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    Des changements dans le climat de la France (2) dans EVENEMENTS AU TRAVERS DES SIECLES vendangesdupass-150x150

    D’après des extraits de la monographie imprimée
    « Des changements dans le climat de la France – Histoire de ses révolutions météorologiques »
    du docteur Joseph-Jean-Nicolas Fuster, éditée en 1845.

    Du climat de la France du VIe au XIIe siècle

     

    Jusqu’au commencement de l’ère chrétienne, toutes les voix de l’histoire accusent le climat de la Gaule d’un froid excessif, de grandes neiges, de tempêtes terribles et de pluies considérables. Enfin, au VIe siècle, ce concert jadis unanime, cette opinion sans dissidence, changent complètement de ton. Le nouvel état du climat va nous donner la clef de ce changement.

    La Gaule, devenue la France, était déjà du midi au nord, plus chaude qu’à présent. L’élévation de la température résulte des faits très suivis observés par Grégoire de Tours et par les chroniques des monastères. A la fin du VIe siècle, des chaleurs précoces et longues amenaient, presque chaque année, des floraisons et des fructifications hâtives ou des floraisons et des fructifications multiples.

    En 580, les arbres fleurirent au mois de septembre ou d’octobre. En 582, ils fleurirent au mois de janvier. En 584, on eut des roses dans le même mois, et les arbres, qui avaient donné des fruits au mois de juillet, en produisirent une seconde fois au mois de septembre. On vit, en outre, les arbres en fleurs et de nouveaux raisins bien formés dans les vignes au mois de décembre.

    En 585, les arbres refleurirent au mois de juillet. En 586, ils refleurirent au mois de septembre, et beaucoup d’entre eux, qui avaient déjà porté des fruits, en portèrent d’autres jusqu’aux fêtes de Noël. En 587, les vignes poussèrent de nouveaux jets et offrirent de nouvelles grappes bien formées au mois d’octobre après la vendange. En 589, les arbres refleurirent en automne et produisirent une seconde récolte. Les roses aussi reparurent au mois de novembre.

     

    D’abondantes pluies, enflant prodigieusement les fleuves, paraissaient avoir pris la place des gelées et des neiges. En 580, la cinquième année du règne de Childebert, il plut à torrents, en Auvergne, pendant douze jours de suite. La Loire, le Cher, l’Allier et leurs affluents grossirent au delà de leurs plus hautes eaux. Le Rhône et la Saône débordèrent pareillement et renversèrent une partie des remparts de Lyon. La France entière essuya de semblables désastres.

    En 582, des pluies d’orage remplirent le mois de janvier. En 585, il y eut de grandes pluies qui firent grossir extraordinairement les fleuves, les inondations couvrirent les champs, les prés, et compromirent gravement les récoltes. Le printemps et l’été furent tellement pluvieux qu’on les aurait pris plutôt pour l’hiver que pour l’été. En 586, on observa aussi une grande inondation. Les pluies et les inondations se renouvelèrent en 587.

    En 589, il tomba après la fête de Pâques, une si grande masse de pluie mêlée de grêle, qu’en moins de deux à trois heures, les plus petits ruisseaux se transformèrent en grandes rivières. En 590 et 591, il y eut aussi de grandes quantités de pluie et de grandes inondations. Ces pluies étaient fréquemment orageuses et mêlées de grêle, avec des vents violents, des éclairs et du tonnerre, même pendant l’hiver.

    Voici durant le VIe siècle des saisons de la France. L’hiver était rempli de pluies, entremêlées de vents, d’orages et de grêles. Elles continuaient pendant le printemps. Les chaleurs de l’été arrivaient de bonne heure, elles étaient intenses, soutenues et longues. Des pluies, des orages et des vents les remplaçaient à l’automne. Alors, les arbres poussaient fréquemment de nouveaux jets, se paraient de nouvelles fleurs, ou produisaient même une seconde récolte de fruits.

    Ces caractères météorologiques empruntés à Grégoire de Tours, et aux autres chroniqueurs contemporains, ne s’appliquent exclusivement qu’à la France du centre et du nord. Le Roussillon et le Languedoc depuis Toulouse, ne faisaient plus partie de la France : ils formaient la Septimanie ou Gothie, abandonnée en 462 aux Visigoths.

    La propagation de la vigne suivit le développement de ces influences. On vient de la voir paraître dans la Bretagne, dans le Mans, dans la Normandie et dans la Lorraine. On va la voir envahir tout le reste de la France septentrionale.

    Rien n’arrête désormais l’essor de la vigne dans le nord de la France. On l’y voit mûrir ou s’y multiplier partout où passe la charrue. Elle ne demande qu’un terrain docile à l’agriculture. Au VIe siècle, la basse Bretagne, encore en friche, la repousse de ses landes et de ses marais. L’industrie des deux autres siècles lui ouvre indistinctement tous les chemins.

    Du VIIe au IXe siècle, nous la trouvons en plein rapport, sur le Rhin, sur la Meuse, sur la Somme, sur l’Escaut, dans la Lorraine, dans la Normandie, dans le Maine et dans la Bretagne. Les Flandres seules n’en avaient point, parce qu’elles n’existaient pas encore. De vastes marécages submergeaient alors la place de la plupart de leurs cités.Les vignobles du nord étaient cultivés en grand, on y faisait la vendange pour y obtenir du vin. La vigne réussissait à plus forte raison sous les latitudes inférieures. Des titres authentiques des VIe, VIIe, VIIIe et IXe siècles en établissent simultanément la prospérité en Alsace, en Bourgogne, dans l’Ile-de-France, dans la Brie et dans la Beauce.

    Les régions méridionales menaient de front les soins de la vigne avec des cultures spéciales. Au VIe siècle, on a vu la Provence produire des dattes bonnes à manger. Au VIIe siècle, l’olivier rendait de l’huile à Donzère, le point le plus reculé de sa culture actuelle, sur la rive gauche du Rhône.

    Les habitudes se plièrent aux exigences du climat. Jusqu’au Ve siècle, les armées de la Gaule n’entraient ordinairement en campagne qu’au solstice d’été d’après les témoignages cités, de l’empereur Julien, d’Ammien Marcellin et de Cassiodore. Au VIIIe siècle, suivant Alcuin, les opérations militaires recommençaient ordinairement deux mois plus tôt, le 25 avril. Une habitude peut-être plus caractéristique est celle de la sieste ou méridienne, habitude propre aux pays chauds, et passée, à ce qu’il parait, depuis le VIe siècle, dans les mœurs de la France du nord.

     

    Le martyrologue de Wandathert et l’ouvrage qui le suit, poèmes écrits en 848, dans le monastère de Prüm, à quelques lieues au-dessus de Trêves, tracent en effet un tableau tout méridional des chaleurs de la Gaule septentrionale. Le mois de mai commençait l’été, le mois de juin était brûlant et d’une chaleur accablante. La chaleur se soutenait pendant les mois suivants. Le mois de novembre consistait en alternatives de pluies douces et de vents froids. Le mois de février tenait le milieu entre l’hiver et le printemps, tantôt froid, tantôt d’une douceur printanière. Wandathert emploie même à peindre la chaleur du mois de juin, une expression d’intensité dont la langue française a pu se passer, c’est celle de cauma, chaleur étonnante.

    Les rivières ne gelaient plus, à moins d’un hiver extraordinaire : c’est la conséquence du système de pêche recommandé au mois de décembre dans le poème de Prum. Les Normands d’ailleurs infestèrent alors la France pendant quatre-vingts ans de suite, et l’on sait qu’ils y accouraient chaque année, en remontant les rivières, surtout en hiver. Les Alpes avaient beaucoup perdu de leurs frimas. Une description de Claudien les suppose à peine accessibles en été, au commencement du Ve siècle, tandis que Pépin et Charlemagne les franchissent plusieurs fois avec de grands corps de troupes en automne et en hiver. Le troisième passage de Charlemagne, en 786, à la tête d’une armée, s’opéra précisément à l’entrée de l’hiver, et il se fit si vite, d’après les chroniques, que le monarque put célébrer la Noël à Florence.

    Il y a loin de la constitution atmosphérique de la France, depuis le VIe siècle à la constitution atmosphérique de la Gaule sous Jules César. En voici sommairement les différences.

    Dans l’ancienne Gaule, le froid gelait si solidement toutes les rivières navigables, qu’elles se laissaient traverser en sûreté par des armées ayec leurs chariots et leurs bagages. Le froid durait cinq ou six mois au milieu des neiges. La vigne n’y croissait nulle part, excepté sur le littoral de la Méditerranée. Dans la France, depuis VIe siècle, l’hiver sous les hautes latitudes, se bornait au mois de janyier. Des pluies en tenaient la place sous les latitudes inférieures. L’été avait des chaleurs précoces, intenses et longues, qui décidaient très souvent deux floraisons et deux fructifications. La vigne en couvrait toute la surface et produisait du sud au nord des récoltes de vin.

    L’ancienne Gaule recevait annuellement des masses de pluies. Ses fleuves, gonflés par les eaux et plus tard par la fonte des neiges, se précipitaient en fureur à travers les plaines, rendant l’air extrêmement humide jusque dans le cœur de l’été. La France, depuis le VIe siècle, n’essuyait de grandes pluies qu’en hiver et en automne. Celles de l’hiver y remplaçaient les gelées et les neiges, celles de l’automne, généralement chaudes, s’entremêlaient d’orages, avec des tonnerres et de la grêle. Des tempêtes terribles ne cessaient de tourmenter les mers et les terres de l’ancienne Gaule. La France, depuis le VIe siècle, n’avait guère de tempêtes qu’en hiver.

    Tel fut notre climat du VIe au IXe siècle. Il conserva longtemps tous ces avantages, nous les retrouvons en partie aux Xe, XIe et XIIe siècles.

    La France était couverte de vignes d’un bout à l’autre. On y faisait la vendange et du vin, en Normandie, en Bretagne, en Picardie, en Flandre, dans le Hainaut et le Brabant jusqu’à Gemblours, Liège et Louvain. En 998, le comte Burchard concède au monastère de Saint-Valery une portion du vin vendu à Abbeville. En 1026, Richard, troisième duc de Normandie, donne à Adéle, son épouse, une campagne dans le comté de Bayeux, avec ses vignes. Par un acte de donation, daté de 1039, les moines du Mont-Saint-Michel reçoivent la dîme du vin du pays, en deçà de la Sarthe. Le relevé des bienfaiteurs de l’église de Noyon, en 1050, comprend vingt manses de terre à faire du vin, avec d’excellentes vignes dans les pays voisins.

     

    La Bretagne avait aussi ses vignes et ses vins. On en récoltait de tous côtés : à Dol, à Rennes, à Montfort, à Dinan, à Savigné, à Avessac, à Langon, à Tréal, à Mont-Saint-Michel. Des pièces authentiques en justifient sans équivoque. Un acte de dotation de 1069 en mentionne huit arpents à Dol. Des titres de 1121, 1143, 1145, 1181 citent des vignes du Mont-Saint-Michel et de Dol.

    Nous voyons enfin des vendanges et des récoltes de vin dans la Flandre, dans le Heinaut et dans le Brabant. En 868, la persévérance du vent du nord porta un grand préjudice aux vignes, selon les Annales de Sithui en Flandre. Les inondations de 1068 occasionnèrent à Lobes, dans le Heinaut, une stérilité inouïe de fruits et de vin. Le vin de Louvain était alors en grande réputation.

     

    La vigne ne se bornait pas à la France. Elle remplissait concurremment les rives du Rhin, du Necker, du Main, du Danube, de l’Oder, et même de la Vistule. On faisait chaque année des vendanges dans le Palatinat, en Bavière, en Franconie (région du centre-sud de l’Allemagne, annexée à la Bavière en 1815), en Autriche, en Hongrie, en Saxe, dans le Brandebourg, en Prusse et jusqu’en Pologne. Des titres des VIIIe et IXe siècles mentionnent une foule de ces vins.

    Sylvius Æneas, pape en 1456 sous le nom de Pie II, consacre la réputation de ceux de Stuttgart. Il recommande ailleurs le vin d’Autriche. « A Vienne, dit-il, la vendange dure quarante jours. Elle est si abondante, qu’on y emploie journellement douze cents chevaux, et qu’il ne se passe pas de jour, où l’on n’en rentre deux ou trois fois, 300 charettes de vin ». Crusius, en 1583, décrit la fête des vignerons célébrée tous les ans à Tübingen.

    Il y avait aussi des vignes en plein rapport en Angleterre. La dîme des vins y était autrefois assez considérable. Un mémoire de Samuel Pegge mentionne des vignes près de Shipping-Norton dans le comté de Kent, à Northampton, à Leicester. Guillaume de Malmesbury, historien anglais, vante en ces termes au XIIe siècle les vignobles de la vallée de Glocester : « Il n’y a pas de province en Angleterre où les vignes soient plus abondantes, qui rapporte plus de vins, et dont le vin soit plus agréable. Ces vins-là sont loin d’avoir de l’âcreté ou de la rudesse, au contraire, ils rivalisent en délicatesse avec les vins français ».

    La vigne couvrait donc anciennement tout le nord de la France, du Rhin à l’océan. Bien plus, elle enveloppait, du nord au sud, et de l’est à l’ouest, l’Allemagne et l’Angleterre.

     

    A suivre …

     

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