• 27 août 2010 - Par Au fil des mots et de l'histoire

    Quelle est l'origine des aiguillettes ? dans LE SAVIEZ-VOUS ? aiguillettes-150x150

    De nos jours, l’ensemble des formations de la gendarmerie porte les aiguillettes à gauche. Elles sont blanches avec ferrets et coulants or ou argent selon la subdivision, départementale ou mobile.

     

    D’après la définition extraite du « Dictionnaire de l’Armée de Terre »
    écrit par le général Etienne Alexandre Bardin – Edition 1851

     Les aiguillettes étaient bien antérieures à l’uniforme. C’étaient des cordonnets, qui répondaient à l’emploi de nos boutons, et qui servaient à assembler, en se nouant, certaines parties de l’habillement ou du pourpoint, certaines pièces de l’armure. Elles attachaient au XVe siècle la cuirasse. On prenait sous la dénomination d’aiguillette, le tout pour la partie, c’est-à-dire le cordon à ferret pour le morceau de métal qui le garnissait.

    Dans les Jugements de Dieu, si la peine de mort ou celle de la mutilation étaient prononcées, on coupait les aiguillettes aux vaincus, pour disperser leurs armes sur la poussière du champ de bataille, et flétrir ainsi ce qui avait appartenu aux condamnés.

    Un chevalier victorieux en champ clos, pouvait couper l’aiguillette au vaincu, soit champion, soit représenté, c’est-à-dire combattant en personne ou non. Couper l’aiguillette signifiait, en ce cas, arracher à son ennemi ses couleurs, ses livrées, son écharpe. La mort était préférable à un tel déshonneur.

    Des aiguillettes ont appartenu aux vêtements nommés maheutres. De doubles manches, traînant jusqu’à terre, s’ajoutaient, dans le XVe siècle, au juste au corps et s’attachait par aiguillettes ou noeuds d’épaule.

    L’aiguillette est devenue un ornement de couleur distinctive qui retenait sur l’armure les écharpes militaires. Monsieur Monteil dit, qu’au XVe siècle, on reconnaissait l’habit de cavalerie aux aiguillettes qui y étaient fixées pour attacher, au besoin, la cuirasse. Si l’on en croit l’Encyclopédie du XIXe siècle, le duc d’Albe ayant menacé un corps flamand qui avait mal fait son devoir, de punir dorénavant de la corde, les actes de lâcheté. Ils déclarèrent à leur général que pour prouver combien ils étaient certains de ne pas encourir ce châtiment, ils porteraient à l’avance sur l’épaule une corde et un clou (*).

    D’autres écrivains ont rapporté que les dragons de la milice autrichienne, dans le siècle de leur création, portaient la corde à fourrage à la place et de la manière dont on porte aujourd’hui l’aiguillette sur l’habit.

    Suivant d’autres opinions, l’aiguillette servait originairement, non seulement à lier le fourrage, comme le dit l’Encyclopédie des Gens du monde, mais à attacher les captifs, les malfaiteurs, les criminels. Ainsi, on a nommé aiguillette, un genre de corde portée sur une épaule, et qui n’avait rien de commun avec la double aiguillette d’armure porté sur l’une et sur l’autre épaule.

    Après l’abandon des casaques et la suppression des écharpes, l’aiguillette devint un nœud d’épaule du juste-au-corps, comme le témoigne Ray de Saint-Gemies. Ces nœuds empruntés du costume espagnol étaient d’usage dans l’armée de Turenne. C’étaient des lambrequins, des cordons, des rubans, des touffes, des tissus, qui avaient pour destination de retenir sur chaque épaule la buffleterie. Ces distinctions bouffaient et pendaient en lanières garnies de ferrets ou d’aiguilles, et se nouaient à rosettes. Les noeuds du régiment du roi étaient couleur de feu. Dangeau, en 1715, en rend témoignage.

    Les corps réguliers prirent l’aiguillette comme signe de ralliement et marque distinctive. Ils la portèrent à la livrée de leurs chefs. Ce fut pour la cavalerie comme pour l’infanterie, un supplément à l’uniforme, encore mal déterminé.

    Les gardes françaises, au temps ou leur habillement était de draps gris, avaient les aiguillettes ou noeud d’épaule en rouge ; cette couleur était considérée comme celle de Louis XIV. L’infanterie renonça aux aiguillettes depuis l’adoption générale des armes à feu portatives. La cocarde prit alors la destination qu’avait comme marque distinctive l’aiguillette. La cavalerie conserva jusqu’au milieu de l’autre siècle une aiguillette. Elle était de laine pour la troupe, celle des officiers était d’or ou d’argent.

    L’ordonnance du 1ermars 1763 la donne encore aux Dragons des Légions de Louis XV. Celle des officiers supérieurs de la Légion était en or. Les cavaliers de maréchaussée conservèrent une aiguillette en fil, c’était la seule troupe qui la portât. Cette distinction de la maréchaussée est arrivée de changements en changements à être une natte de fil blanc à noeuds de cordelière, à flocs, à trèfle, à ferrets, à coulants comme elle l’a toujours été depuis.

    Les différents corps et les différents grades ont capricieusement porté, tantôt sur l’épaule droite, tantôt sur l’épaule gauche, l’aiguillette du juste au corps ou de l’habit. En 1788, des aiguillettes furent données comme marques distinctives aux cadets.

    En 1789, la Garde nationale à cheval de plusieurs villes, se distingua de son propre mouvement au moyen d’aiguillettes. Une loi du 16 janvier 1791 retira cet insigne à la gendarmerie. En 1793,1a gendarmerie de Paris prit l’aiguillette tricolore. L’aiguillette est légalement restituée à toute la gendarmerie, en l’an six (28 germinal).

    La cavalerie de la garde du Directoire et celle de la garde consulaire et impériale, imitèrent la cavalerie de la garde nationale, et remirent en vogue l’aiguillette en fil blanc et en laine rouge. C’était un caprice reprouvé par l’économie et la raison. C’était une mode qui pouvait être funeste à la guerre, mais la mode prévalut.

    L’aiguillette à fourrage, qui depuis son invention n’avait été portée que par des hommes de certaines cavaleries, a été adopté par des officiers supérieurs d’infanterie de la garde impériale. Ils s’attribuèrent de leur volonté privée cet ornement peu militaire, si incommode dans les mouvements du buste et du bras, si dangereux dans la mêlée. L’usage a sanctionné l’innovation, elle s’est maintenue dans la garde royale, et la loi n’a rien dit jusqu’ici touchant cette aiguillette des officiers supérieurs de l’infanterie de cette garde.

    Il ne restait plus qu’une règle à introduire comme chef-d’oeuvre d’étrangeté : c’était de donner une aiguillette à des marins. On n’y a pas manqué : les élèves de l’Ecole navale ont reçu ce signe décoratif.

    (*) – D’après la revue « Le magasin pittoresque » de 1833

    Pendant les troubles de la Belgique au XVIe siècle, un corps de Gantois se sépara du duc d’Albe pour s’unir aux Gueux, leurs compatriotes. Le duc d’Albe, furieux, fit publier contre eux une sentence qui les condamnait tous à être pendus. Ces hommes intrépides portèrent dès lors, à leur cou, le clou et la corde destinés à leur exécution, si on parvenait à les prendre. Comme ils se signalèrent par de beaux faits multipliés, la corde et le clou, qu’ils avaient adoptés par ironie, devinrent une marque d’honneur. Et c’est là, dit-on, l’origine des aiguillettes de la cavalerie.

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