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  • La Moselle rattachée au Palatinat en 1940 dans GUERRE 1939 - 1945 moselleannexe-150x150

    D’après un article paru dans l’encyclopédie « La France contemporaine ». 

     

    A Rethondes, le sort de l’Alsace-Lorraine n’avait même pas été évoqué. Pour les Allemands, l’annexion était un fait acquis n’appelant ni discussion, ni commentaire. Et de son côté, la délégation française n’avait pas voulu ou osé soulever une question qui, par ailleurs, ne concernait pas directement l’armistice.

    A Vichy, on affectera donc de considérer officiellement le Haut-Rhin, le Bas-Rhin et la Moselle, comme trois départements occupés au même titre que les autres, bien que leur rattachement au Reich soit déjà effectif et ne puisse être ignoré.

    La première mesure prise par l’autorité allemande en Moselle est le recensement des biens de l’état, de l’église, des collectivités, des juifs. Suivra celui des personnes affiliées à un parti politique, à une association nationale française et même à une société artistique.

    Puis le 13 juillet 1940, une ordonnance prévoit la confiscation des biens des « ennemis du Reich ». Appliquée dès le lendemain, cette mesure se traduit par l’expulsion d’un premier contingent. Le choix de cette date - 14 juillet - n’est pas fortuit. Informés de la préparation d’une manifestation de fidélité à la France par une partie de la population de Metz, à l’occasion de la fête nationale, les Allemands ont voulu prendre les devants et frapper les esprits.

    Les expulsés ont leurs biens et propriétés confisqués et placés sous séquestre, mais les Allemands assurent que le gouvernement de Vichy prendra en charge leur indemnisation. Il leur faut partir sur le champ et ils ne peuvent emporter que du ravitaillement pour un jour, un couvert, une couverture, un vêtement neuf, cinquante kilos de bagages pour les adultes, vingt kilos pour chaque enfant, deux mille francs en argent français par personne.

    La police surveille de très près les préparatifs de départ. A Metz, les religieuses font leurs valises en présence d’un détachement de S.S. En certaines régions, les proscrits sont embarqués dans des camions et abandonnés à Nancy ou à Verdun. Mais le plus souvent, ils sont remis sans un mot d’explication aux autorités de Vichy.

    Parallèlement, les Allemands s’efforcent de convaincre les réfugiés lorrains et alsaciens en zone libre de rentrer dans leurs foyers. Toutefois, le formulaire d’apparence anodine que chacun doit remplir, constitue un acte d’allégeance au Reich que, malgré les sollicitations, les promesses ou les menaces, des dizaines de milliers refusent de signer. En fait, ce sont surtout les jeunes que les émissaires allemands désirent attirer dans la Deutsche Volksgemeinschaft.

    A partir du 15 juillet, les prisonniers de guerre « d’origine allemande » sont immédiatement libérables, à l’exclusion des officiers et de ceux dont les sentiments ne sont pas favorables à l’Allemagne (sic). Puis les autorités de Vichy acceptent la « libération » des Alsaciens et des Lorrains incorporés dans l’armée de l’armistice et les chantiers de jeunesse. Nombre d’entre eux iront mourir sur le front russe dans les rangs des « malgré nous ».

    Les services allemands ont à leur disposition un recensement des Lorrains et des Alsaciens reconnus comme citoyens du Reich, non seulement dans les départements annexés, mais pour l’ensemble du territoire français. Il s’agit d’un véritable fichier établi avant 1914 et maintenu à jour aussi bien que possible par le IIIe Reich. On constate en effet que dès juillet et pendant plusieurs mois, la police militaire allemande en Moselle entreprend, avec documents à l’appui, de retrouver les déserteurs et les insoumis qui ont combattu dans l’armée française lors de la première guerre mondiale.

    Plus tard, des familles lorraines et alsaciennes, fixées depuis longtemps loin de leur province d’origine, seront très étonnées de recevoir des propositions allemandes de retour au pays natal… enfin libéré de la domination française.

    L’incorporation de la Lorraine au Grand Reich allemand, se fit en cinq mois. La première étape fut le rattachement administratif du département lorrain au Gau de Sarre et Palatinat et, le 07 août 1940, la nomination du gautleiter Bürckel qui marque la fin du régime militaire.

    Bürckel est un nazi fanatique que le Führer utilise dans les situations difficiles. En 1935, il organise le plébiscite de la Sarre, et en 1938, après l’Anschluss, il a été le premier gautleiter de l’Autriche. Le lendemain de sa nomination, le préfet de la Moselle, sans pouvoirs mais présent, était arrêté puis expulsé sur la zone libre. Dans les semaines qui suivirent, Bürckel inonde sa province d’ordonnances et de circulaires, multiplia les expulsions. Enfin, le 20 septembre, il fait une entrée solennelle et grotesque dans Metz.

    En Moselle, comme dans les deux départements alsaciens, la nouvelle administration est représentée dans chaque circonscription, correspondant sensiblement aux anciens arrondissements, par un landkommissär qui exerce les fonctions de sous-préfet. Il dépend étroitement du kreisleiter, représentant du N.S.D.A.P (National-Socialistische Deutsche Arbeiter Parteil), lequel étend son contrôle sur la population par l’intermédiaire desvertrauenmänner (hommes de confiance, en l’occurrence les « collaborateurs » à la solde de l’occupant) se répartissant, par ordre d’importance décroissante, en ortsgruppenleiter (chef de groupe local), zellenleiter (chef de cellule), blockleiter (responsable d’un bloc de maisons).

    Toute cette organisation repose sur la surveillance et la délation, et il est évident que les Mosellans ne facilitèrent point son fonctionnement.

    L’ensemble de l’administration de la Moselle est intégrée à celle de Sarre-Palatinat : chemins de fer, postes et téléphones, etc… Le 08 août, les 43 caisses d’épargne françaises de Lorraine sont dissoutes et leurs avoirs, qui s’élèvent à 700 millions de francs, répartis entre 7 nouvelles caisses d’épargne allemande.

    Le 10 septembre, une ordonnance impose l’allemand comme langue judiciaire et, un mois plus tard, le droit allemand entre en vigueur, mais avec un programme d’application progressive.

    Dès les premiers jours de juillet, la sidérurgie et le métallurgie lourde des vallées de la Moselle et de la Fentsch, l’industrie chimique de Château-Salins, toutes les grandes usines sont prises en charge par des spécialistes allemands. Le retour des cadres de direction français a été formellement interdit, seuls les ouvriers peuvent et doivent reprendre leur travail.

    Quelques mois plus tard, la spoliation est officialisée. Les mines et aciéries d’Hagondange (Thyssen), Hayange, Roesslingen, etc. (groupe de Wendel), échoient aux Hermann Goering Werke, les hauts fourneaux et aciéries de Thionville au Konzern Roechling, les aciéries de Rombas à laFriedrich Flick, les hauts fourneaux de Differdange (Luxembourg) aux Vereinigte Stahlwerke de Düsseldorf, etc…

    L’exemple donné par les Konzern est suivi à tous les échelons. Des sociétés allemandes se partagent les sociétés et maisons de commerce dont les propriétaires sont absents ou indésirables. Les hauts fonctionnaires et dirigeant du NSDAP, font main basse sur les biens placés sous séquestre et même sur les objets d’art et les souvenirs du musée de Lorraine. Le pillage se poursuit pendant plusieurs mois.

    Faire disparaître tout ce qui rappelle la France, est la première consigne donnée aux fonctionnaires du Reich. Or les Allemands ont une animosité particulière pour les statues et semblent leur accorder une sorte de signification magique.

    A Metz, on jette bas le maréchal Ney (né à Sarrelouis), le général Mangin (né à Sarrebourg), puis Déroulède, Saint-Louis, Albert 1er et beaucoup d’autres. Le monument de La Fayette dans le jardin Boufflers, est dynamité. On fait la chasse à Jeanne d’Arc, qui a sa statue et son autel dans toutes les églises de Lorraine. Puis on lui accorde les circonstances atténuantes pour sa guerre contre l’Anglais, et surtout parce que les curés de campagne et leurs ouailles, s’opposent avec la dernière énergie à la destruction des statues.

    Un problème délicat est posé par les allégories des monuments aux morts de la guerre de 1914-1918 élevés dans tous les villages lorrains. Finalement, on se contente de faire sauter les statues trop françaises, et de remplacer la mention « Morts pour la France » par « Tombés pour l’Allemagne », après avoir germanisé les noms des soldats gravés dans la pierre.

    Bien entendu, toutes les rues des villes sont débaptisées. A Metz, la place de la République devient « Adolf Hitler Platz » comme il se doit, l’avenue Foch « Goering-strasse », l’avenue Joffre « Rudolfhess-strasse », etc…

    Tous les noms de villes et villages sont germanisés : Sainte-Marie-aux-Mines « Markirch », Fénétrange « Finstingen », Dieuze « Duss », Faulquemont « Falkenberg », Château-Salins « Salzburg », Morhange « Morchingen », Norroy-le-Veneur « Norringen », Vic-sur-Seille « Wich », etc. Mais dans la vie quotidienne, la population maintiendra toujours les anciennes désignations.

    La grande affaire est toutefois la germanisation des patronymes, que les Mosellans refusent avec indignation.

    Le 24 septembre 1940, une ordonnance du gauleiter Bürckel, impose la langue allemande dans les registres de l’état civil, et le 28, la germanisation des prénoms, celle des noms n’étant encore que « conseillée ».

    Les journaux, en particulier le Metzer Zeitung-am-Abend, consacrent de longs articles visant à persuader la population que des prénoms tels que Ginette, Colette, Gaston ou Roger, ne sont réellement pas sérieux, et ne peuvent décemment pas être accolés à des noms de famille bien allemands. Quant aux patronymes, il s’agit de montrer que l’élite française, en particulier militaire, est composée de descendants de familles allemandes, qui conservèrent leur nom germanique, tels Huntzinger, Dentz, Mittelhauser. Non sans déplorer que le maréchal Lautenschlaeger ait cru bon de changer son nom en Lyautey !

    Or, avec la meilleure volonté du monde, il est bien difficile à un monsieur Dupont, d’établir son arbre généalogique avec l’espoir de s’y découvrir un ancêtre portant un nom à consonance germanique. Les services allemands en sont très conscients et dans ce cas précis, suggèrent à Dupont de changer son nom en Brückner.
    Dans le même esprit, Jeunesse se transformera en Jung, Flageolet en Bohn, Morel en Mohr, et chacun peut découvrir dans la liste des spécialités, le nom qui lui convient.

    Le gauleiter Bürckel et ses services reconnaissent que l’intégration de la Lorraine au Reich pose bien des problèmes. Afin d’aider et d’encourager les Mosellans à prendre mieux conscience de leurs origines allemandes, il est décidé de créer un institut pour la recherche historique, géographique et ethnique de la Lorraine, rattaché au Westmark-Institute de Kaiserslautern.

    Mais ceci suppose d’abord que tous les Lorrains soient devenus germanophones. Certes l’usage de la langue française a été brutalement interdit, mais dans la région de Metz par exemple, 75 % des enfants ne connaissent que le français et seuls les plus de quarante ans ont encore une certaine pratique de l’allemand.

    La germanisation de l’enseignement est menée tambour battant par les instituteurs venus d’Allemagne, mais les résultats obtenus sont médiocres, car, malgré l’interdiction, le français reste la seule langue parlée dans la plupart des familles.

    En Alsace, les autorités allemandes sont excédées par la fidélité de la population à son dialecte et par son attitude traditionnellement frondeuse et caustique. En Moselle, elles ont affaire à des Lorrains entêtés, sourds à toutes les injonctions et usant de la résistance passive. Le gauleiter Bürckel croit en avoir trouvé la raison dans son attachement au clergé catholique et il n’a pas entièrement tort.

    Le 15 août 1940, des milliers de Messins défilent silencieusement devant la statue de la Vierge, érigée sur la place Saint-Jacques, et couvrent de fleurs les abords du monument. Malgré le caractère religieux de la manifestation, les Allemands ne sont pas longs à comprendre qu’elle est aussi une protestation contre l’annexion. Le lendemain à l’aube, Mgr Heintz, évêque de Metz, est arraché à son diocèse et expulsé, sa mère âgée de quatre-vingt-un ans, conservée en otage. De nombreux prêtres et religieuses fichés à la police allemande, subissent le même sort.

    Enfin, le 12 septembre, une ordonnance supprime les écoles confessionnelles, qui doivent être fermées avant le 06 décembre. Ce n’est que le début d’une campagne dont l’objectif deviendra, dans les années suivantes, la déchristianisation de la Moselle.

    Bürckel s’est lancé dans une « épuration » dont le but est l’élimination de tous les Lorrains de langue française, considérés désormais comme inassimilables au Reich allemand. Des villages sont entièrement dépeuplés et plusieurs dizaines de milliers de Mosellans expulsés en zone libre abandonnent leurs propriétés et leurs biens à des colons allemands. Des milliers de réfugiés, rentrés depuis moins de trois mois après avoir cru aux promesses allemandes, doivent reprendre le chemin de l’exode.

    Enfin, le 30 septembre, Bürckel annonce triomphalement dans un discours, que la Lorraine, la Sarre et le Palatinat, forment désormais le gau Westmark avec Sarrebrück pour chef-lieu. Un nouveau chapitre de l’histoire de la Moselle annexée était ouvert.

    Du 11 au 21 septembre 1940, soixante-trois trains d’expulsés lorrains arrivent à Lyon. A peine franchie la ligne de démarcation, les drapeaux français ont été déployés aux portières et les wagons se sont couverts de croix de Lorraine et d’inscriptions « Vive la France » « A bas l’Allemagne nazie » « Vive de Gaulle ».

    Les autorités de Vichy manifestent leur mauvaise humeur, font disparaître les inscriptions « séditieuses » et escamotent ces réfugiés mal venus qui portent témoignage contre la politique de collaboration avec l’Allemagne. Dans les journaux, quelques lignes seulement pourront être consacrées à l’arrivée de plusieurs dizaines de milliers de Français en zone libre, mais sans réflexions désobligeantes à l’endroit de l’Allemagne.

    L’attitude du gouvernement de Vichy est ambiguë. Certes, l’annexion de l’Alsace-Lorraine, a motivé onze protestations officielles en 1940. La plus énergique, transmise par Huntzinger à Von Stulpnagel le 3 septembre, est une protestation solennelle contre les mesures prises, en violation de la convention d’armistice, à l’égard des départements alsaciens et lorrains et leurs populations et qui constituent une annexion de fait de ces territoires.

    Mais les Allemands ne jugèrent jamais utile d’y répondre et Vichy les conserva secrètes. En fait, toute référence ou allusion à l’Alsace-Lorraine était proscrite dans les décisions gouvernementales, comme dans la presse soumise au contrôle.

    Les Alsaciens et les Lorrains, où qu’ils soient, se sont sentis parfois abandonnés. Des ecclésiastiques, des fonctionnaires ou des notables étaient reçus par le maréchal et ses ministres, mais presque en cachette et pour s’entendre conseiller la patience et recevoir l’assurance que l’« on pensait beaucoup à eux ». Les circonstances ne permettaient pas aisément une action officielle efficace.

    Il est difficile, pour un gouvernement vaincu, de s’opposer brutalement aux pressions de l’ennemi. Mais dès octobre 1940, la voix venue de Londres, fit renaître l’espoir et l’esprit de résistance à la domination allemande. 

  • One Response à “La Moselle rattachée au Palatinat en 1940”

    • clergue on 23 février 2018

      Bonjour,
      Auriez vous connaissance de religieuses expulsées qui se seraient installées à Prissé (71) dont soeur Picard qui fera partie de l’O.R.A ?
      Avec mes remerciements,

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