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    Des changements du climat de la France (3) dans EVENEMENTS AU TRAVERS DES SIECLES tempete-150x150

     

    D’après des extraits de la monographie imprimée
    « Des changements dans le climat de la France – Histoire de ses révolutions météorologiques »
    du docteur Fuster Joseph-Jean-Nicolas, éditée en 1845.

    Du climat de la France du XIIe au XVIIIe siècle

    Le climat de la France, depuis la domination romaine, était devenu évidemment, de siècle en siècle, plus chaud, moins humide et plus uniforme. Le XIIe siècle commence sensiblement sa détérioration. La détérioration de notre climat a augmenté de siècle en siècle, et se prolonge encore aujourd’hui sans aucune apparence d’amendement. Cette transformation nouvelle se révèle comme la première par les témoignages réunis de la météorologie et de l’agronomie.

    De violentes intempéries fondirent tout à coup sur la France vers le milieu du IXe siècle. L’histoire ne nous entretient à cette époque, que de grands hivers, de grandes pluies, de grandes vicissitudes atmosphériques. Aucun siècle, nous l’établirons bientôt, n’avait compté jusque là, une telle masse d’intempéries. Il n’en offre pas moins de 33, dont 11 grands hivers et 9 grandes pluies.

    Des commotions semblables agitèrent aussi l’atmosphère pendant les Xe et XIe siècles. Le Xe siècle en présente encore 19, et le XIe siècle 28. Sur les 47, il y a 11 grands hivers et 14 grandes pluies.

    Ces chiffres étaient en vérité effrayants, car les intempéries analogues des VIIe et VIIIe siècles n’excèdent pas quatre. Ces malheurs de toute espèce, en conspiration apparente avec le désordre des éléments, perpétuèrent la conviction, exprimée de mille manières durant ces trois ou quatre siècles, de l’arrivée prochaine de la fin du monde.

    Des 80 grandes intempéries de ces trois siècles, 21 grands hivers, 21 grandes pluies et 15 grandes vicissitudes, ensemble 57 ont affecté nos contrées du Nord.

    Leur succession opiniâtre a porté un coup mortel aux antiques vignobles de ces parages. Détruits ou énervés par un ciel ennemi, ils ont péri ou dégénéré. Il n’y en avait déjà plus au XIe et XIIe siècle au Ponthieu, le Boulonnais, la Flandre et la Basse-Normandie. Cependant de nombreux vignobles subsistaient encore dans le nord de la France. La vendange continuait à se faire, notamment en Bretagne, dans la Normandie, en Picardie, dans le Hainaut et le Brabant. Mais la plupart de ces vignobles, sauf quelques crus privilégiés, ne portaient plus dès lors que de mauvais vin.

    Les grandes intempéries ne se ralentirent pas. Le XIIe siècle en a 35, et le XIIIe siècle en a 31. Sur ce nombre, se trouvent 20 grands hivers, 11 grandes pluies et 14 grandes vicissitudes.

    Leur accroissement progressif entraîna définitivement le nord et l’ouest de la France, à abandonner la culture de la vigne. Cette culture disparut ainsi, au XIIIe siècle, de la Picardie, de la Normandie et de la Bretagne. On n’y fit plus de vin désormais que dans quelques localités très abritées. Le peuple le remplaça par la bière et par le cidre. Les débris des vignobles de ces contrées, ceux de Soissons, de Mantes, de Vernon et d’Argence exceptés, devinrent eu outre tout à fait mauvais.

    La dégradation du climat n’a plus eu de cesse. Nos grandes intempéries ont redoublé depuis le XIIIe siècle.
    En voici les chiffres, siècle par siécle :
    - au XIVe siècle, 58
    - au XVe siècle, 30
    - au XVIe siècle, 57
    - au XVIIe siècle, 41.

    La vigne n’a pas résisté à cette série de commotions atmosphériques. Elle a abandonné ses derniers refuges et s’est retirée entièrement des contrées du nord-ouest, ne laissant plus en Picardie, en Normandie et en Bretagne que quelques rejetons incapables de mûrir. Les vins restant en Bretagne, près d’Amiens et autour de Caen, étaient dès lors en très petite quantité, verts, âpres et à peine buvables.

    En Bretagne, François 1er, dans une anecdote racontée par Du Fail de la Hérissaye, conseiller au parlement de Rennes, proclame les vins bretons les plus mauvais de son royaume. En Normandie, les Normands préféraient aux vins de leurs crûs, le Collinhou, sorte de piquette, que les Cauchois obtenaient des vignes attachées aux arbres.

    Tous ces vins enfin ne devenaient potables que par exception dans les années chaudes et sèches. Les provinces dépourvues de vignes ne repoussaient pas le vin. Loin de là, elles s’en procuraient à grands frais de l’Anjou, de l’île-de-France, de l’Allemagne, de l’Aquitaine et du Languedoc.

    Les étrangers ne recherchaient pas moins nos vins. Il s’en exportait des quantités considérables pour l’Angleterre, l’Ecosse, l’Allemagne, les Pays-Bas, le Danemark, la Suède et tous les peuples du nord.

    Le manque de vignes dans nos régions du nord-ouest, força le peuple à se contenter, comme anciennement, de l’usage de la bière, du cidre et du poiré. Les Parisiens croyaient même sous Henri III, que les Normands n’étaient réduits au cidre, que par une espèce de malédiction du ciel. On a tenté depuis, plusieurs fois de rétablir la culture des vignes sous ces régions, mais la rigueur du climat n’a jamais plus permis d’en obtenir du vin.

    Les vignobles de l’Ile-de-France dégénérèrent beaucoup plus tard. Le XVIe siècle en montre seulement les premières marques. La dégénération gagna successivement les vignobles de l’Anjou, de la Saintonge et de l’Orléanais. Au XVIIIe siècle, presque tous ces crûs étaient avilis.

    Le centre et le midi se ressentirent bientôt de la dégénération du climat. Toutefois, il n’y paru pas avant l’hiver de 1709. En 1552, Lancié, près de Macon, récoltait du vin muscat. Un tel vin dans le Maconnais y suppose encore un climat aussi chaud que le Roussillon ou le bas Languedoc. Des titres de 1551 constatent de grands vignobles dans des régions du Languedoc, où le raisin ne rougissait même pas en 1789.

    L’olivier remontait vers le nord du temps d’Olivier de Serres, les orangers, limonniers et citronniers croissaient en plein vent dans la Provence, le Roussillon, le Languedoc et le Dauphiné, donnant partout abondamment des fruits plus estimés que ceux du Portugal et de l’Espagne. La Provence portait des dattes aussi bonnes qu’en Afrique, la canne à sucre était acclimatée à Hyères. Le Rhône, suivant Baccio, roule entre des rivages parfumés de citronniers, depuis la Gaule narbonnaise (qui commence en dessous de Lyon) jusque dans la Provence.

    Les orangers, dit l’historien Chorier, n’ont pas un air ennemi dans la plaine de Nyons en Dauphiné. Belleforest, Bouche, Davity, Gauffredi, géographes ou historiens des XVIe et XVIIe siècles, parlent de la grande quantité, de la grosseur et de la fécondité des orangers, citronniers, poncires, etc., de la Provence. Ces arbres remplissaient encore au XVIIe siècle tout le pays entre Orgon, Aix et Marseille par Saint-Chamar, Miramas, Senas et Malemort, ainsi que le pays entre Marseille, Hyères, Fréjus, Antibes et le Var.

    En Roussillon, les orangers étaient presque aussi communs que les pommiers en Normandie. A Perpignan, la rue nommée aujourd’hui de Saint-Martin, la plus large et la plus longue de la ville, conserva jusqu’au siècle dernier deux lignes d’orangers séculaires en pleine terre. La présence de ces arbres lui avait valu le nom de rue des Orangers qu’on lui donnait anciennement.

    Le XVIIIe siècle enraya ou détruisit toutes ces cultures. Lancié ne fournit plus de vin muscat. Le raisin ne put pas même rougir, nous venons de le dire, sur des points du Languedoc où l’on voyait jadis de grands vignobles. L’olivier recula au lieu d’avancer, l’oranger ne vécut plus à l’air libre en dehors de quelques jardins de la basse Provence. Les palmiers de ce pays ne donnèrent plus de fruits ou n’en donnèrent plus de mangeables, on n’y vit plus de cannes a sucre.

    Personne ne peut dire jusqu’où s’étendait en France la ligne de culture de l’olivier. Stabon, se borne à constater, mais sans indiquer de limites, que cet arbre disparaissait de la province romaine, à mesure qu’on marchait vers le nord et les Cévennes. Rozier déplore les pertes immenses de ces arbres. Au rapport d’Expilly, un seul point de la Provence, en aurait vu périr, dans les deux hivers de 1766 et 1767, plus de cinquante mille pieds.

    Les intempéries de ces siècles trahissent assez bien la nature de la détérioration de notre ciel. La France essuya, dans les six siècles du XIIe au XVIIIe, 252 grandes intempéries. C’est près de deux fois et demie, le chiffre des grandes intempéries pendant les six siècles précédents.

    Cette masse d’intempéries fournit, en ne comptant que les intempéries générales, 78 grands hivers, 34 grands étés, 50 grandes pluies, 32 grandes sécheresses, 58 grandes vicissitudes.

    Tous ces nombres doublent ou triplent les nombres correspondants des grandes intempéries générales des six autres siècles. Celle des grands hivers en particulier est trois fois plus considérable : c’est la proportion la plus élevée. Quant à l’ordre de leur fréquence, les grands hivers marchent en première ligne, les grandes vicissitudes tiennent la seconde place, les grandes pluies ne figurent qu’après elles, les grandes chaleurs et les grandes sécheresses, à peu près égales, se trouvent encore au dernier rang.

    Du VIe au XIIe siècle, les grandes pluies avaient dominé toutes les intempéries. Du XIIe au XVIIIe siècle, toutes les intempéries sont dominées par les grands hivers. Ces nombres et ces rapports, conformes aux résultats déduits de l’agronomie, annoncent dans la seconde période un climat notablement plus froid, plus variable et plus aride.

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