•  

    L'étang des morts de Bosserville dans LIEUX DE MEMOIRE EN LORRAINE cartetangdesmorts-150x150bosserville4-150x150 dans LIEUX DE MEMOIRE EN LORRAINEbosserville3-150x150bosserville2-150x150bosserville1-150x150

     

    D’après un article d’Emile Badel paru dans la revue « Le pays lorrain » en 1906

    Un soir du dernier mois d’octobre, je reçus cette lettre : « Je lis avec le plus grand plaisir et le plus vif intérêt vos articles qui peignent si bien la beauté de notre cher pays lorrain. Vous chantez les ruisseaux qui nous apportent dans leurs murmures d’historiques souvenirs, et vous célébrez en termes émouvants les grandes mémoires de nos ducs et celles des femmes héroïques qui s’appellent Marguerite d’Anjou, Jeanne d’Arc et Marie Stuart. C’est l’idéal rêvé et réalisé.

    Vos pages sur la Chartreuse de Bosserville, le beau monument lorrain, sont admirables et très goûtées. Si vous retournez à Bosserville, au sortir du pont stratégique de Laneuveville, vous voyez devant vous, sur la lisière du bois, une villa ou maison de robin. Vous vous dirigez de ce côté par un petit sentier qui domine le côté ouest de la Chartreuse. Dans le mur de clôture, vous voyez s’ouvrir une grande porte, appelée la porte des Morts.

    En 1813, après la désastreuse campagne d’Allemagne, la Chartreuse servit d’ambulance pour recueillir les débris de l’armée. Ces malheureux mourant de faim et de misères, étaient, de plus, décimés par la peste. Des femmes héroïques de Lorraine se sont dévouées, et plusieurs sont mortes victimes de leur dévouement.

    En continuant votre sentier, vous arrivez la maison du Robin, le chemin qui passe devant vous conduit, à travers la clairière du bois, dans un enfoncement. A votre gauche, se trouve une fontaine, appelée Fontaine d’Amour. On l’a aveuglée, probablement parce que l’amour est aveugle.

    A votre droite, se trouve ce qu’on appelle l’Étang des Morts. C’est là que reposent les héros de Lutzen, de Bautzen et de Dresde. Combien sont-ils ? En très grand nombre, car les gens du pays disaient que ces pauvres soldats mouraient comme des mouches et qu’on emportait leurs cadavres sur des chariots, sur lesquels on les entassait. Ces chars, passant par la porte des Morts, étaient dirigés vers l’étang des Morts.

    Cet étang, alimenté par un petit ruisseau, servait de réservoir de poissons pour les Chartreux. On l’a desséché en le comblant de la façon que je viens de vous dire. Le ruisseau qui recevait le capital des eaux de la fontaine coulait et coule encore à ses heures, se jeter dans la Meurthe après avoir traversé sous un pont la route de Tomblaine.

    A votre retour, par le même chemin, vous laissez à votre droite la Tuilerie de Bosserville, c’est dans les dédales de ce labyrinthe que Dom Anthelme, chartreux, disait la messe pendant la Terreur. Il se cachait dans les bois et venait de temps en temps dans la cellule d’angle du mur nord-ouest. Pendant la Révolution, cette cellule fut le foyer de la religion pour tous les villages environnants. J’ai connu des vieillards qui me disaient les larmes aux yeux : « C’est là où j’ai fait ma première communion, où je me suis marié, etc. ».

    Après avoir dépassé la Tuilerie, vous allez droit devant vous, et vous franchissez un ruisseau qui alimentait aussi, comme son voisin, un étang, réservoir de poissons. Du reste, la digue l’indique assez.Vous suivez ce grand mur ouest et nord, vous traversez un coin du bois de la Brûlée puis, au sortir, vous vous trouvez en face d’un de ces panoramas admirables que vous savez si bien décrire. Car, chez vous, les mots sont peintres.

    Vous descendez, prenez le chemin d’Art-sur Meurthe. Vous y arrivez, après avoir traversé les ruisseaux de Mon-Repentir et du pré de la Saute. Tous deux viennent de la queue de l’étang et alimentaient encore des réservoirs. Chez nous, les ruisseaux sont utilitaires.

    Je vous conduis ainsi à Art-sur-Meurthe, pour vous prier d’aller consulter les registres de la commune. Un ancien maire me disait : « Je m’amuse parfois à lire les noms des soldats morts à la Chartreuse, de ceux dont on a pu saisir l’état-civil ».

    Leurs descendants ignorent sans doute le lieu de leur sépulture. Ces pauvres oubliés n’ont pour prières que le murmure du vent et des grands arbres de la forêt. A l’époque de la Toussaint et du centenaire de Napoléon, ce serait peut-être le moment de ressusciter ces patriotiques souvenirs.

    Un vieux Lorrain de 1840

     

     

     

     

    D’après un article d’Emile Badel paru dans la monographie
    « Monument de Bosserville aux soldats morts pour la patrie en 1793-1794 et en 1813-1814 » en 1911.

     

    Après la glorieuse campagne d’Allemagne de 1813 et les victoires fameuses de Lutzen, de Bautzen et de Dresde, la Grande Armée de Napoléon Ier se repliant sur la France, traversa lentement l’Alsace et la Lorraine.

    La peste, le typhus, toutes les maladies épidémiques vinrent bientôt accabler nos jeunes héros – ces Marie-Louise, comme on les appelait – et l’on dut les isoler par centaines et par milliers, dans plusieurs de nos villages, d’anciens monastères abandonnés, tels que la Chartreuse de Bosserville, à quelques kilomètres de Nancy.

    Chaque jour, ces jeunes soldats de la plus grande France d’alors, Français, Belges, Hollandais, Rhénans, Luxembourgeois, Italiens et Suisses, parmi lesquels se trouvaient aussi de nombreux prisonniers russes et espagnols, étaient décimés par le fléau.A quelques centaines de mètres de la Chartreuse, dans le bois Robin actuel, se trouvaient trois étangs ou réservoirs de poissons pour les moines. On vida ces étangs, et chaque jour, durant plusieurs mois, on y jeta en tas les morts de la Grande Armée, les pauvres soldats abattus par la maladie. (Le Comité vient d’apprendre que les morts de 1813-1814 ne sont pas seuls dans les Etangs des Morts de Bosserville. En l’An II et en l’An III de la République, la Chartreuse avait déjà servi de lazaret militaire, et plus de 3oo soldats français furent inhumés à cette époque à Bosserville).

    L’oubli se fit bientôt sur ces tombeaux. Les étangs et la colline furent boisés… et les ossements de plusieurs centaines de soldats français – d’aucuns disent 2 ou 3000, d’après la tradition locale – restèrent là sans sépulture honorable, depuis bientôt un siècle.Le souvenir de ces jeunes héros se conservait seulement dans le pays… souvenir bien effacé aujourd’hui… quand, il y a cinq ans, des coeurs patriotes résolurent de tirer de l’oubli ces morts de Bosserville et d’ériger près des Etangs des Morts du Bois Robin un modèle monument, qui redirait aux passants la mémoire de nos soldats de 1813.

    Plusieurs cérémonies grandioses ont eu lieu, avec le concours des sociétés patriotiques de Nancy et des environs, des Belges de Nancy, de généreux promoteurs et depuis quelques années, un véritable pèlerinage s’est fondé aux Etangs des Morts de Bosserville.Nous avons pensé que l’heure était venue de faire davantage. Déjà des plaques de marbre blanc, apposées à Bosserville, redisent aux visiteurs ce qui s’est passé en cet humble hameau.

    Mais il faut plus et mieux. Il convient de marquer d’un signe auguste la tombe de ces jeunes braves, d’ériger un monument, une pyramide de granit de 7 à 8 mètres de hauteur, ornée d’une bague de chêne et de laurier, pyramide qui se dressera sur la colline dominant la vallée de la Meurthe, entre Nancy et Saint-Nicolas de Port.

    Dans ce but, un Comité s’est formé, en dehors et au-dessus des partis politiques, composé de bons Lorrains et de bons Français, de présidents de sociétés belges et italiennes, et qui a l’intention de mener à bonne fin, avant le centenaire de 1913, l’oeuvre de pieuse commémoration qu’il a entreprise.L’inauguration officielle du monument eut lieu le dimanche 30 octobre 1910.

     

  • Laisser un commentaire


18 jule Blog Kasel-Golzig b... |
18 jule Blog Leoben in Karn... |
18 jule Blog Schweich by acao |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | 21 jule Blog Hartberg Umgeb...
| 21 jule Blog Desaulniers by...
| 21 jule Blog Bad Laer by caso