un troisième document enfin, le « Registre Delphinal » du milieu du XVe siècle, Mathieu Thomassin, historien lyonnais, énumère les sept merveilles du Dauphiné, parmi lesquelles il place le « Mont inascensibilis in patria Triviarum ».

    Tout cela est en somme assez maigre et traduit un manque de précision bien compréhensible, à une époque où les gens de la montagne avaient autre chose à faire qu’à vaincre des sites inaccessibles.

     

    A cette fin du XVe siècle, régnait en France un prince du nom de Charles VIII, fils de Louis XI, jeune homme à la tête un peu folle, grand amateur de romans de chevalerie, auditeur crédule des sorciers et des alchimistes.

    Vers l’année 1490, au cours d’un pèlerinage qu’il fit à Notre-Dame-d’Embrun, il passa près du Mont, remarqua sa forme étrange et prit connaissance des légendes qui circulaient à son propos. Frappé par ce nom « Inaccessible », il imagina que vaincre cette montagne, ajouterait à sa gloire et aussi à son trésor, si ce qu’on disait sur son sommet était vrai.

    Quoique les documents disponibles n’indiquent pas la date exacte à laquelle fut prise la décision, il parait probable que ce fut au cours de ce pèlerinage. Cette décision du roi n’est cependant pas une fantaisie passagère : il s’intéresse en effet tout particulièrement au Dauphiné, puisqu’en septembre 1491, il fait faire deux copies des « Croniques des feux Daulphins de Viennois », dont il remettra l’une au trésor des Chartres du Dauphiné et dont il gardera l’autre pour lui-même. Enfin, compte tenu de la difficulté et de la longueur de la préparation, il n’est pas étonnant qu’un an et demi se soit écoulé entre la décision et l’exécution.

    Le roi ne partit pas lui-même à la conquête de la montagne, mais il en chargea un personnage de sa suite, Antoine de Ville, seigneur de Domjulien. A l’époque de l’ascension, Antoine de Ville était capitaine de Montélimar et de Saou, il commandait une troupe de 50 hommes d’arme et 400 arbalétriers. Il avait participé en 1477 à la célèbre bataille de Nancy comme porte-guidon dans l’armée de René II, duc de Lorraine.

    Pourquoi ce seigneur lorrain était-il à cette époque au service du roi de France ? Différentes hypothèses sont envisagées. Suivant les unes, les de Ville, ayant la réputation d’être d’excellents artilleurs, auraient été appelés pour remplacer les frères Bureau, créateurs de l’artillerie française. Suivant les autres, une branche des de ville possédait dès le milieu du XVe siècle, des biens en Dauphiné dans le diocèse de Die.

    En ce qui concerne notre « alpiniste », on sait seulement que sa charge de capitaine de Montélimar lui fut attribuée postérieurement à 1479. En effet, à cette date, c’était un certain Jean de Beauvoisin qui en était titulaire et Antoine de Ville était encore au service du duc de Lorraine. Il avait vraisemblablement hérité de la seigneurie de Domjulien d’un de ses ascendants, car en 1426, déjà un Antoine de Ville en est pourvu.

    L’alpinisme pour Antoine de Ville ne fut d’ailleurs qu’une aventure passagère, sa vraie vocation était militaire. Il l’avait commencée en Lorraine sous les murs de Nancy, il la poursuivit glorieusement en Italie dans l’armée de Charles VIII. C’est ainsi qu’en 1495, à la tête d’une troupe de 500 arbalétriers, il s’empara de Tagliacozzo. Il fit partie des négociateurs qui parlementèrent avec les assiégés du Castel Nuovo à Naples. Il reçut le titre de duc de Monte Sant Angelo en reconnaissance de son action dans le sud de l’Italie, où il fut parmi les derniers à maintenir la présence française au cours d’une campagne qui se termina si mal.

    La mission alpine confiée par le roi devait demander une longue préparation. Ceci d’autant plus, que militaire habitué à l’assaut des forteresses, Antoine de Ville, qui n’est pas un montagnard, va imaginer une technique d’ascension très artificielle.Dans la relation qu’il fit de son expédition au parlement de Grenoble, il parle de « subtils engins » qu’il utilisa, ainsi que « d’une demi-lieue d’eschelles » qu’il fit préparer dans ce but.

    On peut donc penser que l’ascension se fit grâce à la construction d’un véritable échafaudage appliqué contre la paroi. Celle-ci mesurant au moins 250 mètres à la verticale, et de nombreux paliers étant nécessaires, on conçoit la grande quantité d’échelles utilisées.

    Cette méthode surprendra les alpinistes de notre siècle, mais elle se justifie fort bien dans le contexte de l’expédition dont le but n’était pas la prouesse sportive, mais l’accès au sommet supposé offrir les merveilles de la légende.

    Antoine de Ville parvint au sommet le 26 juin 1492, accompagné d’une équipe dont la composition est assez inattendue.François de Bosco, dans son mémoire, donne la liste des participants. « Etaient présents, savoir : Me Sébastien De Caret, maître royal en Sainte Théologie, prédicateur apostolique, N. Reynaud, écheleur du roy, Me Cathelin Servet, maître tailleur de pierres de Sainte Croix de Montélimar, Guillaume Sauvage, laquais du seigneur de Domjulien, jean Lobret, habitant de Die et moi-même François de Bosco, prêtre dudit seigneur ». Cette liste suffirait à elle seule à prouver que l’ascension ne se fit pas par une audacieuse varappe, mais bien au moyen des échelles.

    Compte tenu de l’ordre royal reçu et de l’importance de la dépense engagée, l’authenticité de l’entreprise et de sa réussite furent contrôlées par des témoins. Parmi ceux-ci, se trouvait l’huissier Yves Levy dont on possède le constat : « Ledit huissier s’était rendu au lieu où est situé ledit mont et au pied de ce mont, c’est-à-dire où commence le rocher, où il trouva des échelles apposées contre, au moyen desquelles commence la montée. Et bien que ledit huissier eut vu au sommet du Mont le seigneur Domjulien et beaucoup d’autres avec lui, cependant en raison de la longueur de la montée, il ne voulut pas le gravir par crainte de la mort ». Ainsi donc l’huissier prudent, mais pas téméraire, fit son constat depuis le bas de la paroi.

    Antoine de Ville et ses compagnons, qui avaient emporté un ample ravitaillement, restèrent six jours pleins au sommet du Mont Aiguille. Dans la lettre qu’il adressa au président du parlement de Grenoble, le vainqueur en donna une description très succinte : « Pour vous deviser de la montaygne, elle a par le dessus une lieue française de tour ou peu s’en fault, un cart de lieue de longueur et ung traict d’arbaleste de travers, et est coverte d’un beau pré par-dessus e avons trouvé une belle gareyne de chammoys que jamays n’en pourront partyr… ».

    La présence des chamois paraît tellement improbable que pour l’expliquer, on imagina qu’ils avaient été transportés sur ce sommet par des aigles. En revanche, n’ayant trouvé ni trésors, ni êtres merveilleux, il fallut bien se rabattre sur les chamois pour sauvegarder la légende.

    Durant les six jours que les ascensionnistes passèrent là haut, les prêtres dirent plusieurs messes et élevèrent trois croix au bord du précipice. Mais ce n’est pas tout. Nos gens reçurent de la visite : tout d’abord Cilve Delator, châtelain de Clelles avec ses serviteurs, puis le capitaine Lyotard du village voisin de Portes, accompagné de sept personnes. Cette curieuse affluence au sommet du Mont Inaccessible, prouve qu’un véritable échafaudage avait été construit sur toute la hauteur.

    N’ayant trouvé aucun autre trésor que la gloire de l’ascension, et mission étant accomplie, tout le monde redescendit, l’échafaudage fut démonté ou abandonné aux intempéries. Puis le Mont Inaccessible rentra dans sa solitude.

    Il y resta durant plus de trois siècles durant lesquels l’imagination s’empara à nouveau de ce site étrange pour en donner des représentations fantaisistes. On allait jusqu’à prétendre que cette montagne avait la forme d’une pyramide renversée reposant sur sa pointe. C’est ce que raconte Rabelais dans son « Quart Livre » en 1552. Rabelais, il est vrai, n’est pas une référence scientifique. Plus surprenant, en 1701, le père jésuite Ménestrier, dans un ouvrage décrivant les « Sept Merveilles du Dauphiné », n’hésite pas à donner la même description et à l’accompagner d’une gravure figurant l’étrange pyramide renversée. Quelques années plus tard cependant, l’académie royale des sciences oppose un démenti à ces allégations aberrantes et le Mont Aiguille reprend sa forme naturelle.

    Le 16 juin 1834, un petit groupe de paysans de la région tente à nouveau l’ascension du Mont Aiguille, mais cette fois sans artifice et sans échelles. Un seul d’entre eux parvient au sommet. Il s’appelle Antoine Liotard, Antoine comme de Ville et Liotard, comme l’un de ceux qui, en 1492, participèrent à la célèbre expédition. Cette seconde ascension est sans doute la première au sens que les alpinistes donnent aujourd’hui à ce terme.

    Maintenant, le Mont Inaccessible ne mérite plus ce nom, l’alpinisme sportif s’est développé surtout à partir de la fin du XIXe siècle et aujourd’hui quantité de voies sont ouvertes. Même la voie des airs, puisqu’en 1957, un petit avion se posait sur la prairie sommitale.

    Pour en savoir plus sur le Mont Aiguille 

     

  • One Response à “Antoine DE VILLE”

    • ROSTAGNI on 22 février 2017

      Merci pour ce fait historique ,j’étais à la recherche d’Antoine de Ville dit co-seigneur de Riez dont la fille Christine avait épousé Gabriel de Berre (état de Provence selon D.Robert de Briançon)

    Répondre à ROSTAGNI


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