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    Extraits de la notice de l’abbé Idoux, publiée en 1911 et 1912,
    dans les Annales de la société d’émulation du département des Vosges.

    Canton de Saint-Dié
    (Prévoté de Saint-Dié et Raon)

    En descendant la vallée de la Fave, nous trouvons bientôt Frapelle. Si, au contraire nous contournons Spitzemberg, nous tombons sur Naymont-les-Fosses. Ces localités ont toutes deux souffert des désastres de la Lorraine.

    Naymont fut entièrement détruit lors du siège de Spitzemberg, et probablement à la même époque, Frapelle fut dévasté. Dans les trente ans de la tourmente, presque toute la population disparut. En 1660, on n’y comptait plus que 3 conduits et demi, et en 1710, on notait 18 ménages. De l’autre côté de la Fave, sur la Morte, Germaingoutte, en 1660, avait 4 conduits imposables, et en 1710, on y dénombrait 20 ménages.

    Si l’on remonte au pied des Vosges, on ne peut être surpris d’y trouver des ravages considérables. C’est par le col de Sainte-Marie, que le rhingraf Othon-Louis, après avoir battu en 1633 les troupes lorraines à Saint-Hippolyte, se précipita sur la vallée de la Meurthe. Saint-Hippolyte, dévasté par la peste en 1629 et 1632, au point d’avoir vu disparaître 417 personnes, ne fut pas ménagé par le terrible rhingraf. Le château fut détruit, et la population, qui jouissait pourtant d’une certaine aisance et comptait encore en 1632, malgré les coups de la peste, 232 bourgeois, était tombée en 1660 à 100, la plupart ruinés par les guerres.

    Le Val de Lièpvre fut également ravagé et brûlé. Les comptes de 1633, 1661 et 1662, font état que tout le Val de Lièpvre, la ville de Sainte-Marie et les alentours, y compris L’Allemand-Rombach, aux abords de Lubine, furent désolés par la peste, brûlés et pillés par les Suédois. Partout, furent détruits et abandonnés les moulins, scieries, pilons et battants, les terres du domaine, les héritages des particuliers et les acencements furent délaissés et envahis par la brousse.

    S’il en fut ainsi sur l’Alsace, il faut bien constater que les troupes suédoises ne ménagèrent pas davantage le versant vosgien. J’ai déjà signalé la destruction de Norbépaire, qui n’est jamais sorti de ses ruines, et qui actuellement a tellement disparu qu’on ne sait même plus la position précise entre Le Repas et Wisembach.

    Pour passer au creuset le minerai des mines de La Croix, on avait établi une fonderie à Wisembach. Elle fut anéantie de fond en comble, et en 1685, les habitants des environs obtinrent la permission de construire une scierie sur son emplacement. En 1710, toute la mairie de Wisembach comptait seulement 51 ménages.Les moulins de Bonipaire, Layegoutte, Combrimont périrent dans la tourmente. En 1710, Bonipaire ne possédait que 7 ménages, Ban-de-Laveline comptait 16 feux, Bertrimoutier 12 et Raves 18.

    Après avoir jeté un coup d’œil sur la Fave et la Morte, voyons les rives du Taintroué. En 1655, tout le ban de Taintrux était réduit à 13 conduits. Peut-on s’en étonner quand on sait que les Suédois, qui ravagèrent Saint-Dié, déchargèrent leur rage sur toutes les agglomérations des alentours, que le château de Taintrux subit divers assauts et finit dans un tourbillon de flammes !

    En prévision de quelques incursions suédoises, dès le mois de juin 1633, le duc Charles IV fit occuper Saint-Dié par 200 mousquetaires. Mais que pouvait cette poignée d’hommes pour tenir tête, en novembre, contre les soudards du rhingraf, qui venaient de remporter la victoire de Saint-Hippolyte, avaient ruiné Lièpvre, Sainte-Marie, les deux Rombach, les bans joignant et détruit Norbépaire ? La ville fut saccagée plus de 20 fois pendant la guerre de Trente Ans par les troupes suédoises, françaises ou impériales.

    Après la rapide arrivée de Othon-Louis, Saint-Dié resta occupé jusqu’au hardi coup de main par lequel Jean de Werth se saisit des 22 compagnies françaises qui y séjournaient. Mais lorsqu’à l’automne de 1635, Charles IV, découragé par Gallas, se fut retiré en Bourgogne, les Suédois, furieux d’avoir été surpris à Saint-Dié, revinrent y reprendre leurs quartiers. Une fois de plus, ils y rentrèrent en avril 1639, pillèrent à l’envi, endommagèrent les églises, surtout la collégiale, brûlèrent les maisons des chanoines et celle du grand-prévot. La chapitre ainsi que la plupart des habitants prirent la fuite, mais deux chanoines furent saisis et restèrent prisonniers jusqu’à rançon.

    Pendant l’hiver 1643, ce fut le régiment de Batilly qui vint prendre ses quartiers, expulsa le Chapître, se logea dans ce qui restait des maisons canoniales et les mit à sac. A peine les chanoines étaient-ils rentrés, après le départ de la cavalerie de Batilly, que les Suédois reparurent et les chassèrent avec tous les habitants.

    Mais les années 1635, 1636 et 1639 furent les plus désastreuses pour la ville de Saint-Dié. En effet, par les archives d’Etival, nous savons quelle était la fameuse garnison qui, en 1635, occupait la cité déodatienne. Outre les 22 compagnies sur lesquelles Jean de Werth fit main basse, il y avait aussi, en juillet, une compagnie de dragons suédois. Or, pour toutes ces troupes, la ville supporta des contributions énormes en argent et en rations de vivres, qu’elle était dans l’impossibilité de fournir. Force lui fut de frapper à toutes les bourses capables de consentir des prêts, et les principaux bourgeois donnèrent plein pouvoir au lieutenant du prévôt ducal et au mayeur des chanoines, pour contracter les emprunts nécessaires, notamment à l’abbaye d’Etival, mais les remboursements n’étaient toujours pas effectués en novembre 1720.

    Il est probable que la hardie campagne de Jean de Werth, ne fut pas sans donner quelques accrocs à la population, car les habitants ont toujours à pâtir de chaque fait d’armes.

    En tous cas, ce fut l’année 1636 qui amena la désolation à Saint-Dié. Dès le 1er février, ordre était donné par la cour de France de démanteler Bruyères, Raon, Saint-Dié, etc., et la besogne fut faite. En effet, nous savons qu’en 1636, le théâtre de la guerre fut porté sur la Franche-Comté. Or, La Valette, voulant barrer passage à Charles IV, prit le chemin de Saint-Dié, dont il s’empara le 2 juin. Pour garder le pays dont il venait de s’emparer, La Valette laissa à Raon-l’Etape le colonel Gassion qui arrêta net Coloredo, et un détachement de Suédois à Saint-Dié, enfin lui-même s’élança sur l’Alsace par Wisembach. Le capitaine d’Arbois, étant tombé à l’improviste sur les Suédois de Saint-Dié, les mit dans l’impossibilité de s’échapper. Alors se voyant cernés, ils se retirèrent dans la tour, unique en ce temps, de la grande église, et plutôt que de se rendre, leur chef, à cheval sur un tonneau de poudre, approcha une mèche enflammée et provoqua une explosion formidable. Le feu se porta dans toute la tour, les sept cloches furent fondues.

    Après la brillante campagne des Vosges due, en 1638, à Lignéville, Cliquot, Beaulieu, De Ville, Saint-Dié fut occupé par les troupes de Charles IV, mais les exigences des soldats à la solde de la Lorraine, ne furent pas moindres que celles des aventuriers à la solde de la France.

    En 1639, les Suédois se ruèrent de nouveau contre Saint-Dié et sa banlieue, qi’ils saccagèrent et brûlèrent d’une façon impitoyable. J’ai déjà dit que La Bolle passa par les flammes, qu’Hellieule disparut, et que Taintrux fut ravagé. Les habitants n’eurent d’autre ressource que de se réfugier dans les profondeurs des forêts de La Madeleine. Tout fut pillé ou détruit. A la suite de ces assauts, la population, consumée par la misère, disparut rapidement.

    En 1642, on ne comptait plus dans l’immense prévôté de Saint-Dié et de Raon, que 200 contribuables, et deux ans après, il en restait 150. Robache, en 1660, avait trois chefs de famille imposables !

    Une dernière fois, on retrouve les Suédois sur les rives de la Meurthe. En 1649, Saint-Dié était occupé par les régiments de Toubac (alias Toubarre, Toubadel), Streffe et Bussy. Ils ne quittèrent que pour gagner Epinal, et en juillet 1650, Mirecourt.

    Mais ce ne fut pas encore la fin des tribulations. Quoique Lignéville eut reconquis les Vosges, Saint-Dié ne retomba pas au pouvoir des Lorrains, et la ville fut plus occupée que jamais. Le 22 mai 1650, un régiment de cavaliers allemands de monsieur de Touraine (sic) fut mis en déroute et repoussé dans Saint-Dié. A la suite de quelle bataille, eut lieu cette fuite ? La pièce qui la mentionne ne le dit pas, mais le procès-verbal indiquant ce détail est loin de prouver que ces cavaliers se comportèrent paisiblement dans la ville qui leur servait de refuge.

    Quoi qu’il en soit, les quartiers d’hiver se firent sentir de plus en plus lourds et ils étaient si pesants que Louis XIV, en 1654, crut faire une grande faveur aux chanoines et aux vicaires du Chapître, en les exemptant des logements militaires et des fournitures de fourrages ou denrées.

    On ne trouvait plus à Saint-Dié, en 1655, que 30 conduits, et en 1660, pour Saint-Dié et Raon, il ne s’en comptait que 40, à peine 200 individus ! C’est pourquoi la maîtrise des boulangers de Saint-Dié n’existait plus. De même, la maîtrise des drapiers de Raon, en 1656, avait disparu.

    En résumé, dans le canton de Saint-Dié, on se trouve en présence d’une population partout clairsemée, de ruines accumulées, d’une ville désemparée, de deux localités, Norbépaire et Hellieule, à jamais disparues, et d’un territoire en friche.

     

    A suivre : les cantons de Brouvelieures et de Corcieux

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