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    Les gendarmes rouges de Lunéville dans PAGES D'HISTOIRE imagedioramagendarmesrouges-150x150chateauluneville18esiecle-150x150 dans PAGES D'HISTOIRE

     

    Extraits de la monographie « Les gendarmes rouges à Lunéville » d’Arthur Benoît – 1892

     

    La mort du roi de Pologne (25 février 1766) fut un coup terrible pour la prospérité de la ville de Lunéville. La petite cour du bon Stanislas disparaît tout à coup comme emportée par la tempête. La maison militaire avait été brusquement licenciée, ainsi que les pages et les cadets gentilshommes. Le Château, théâtre de tant de fêtes brillantes, avait été abandonné. On avait vendu tout ce qu’on pouvait vendre, et on venait enlever furtivement le peu qui y restait. Les constructions aimées avaient été impitoyablement rasées et le Bosquet et ses dépendances n’étaient plus entretenus. Il ne restait plus de Stanislas que ses oeuvres de bienfaisance, dont quelques-unes ont survécu à la Révolution.

    Grâce aux sollicitations de quelques personnes influentes, le roi Louis XV, jugea à propos de donner aux habitants de Lunéville de quoi faire oublier les pertes qu’ils éprouvaient par suite de la dispersion de la cour du roi de Pologne.

    Il ordonna d’envoyer dans leurs murs, la Gendarmerie de France, dont les cavaliers étaient appelés ordinairement les « Gendarmes Rouges », corps considérable fort d’un millier d’hommes, qui marchait à la suite de la Maison du Roi, faisait brigade à l’armée avec elle, et précédait tous les régiments de cavalerie du royaume, comme étant le plus ancien de l’arme. Les officiers étaient presque tous brigadiers ou colonels. Les sous-officiers, capitaines et lieutenants et les simples soldats se considéraient comme sous-lieutenants et en tenaient le rang.

    Les fréquents passages de ce beau régiment pendant les dernières guerres, l’avaient fait connaître aux habitants qui accueillirent avec joie l’annonce de ces brillants cavaliers, couverts des lauriers de Fontenoy (11 mai 1745), et qui devaient faire renaître chez eux la prospérité et le commerce.

    Le premier détachement, fort de 300 hommes, arriva le 13 novembre 1766. Deux jours après, le 15, vint le second détachement. Ce ne fut qu’au mois d’avril de l’année suivante que parurent les semestriers.

    La Gendarmerie de France était, d’après l’Abrégé du Militaire pour 1740, un corps de cavalerie dont la formation remontait à l’an 725. Ses cavaliers avaient versé leur sang sur tous les champs de bataille de la Monarchie : à Seneffe, au Mont-Cassel, à Fleurus, à Steinkerque, à Marsaille, puis à Ramillies, à Malplaquet, à Mons, à Rocoux, à Lawfeld et au siège de Fribourg.  En campagne, ils prenaient rang avec la Maison du Roi, pour monter la garde devant le logis ou la tente du souverain.

     

    On ne doit pas confondre la Gendarmerie de France dite aussi la « Petite Gendarmerie », avec le très aristocratique corps d’élite, nommé la « Compagnie des Gendarmes de la Garde », dont le roi était colonel.
    Il y avait 10 gentilshommes choisis formant quatre brigades. Les officiers étaient montés sur des chevaux gris. L’armement était l’épée, le pistolet et le fusil. Le capitaine-lieutenant fut longtemps le maréchal prince de Soubise. Les autres officiers étaient lieutenants généraux ou maréchaux de camp. Les cavaliers passaient à l’ancienneté brigadiers de cavalerie. Les dix anciens étaient exempts de service.
    De même que les chevau-légers de la garde, ils allaient déposer leurs étendards dans la ruelle du lit royal. La devise portait : Quo Jubet Iratus Jupiter, allusion au grand roi. Le quartier était à l’hôtel des Gendarmes à Versailles.
    L’uniforme était de couleur écarlate, doublé de velours noir aux brandebourgs, ceinturon et boutons d’or, cocarde noire, veste couleur chamois. L’équipage du cheval était aussi écarlate bordé d’or.
    Ce corps aristocratique était désigné sous le nom de Grande Gendarmerie, Grands Gendarmes. Les nobles cavaliers formaient en guerre l’arrière-garde de la maison du roi. Ils eurent la douleur de se voir supprimés en 1788 par mesure d’économie !

    On ne doit pas les confondre avec la Petite Gendarmerie, les Petits Gendarmes, titres qui déplaisaient beaucoup à nos Gendarmes Rouges et qu’il ne faisait pas bon prononcer devant eux. Par politesse, on les désignait avec le nom de la compagnie dans laquelle ils servaient.

     

    Nous avons déjà dit que tous les gendarmes se considéraient comme sous-lieutenants, titre que leur refusaient les officiers de troupe qui ne voulaient pas les admettre avec eux. C’est ce qui donna lieu à bien des querelles. Enfin, par ordonnance du 24 février 1776, les Gendarmes Rouges eurent le rang officiel d’officiers. Les officiers des régiments n’en persistèrent pas moins à ne pas les admettre dans leur société.

    Le château de Lunéville, où avait résidé si longtemps Stanislas, était donc en 1766 converti en caserne « avec un empressement qui affligeait encore toute la province » écrivait, en 1779, Durival. C’était le point central du casernement des compagnies de la gendarmerie. C’était là que résidaient les officiers supérieurs quand ils n’étaient pas en cour, à Paris ou en province.

    A son arrivée à Lunéville, l’état-major de la Gendarmerie de France était composé d’un major, d’un aide-major et deux sous-aides-majors. Elle était forte de dix compagnies, chacune de près de cent hommes et commandée par un capitaine-lieutenant, un sous-lieutenant, un exempt et un guidon.

    Par ordonnance du 5 juin 1763, chaque compagnie eut trois brigades d’escadron sous les ordres des trois premiers officiers. Puis venaient le guidon, 6 maréchaux-des-logis, 3 brigadiers, 3 sous-brigadiers, 12 appointés et 96 gendarmes avec trois trompettes dont un timbalier dans chacune des huit premières compagnies chefs d’escadron. En outre, il était établi par compagnie un chirurgien, un maréchal-ferrant (vétérinaire) ; il y avait un valet de brigade par cinq gendarmes. L’armement se composait du sabre de cavalerie, du mousquet et du pistolet d’ordonnance.

     

    Le 24 février 1772, chaque compagnie forma deux demi-escadrons. Il y eut alors un capitaine-lieutenant, un premier lieutenant, un second lieutenant, un sous-lieutenant et un porte-étendard, quatre maréchaux-des-logis et six brigadiers. Les appointés prirent le titre d’anciens et conservèrent l’autorité sur les autres. Sur leur état, les simples gendarmes sont qualifiés de Messieurs.

    Les compagnies étaient toujours sur le pied de guerre. On ne devait les honneurs militaires qu’au Roi, aux Fils de France et au Commandant en chef le corps.

    Le Roi était capitaine des quatre premières compagnies, dont voici la composition :
    - 1èrecompagnie : Gendarmes Écossais. Créée en 1427, pour la garde du roi Charles VII. L’étendard de soie blanche avait un chien au pied de deux arbres et regardant un troisième. Devise : « In omni modo fidelis ».
    - 2ème compagnie : Gendarmes anglais. Datait de 1660. L’étendard de soie blanche avec sept aiglons volant vers le soleil. Devise : « Tuus ad me nos vocat ardor ».
    - 3ème compagnie : Gendarmes Bourguignons. Créée en 1668. L’étendard de soie blanche consistait en une croix de Bourgogne flanquée de 4 petites croix.
    - 4èmecompagnie : Gendarmes de Flandre. Établie en 1673. L’étendard de soie bleue avec des fleurs de lis et un soleil rayonnant avec cette devise : « Nec pluribus impar » et au-dessous : « Prisca sub sidera patrum ». Le tout frangé d’or et d’argent comme aux Bourguignons.
    - 5ème compagnie : Gendarmes de la Reine. Créée en 1660. La reine était capitaine. Le capitaine-lieutenant avait ses entrées chez cette princesse et chez tous les princes qui en descendaient. L’étendard portait les armes de la souveraine, couronnées et accolées de palmes avec des fleurs de lis d’or sur soie rouge. Devise : « Seu pacem, seu bella gero ».
    - 6ème compagnie : Gendarmes Dauphins. Créée en 1666. Le Dauphin capitaine, le capitaine-lieutenant avait ses entrées chez le Dauphin et chez ses fils et petits-fils. L’étendard de soie bleue avec un navire sur une mer agitée et trois dauphins jouant sur les flots. Devise : « Pericula ludus ».
    - 7ème compagnie : Gendarmes de Bourgogne. Créée en 1660. L’étendard de soie bleue, un grand et un petit arbre dans la plaine. Devise : « Triumphali stipite surgit ».
    - 8ème compagnie : Gendarmes d’Aquitaine. Créée en 1690. L’étendard de soie bleue, une étoile éclairant les arbres. Devise : « Virtutem autore refert ».
    - 9èmecompagnie : Gendarmes du Berry. Créée en 1690. L’étendard de soie bleue avec un lion en arrêt. Devise : « Vestigia magna sequetur ».
    - 10ème compagnie : Gendarmes d’Orléans. Créée en 1667. L’étendard de soie blanche avec une bombe éclatant en l’air. Devise : « Post fulmina terror ».

    Les princes étaient capitaines de ces compagnies et les capitaines-lieutenants avaient leurs entrées chez eux.

    Ces dix compagnies faisaient escadron avec les six compagnies de chevau-légers dites de la Reine, Dauphins, de Bourgogne, d’Aquitaine, de Berry et d’Orléans. Ces compagnies étaient commandées par un capitaine-lieutenant, un sous-lieutenant et deux cornettes.

    Chaque année, la moitié de la troupe allait en semestre. Le séjour de Paris était défendu aux gendarmes (Ordonnance du 25 juillet 1778). Les fourriers-majors et les sous-aides-majors ne pouvaient s’absenter qu’avec une permission du ministre.

    Un sous-lieutenant, un enseigne et un guidon devaient résider, tour à tour, un mois au corps, les capitaines-lieutenants venaient le 1er juillet, les autres officiers un mois auparavant pour assister aux grandes manoeuvres. Ils restaient jusqu’au 1er septembre (Ordonnance du 25 février 1766). Les principales revues étaient celles de l’inspection générale au mois de septembre et d’avril au retour des semestriers.

    Les grades d’officiers s’achetaient moyennant finance. Le capitaine-lieutenant payait la sienne 150 000 livres, le sous-lieutenant 100 000, l’enseigne 60 000.

    Par ordonnance rendue à Versailles le 18 juin 1770, Louis XV répondit au voeu le plus cher des gendarmes. Pour leur montrer sa satisfaction, il fit donner des brevets de lieutenant aux fourriers : les 12 plus anciens de la compagnie passèrent appointés, au lieu des 4 plus anciens par brigade. Les années de présence au corps comptaient pour l’ancienneté et pour la croix aux gendarmes promus officiers dans d’autres régiments.

    D’après l’Etat militaire de la France pour 1761, l’habit d’ordonnance consistait en un habit, doublures et parements de couleur rouge, bordés d’argent, les boutons argentés, la veste couleur chamois bordée de même et avec semblables boutons, manches en bottes et poches en travers galonnées d’argent, cocarde noire. L’équipage du cheval aussi rouge bordé d’argent avec le chiffre du roi et des princes sous les housses bordées d’argent.

    Ce costume très riche fut encore modifié : l’habit avec les parements et les revers fut de couleur écarlate, bordés d’un galon d’argent d’un pouce de large. La veste, la doublure, la culotte, les gants couleur chamois. Les revers de l’habit garnis de six brandebourgs de galons d’argent ; les boutons argentés et timbrés d’un soleil rayonnant, le ceinturon et le chapeau bordés d’argent, la cocarde blanche, la cravate noire, les bandoulières, le porte-cartouche, les épaulettes brodées d’argent et garnies d’un galon de soie jonquille (Ecossais), violet (Anglais), vert (Bourguignons), feuille morte (Flandre), rouge ponceau (Reine), bleu céleste (Dauphins), bleu (Bourgogne), vert d’eau (Aquitaine), cramoisi (Berry) et souci (Orléans). Le manteau de drap écarlate, le collet bordé d’argent doublé en entier de serge rouge, les parements de drap cramoisi.

    En 1779, les parements furent de couleur blanche ainsi que la veste, la culotte et la doublure de l’habit. Des galons d’argent et de soie à la livrée du roi couvraient les casaques des timbaliers et des trompettes.

    Les banderoles étaient de soie bleue (Ecossais, Flandre, Provence et Artois), aux armes du Roi (Anglais, Berry), comme l’étendard (Bourguignons, Reine), rouges aux armes (Orléans), toutes brodées et frangées d’or et d’argent.

    Le chiffre des housses était une fleur de lis, couronnée de France (Ecossais), les lettres L.G. (Louis le Grand) (Anglais), la croix de Bourgogne (Bourguignons), deux L (Flandre) ; M. R. (Marie Reine) (Reine), deux dauphins (Dauphins),  le chiffre des princes aux autres compagnies. Le tout brodé d’argent. Les officiers et les maréchaux de logis avaient des broderies en argent. Les brigadiers avaient trois galons aux parements et aux poches, les fourriers un aux parements avec trois agréments de même galon en forme de boutonnières. L’ancien avait deux galons sur le parement.

    Les chirurgiens étaient habillés comme dans les autres régiments. Les commissaires portaient l’uniforme de gendarme et le frac bordé d’argent. Les valets d’écurie étaient habillés de laine grise avec un bordé de la couleur de la compagnie ainsi qu’au bonnet d’écurie.

    Le 4 avril 1781, quelques parties du costume furent encore changées. La culotte et la veste furent blanches. Les bandoulières eurent aussi une autre couleur : blanc (Écossais), bleu de roi (Bourguignons), jaune (Flandre), noir (Monsieur), vert (Artois).

    Outre l’habit d’uniforme, les gendarmes avaient un surtout teint en écarlate. Ils le portaient en congé avec la bandoulière et on le remplaçait tous les trois ans. Les timbaliers et les trompettes avaient un surtout en bouracan bleu de roi, doublé de serge rouge. Leurs chevaux devaient être à tous crins et de couleur grise. Les housses et les chaperons de l’équipage étaient bleus. Les officiers avaient aussi le surtout. L’habit d’uniforme était remplacé tous les six ans.

    En congé, le gendarme ne devait porter « aucun habit qui ne serait pas d’uniforme » (Ordonnance du 18 février 1782).

    En temps de guerre, les gendarmes avaient une cuirasse de fer bronzé, doublée de toile, matelassée et bordée d’un drap écarlate, festonnée. Les officiers avaient les bretelles de la cuirasse de velours cramoisi. Ils portaient tous la calotte de fer sous le chapeau. Les cheveux des gendarmes devaient être liés en queue, attachés près de la tête avec une rosette, ceux de face devaient former une boucle.

    En 1770, les Compagnies de Bourgogne et d’Aquitaine furent désignées sous le nom de Compagnies de Provence et d’Artois, à cause des deux petits-fils du Roi. A la mort de celui-ci, la Compagnie de Provence prit le nom, en 1774, de Monsieur, frère du Roi. Les carabiniers, les régiments d’infanterie et les dragons de Provence devinrent les régiments de Monsieur. 

    La Gendarmerie fut visitée par tous les souverains qui passèrent à Lunéville.
    Le 14 décembre 1768, elle manoeuvra devant le roi de Danemark, Christian VII.
    L’infortunée Marie-Antoinette, alors Dauphine, arriva vers 8 heures du soir, venant de Strasbourg, le 9 mai 1770. Elle s’arrêta un instant au Point-du-Jour. Les gendarmes l’escortèrent jusqu’à Saint-Nicolas.
    La même année, le marquis d’Autichamp, écuyer du prince de Condé, reçut ce prince et lui donna une fête au Trèfle, pavillon vis à-vis le Rocher. Ce prince revint pendant l’été de l’année 1787 avec son fils, le duc de Bourbon, dont la fin fut si tragique. Monsieur d’Autichamp fit camper les gendarmes avec armes et bagages sur la droite de la roule de Vic, entre les Glacières et Jolivet, dans un fond, le front du camp faisant face à Bonviller. Les princes arrivèrent, passèrent la revue du camp, puis reprirent la route de Lunéville. Dans l’espace de cinq minutes, le camp était levé et tous les escadrons que les princes venaient de voir derrière eux, étaient devant leurs yeux, rangés en bataille de chaque côté de la route.
    Dix ans auparavant, l’empereur Joseph arriva à Lunéville, le 13 août 1777. Rien n’égalait la simplicité du césar allemand. Il assista à quelques évolutions de cavalerie qui furent commandées par Monsieur Diettmann,sous-aide-major avec rang de colonel (c’était le dernier officier de l’état-major général). L’empereur parut content des exercices du corps, félicita Monsieur Diettmann et lui proposa, dit-on, de venir dans ses Etats. Joseph portait un simple habit bleu sans ornements. Il quitta Lunéville après avoir vu avec tristesse le château de ses ancêtres habité par de simples cavaliers.
    Le dimanche 10 avril 1783, au soir, Monsieur, frère du Roi, arriva à Lunéville et y resta quelques jours. Il passa la revue du corps et il se déclara très satisfait. Il est à remarquer que les gendarmes n’étaient inspectés que par leur commandant en chef, les princes seuls avaient le droit de les faire manoeuvrer.
    Le frère de l’empereur, l’archiduc Maximilien, archevêque-électeur de Cologne, était passé à Lunéville le 4 mars 1775.
    Monsieur revint encore en 1787. Peu de temps après, le corps fut licencié. Ce fut donc une visite de l’auteur de la Charte, de l’ennemi de la reine, qui termina les splendides revues du corps à Lunéville.

    Mais les dépenses excessives des derniers règnes forcèrent, dès 1776, à une économie sévère. Louis XVI se décida à supprimer plusieurs régiments. Grâce aux prières du commandant en chef de la Gendarmerie, Monsieur de Castries, le corps ne souffrit pas beaucoup. L’ordonnance du 24 février 1776 supprime les 9ème et 10ème compagnies, celles de Berry et d’Orléans. Les gendarmes furent incorporés dans les huit autres.

    Vers 1786, on commença pour les gendarmes un magnifique manège, dont le plan et le dessin de la charpente sont déposés à la Bibliothèque de la ville. Il était derrière le quartier des Gardes du Corps et passait pour être le plus beau de l’Europe. Deux cents cavaliers pouvaient y manoeuvrer aisément. Il fut construit sur les dessins de l’ingénieur Lecreux par les entrepreneurs André et Pierson.

    Au licenciement, en 1788, la Gendarmerie ne figure plus, comme sur l’Etat militaire de 1761, à la suite de l’infanterie et à la tête des régiments de cavalerie, mais bien à la suite de la Maison du Roi et avant les Gardes-du-Corps de Monsieur.

    Douze années après le licenciement des deux compagnies de Berry et d’Orléans, Louis XVI, poussé par une sorte de fatalité, crut devoir faire réformer toute sa maison militaire. C’était sous le triste ministère du comte de Brienne. Cette fois, la Gendarmerie de Lunéville ne fut pas épargnée. Les bruits du licenciement complet du corps commenceront à circuler dès la fin de l’année 1787. Les habitants s’émurent à juste titre et cherchèrent les moyens les plus propres à conjurer le danger qui menaçait la prospérité de la ville.

    Le maréchal de Castries, qui tenait à ses gendarmes, fit les plus justes représentations ; il ne fut pas écouté. Il fallait, disait-on, des économies à tout prix, et l’on se privait, d’un trait de plume, d’une troupe choisie d’hommes dévoués, aimant leur roi, la France et l’honneur de leur corps. Les officiers, fiers de leurs cavaliers, qu’ils connaissaient de longue date, avaient vieilli avec eux, étaient habitués à leur passer bien des choses et n’étaient pas partisans de ces malheureuses innovations qui, venues du dehors, changèrent d’abord le caractère des régiments en inspirant aux hommes la haine de leurs chefs.

    Le 2 mars 1788, parut l’ordonnance portant réforme du corps de la Gendarmerie. Pendant dix ans, les Gendarmes réformés conservèrent le rang et les prérogatives de sous-lieutenant, pour donner aux anciens le temps nécessaire pour avoir la croix de Saint-Louis et, aux plus nouveaux, le temps de se replacer honorablement. A défaut de place comme officiers, ils étaient reçus dans les régiments comme bas-officiers. Leur service leur était compté dans ledit grade pour la croix de Saint-Louis. Ils pouvaient se retirer quand ils voulaient, pourvu que cela fût à la fin de la campagne, en temps de guerre, et au 1er novembre, en temps de paix.

    Enfin le Roi conservait un pavillon à Lunéville pour servir d’hôpital pour les maréchaux-des-logis, brigadiers ou gendarmes infirmes ou pauvres, qui, après la réforme, se trouveraient sans asile. Les malheureux gendarmes ne restèrent pas longtemps dans cette maison que la munificence royale leur avait laissée. La Révolution vint les dépouiller de cette aumône bien due. La loi du 16 mars 1792 supprima l’hôpital militaire de Lunéville qui fut déclaré bien national. Les pensionnaires durent entrer aux Invalides à Paris.

    Ce fut ainsi que Louis XVI détruisit, sans le vouloir, le bien qu’avait fait à Lunéville le roi Louis XV. La ville souffrit énormément du renvoi de la Gendarmerie, dit Marchai, qui a eu entre les mains les archives municipales. La population s’était accrue d’une foule d’artisans que le luxe des gendarmes avait attirés. A leur départ, ces malheureux demeurèrent bientôt sans ressource et présentèrent le tableau de la misère la plus profonde.

     

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  • One Response à “Les gendarmes rouges de Lunéville”

    • ROYAL on 8 juillet 2018

      recherche RENSEIGNEMENTS – DATE – liste des régiments de « gendarmes rouges » de la famille ROYAL.

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