• 15 avril 2010 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    L'éruption volcanique en Islande ou l’extraordinaire brouillard de l’été 1783 dans EVENEMENTS AU TRAVERS DES SIECLES fumeeeruption-150x150

    D’après les registres de « histoire de l’académie royale des sciences »,
    écrit par M. Mourgue de Montredon de l’académie royale de Montpellier – 1784

    Un phénomène rare a frappé d’admiration l’observateur instruit, autant qu’il a porté la surprise et la terreur chez le vulgaire, toujours prompt à s’effrayer à l’aspect des évènements de l’atmosphère qui ne lui sont pas familiers.

    Après des temps assez inconstants, qui régnèrent pendant les mois de mai et partie de juin, on aperçut le 17 juin, l’atmosphère couverte de vapeurs épaisses, semblables aux brouillards qu’on voit pendant l’hiver. Comme c’était au moment où les blés approchent de la maturité, le cultivateur redouta l’effet des brouillards qui ruinent très souvent les récoltes à cette époque.

    Le lendemain 18, les vapeurs parurent plus épaisses et plus basses, on ne voyait pas les objets à la plus petite distance. A l’aspect d’un brouillard aussi épais, on fut étrangement surpris de ne pas observer la moindre humidité sur le sol, ni sur les plantes. On ne pouvait se persuader, et pour s’en convaincre, on courait dans les prairies que l’on fauchait alors. On y trouvait tout aussi sec que si le soleil avait été ardent et le vent très fort.

    Ce phénomène dura sans interruption jusqu’au 22 juillet.Pendant tout ce temps, le soleil ne se présenta pas rayonnant, il ne donnait qu’une lumière pâle. On en voyait matin et soir, le disque rond et rouge comme celui de la pleine lune au sortir de l’horizon. La journée orageuse, avec très fortes pluies, du 20 juin, ne diminua ni l’effet ni l’aspect de ces vapeurs. Elles allèrent en augmentant, et la surprise fut extrême, lorsqu’on vit que les très grands vents du nord des 27, 28 et 29 juin, loin de chasser ou de diminuer ces vapeurs, parurent leur avoir donné plus de consistance.

    Ce ne fut que le 22 juillet, après l’orage (grêlons de quatre pouces de longueur sur deux pouces de largeur dans les contrées voisines de Montpellier), que l’atmosphère parut dépouillée de tout brouillard. Cela dura quelques jours, mais on les vit reparaître dès le 12 août, et se soutenir jusqu’au 4 septembre, quoique moins épais qu’ils n’avaient été auparavant.

    Ces vapeurs étaient très basses, on n’en pouvait douter à l’aspect louche que présentaient les corps qui étaient les plus près de terre, tels que les maisons, les arbres, etc. Elles étaient fort répandues, puisque nous avons appris que ce phénomène a été aperçu non seulement dans toute l’Europe, mais même en Asie, en Afrique, et au loin dans les pleines mers du nord et de l’ouest.

    Plusieurs raisons paraissent démontrer que ces vapeurs n’étaient pas aqueuses :

    - La sécheresse parfaite qu’il y avait sur le sol, sur les plantes, sur les corps susceptibles de s’imbiber de la moindre humidité.
    - Les vapeurs aqueuses, les brouillards ordinaires sont constamment dissipés dans cette saison, pendant le jour, par l’effet de la chaleur qui les dilate et les enlève dans l’atmosphère.
    - Les vapeurs aqueuses ne résistent guère à l’action des grands vents. Elles en sont ordinairement dissipées, chassées ou condensées en nuages. Or, on ne les vit jamais aussi épaisses, le soleil ne se montra jamais aussi rouge que pendant et après les très grands vents du Nord des 21, 22, 23, 27 et 28 juin, 4 et 5 juillet.
    - Les vapeurs aqueuses ordinaires s’identifient avec la pluie et sont entraînées avec l’eau qui tombe. Or les temps pluvieux, orageux avec éclairs presque continuels et fréquents tonnerres, qui ont régné le 20 juin, pendant une partie du mois de juillet et vers la fin août, ont à peine diminué ou altéré l’état de ces vapeurs.
    - Ces vapeurs n’ont pas mis en déliquescence les sels qui en sont les plus susceptibles.

    Quelle pouvait donc être la nature de ces vapeurs, dès qu’il parait démontré qu’elles n’étaient point aqueuses ?

    D’après les tremblements de terre et les bouleversements qu’il y a eu en Europe cette année 1783, les principaux foyers souterrains renfermés sous la partie du globe que nous habitons, furent mis dans une activité extraordinaire.Ces feux souterrains furent mis en action presque dans le même temps sur une assez large bande de terre, dans la direction du Nord-ouest au Sud-est de l’Europe, sur une étendue d’environ 35 degrés, depuis l’Islande jusqu’à Tripoli de Syrie. L’explosion fut terrible aux extrémités de cette bande de terre, en Islande et dans la Calabre. On vit dans le même temps, en divers endroits de l’Allemagne, des Alpes, de l’Italie, jusque dans l’archipel, des phénomènes qui marquaient la route que tenait la communication souterraine qui liait les divers foyers.

    Dès le mois de février et mars, on vit une île nouvelle sortir du fond des mers du nord, la Sicile et la Calabre être ébranlées par des secousses terribles. L’instantanéité de ces mouvements violents, dans des éloignements aussi considérables, est digne de remarque. Il parait que ces premiers tremblements de terre ne produisirent aucune exhalaison assez considérable pour s’étendre au loin. La terre ne semblait s’être ouverte par un premier effort, que pour laisser ensuite exhaler les vapeurs qui devaient naturellement provenir du mouvement intérieur. Ce mouvement intérieur ne fut pas instantané comme les premières secousses, il a duré longtemps.

    Les vapeurs qui étonnèrent toute l’Europe, ne commencèrent à paraître que vers le milieu du mois de juin. On ne les aperçut dans nos contrées méridionales que le 17 de ce mois de juin.Des relations venues du Nord, nous apprirent que vers le commencement du mois de juin, il s’éleva successivement des nouvelles terres près de l’île nouvellement sortie près de l’Islande, et qu’il s’en exhalait une fumée extrêmement épaisse. Ce phénomène se soutint jusqu’à la fin de juillet.

    Les premières terres de notre continent, les plus près de l’Islande, telles que la Norvège, le Danemark, les parties de l’Allemagne qui bordent les côtes nord-ouest de l’Europe, furent les premières à s’apercevoir de ces vapeurs, et à en ressentir les mauvais effets. Des lettres de Coppenhague, des premiers jours de juillet, annoncèrent que cette vapeur épaisse desséchait l’herbe dans les prairies, qu’elle en altérait la couleur, et que les feuilles de la plupart des arbres étaient tombées.

    Les bords de l’Elbe éprouvèrent le même effet. Il fut encore plus sensible à Embden et dans les contrées voisines : cette vapeur portait, disait-on, une forte odeur de soufre très désagréable. En suivant la carte de l’Europe dans la même direction, du nord-ouest au sud-est, nous trouverons un second foyer très considérable, d’où une pareille vapeur s’élançait dans l’atmosphère.

    Dès le 16 juin, la montagne de Gleichen en Saxe, jeta des vapeurs si fortes et une fumée si épaisse, qu’elles formaient un immense brouillard épais et fétide qui s’étendait au loin. Les feuilles des arbres perdirent leur couleur verte, elles devinrent blanchâtres. Tous les végétaux furent desséchés. Cette première explosion fut annoncée par un bruit souterrain pareil à celui d’une forte canonnade éloignée et continue. Peu de jours après, ces vapeurs devinrent plus denses, sortirent d’une manière plus uniforme, et s’élevèrent en formant un noir tourbillon, qui ressemblait à une fumée épaisse s’élançant d’une immense cheminée. L’odeur de ces vapeurs était désagréable et sulfureuse.

    A la même époque, et dans la même direction, on aperçut qu’une forêt près de Landshut en Bavière, s’était enfoncée dans la terre, sans qu’on n’ait ressenti aucune secousse de tremblement de terre.

    En même temps que cette vapeur se répandait en Hongrie, en Transylvanie, en Autriche, dans les montagnes qui se lient aux Alpes et qui en sont la continuation, on observait que les bains chauds abondants dans ces contrées, avaient acquis un degré de chaleur plus considérable qu’ils n’avaient ordinairement. Le même effet fut observé dans le Tyrol et dans les Alpes.

    Après avoir parcouru les parties septentrionales de la direction que j’ai annoncée, nous retrouverons dans les parties méridionales, de nouveaux foyers de cette vapeur extraordinaire.

    De nouvelles secousses de tremblements de terre qu’il y eu en Calabre vers la fin mai, répandirent une nouvelle alarme chez les habitants infortunés de ces contrées. Ils abandonnèrent de nouveau leurs demeures, et n’y revinrent que lorsque le sol eut repris l’assiette ordinaire. Ce n’est que depuis cette époque que les relations annoncèrent l’apparition des vapeurs sèches et épaisses dans ces contrées.

    Des lettres de Venise annoncèrent que cette vapeur était si épaisse dans le golfe Adriatique dès les premiers jours de juin, que les bâtiments en mer étaient obligés de faire des signaux pour ne pas se heurter. A peu près dans le même temps, il se forma de nouvelles crevasses dans les parties des Appenins, qui sont des volcans à peine éteints.

    Cette vapeur était si forte dans le royaume, et surtout dans la ville de Naples dès le mois de juin, qu’on n’y voyait quelquefois pas à se conduire en plein midi, et dès cette époque, on y attribuait cette vapeur sèche aux exhalaisons produites par les continuels tremblements de terre de Calabre. Une forte odeur de soufre que portaient ces vapeurs autorisait cette idée.

    La traînée de feu souterrain dont je suis la trace depuis l’Islande, ne se termina pas à la Sicile et à la Calabre. Elle franchit les mers du Levant. On en ressentit les effets dans quelques îles de l’Archipel. Elle produisit deux fortes secousses de tremblements de terre à Tripoli de Syrie. Ces secousses furent précédées d’un gros bruit souterrain, on apercevait déjà dans ces contrées la vapeur sèche et épaisse qui couvrait la Méditerranée et toute l’Europe.

    J’ai dit que ces vapeurs ne parurent plus dans nos contrées méridionales du 22 juillet jusqu’au 12 août.

    Quelle peut avoir été la cause, et de cette interruption, et de cette nouvelle apparition ?

    Des relations ultérieures nous apprirent la cause de la nouvelle apparition de ces vapeurs. On apprit par des navires venant d’Islande et arrivés le 1er septembre, qu’il venait de paraître de nouveaux volcans à peu de distance du Mont Hecla. Ils jetaient beaucoup de feu et de fumée, la lave avait inondé les contrées voisines, et coulait comme un gros fleuve sur une étendue de quinze lieues de longueur sur sept de largeur. L’atmosphère y était remplie d’une vapeur épaisse et d’une poussière très fine qui interceptaient les rayons du soleil et ôtaient la verdure des champs, et la nouvelle île qui s’était élevée depuis peu dans la mer augmentait tous les jours et vomissait sans cesse des flammes et de la fumée.

    Il y a lieu de croire que ces vapeurs étaient composées de matières phlogistiquées, d’une espèce de soie de soufre volatile, de la même nature que les vapeurs qui sont si présentes dans le voisinage des volcans, et surtout quand ils menacent d’une nouvelle éruption. Nous sommes autorisés à le penser, non seulement par l’odeur sentie en divers endroits, mais plus encore par l’effet de ces vapeurs sur les feuilles des arbres et sur la verdure des champs. On sait que la vapeur des volcans a éminemment la propriété de détruire les parties colorantes des végétaux.

    On trouve une preuve concluante de la nature inflammable de cette vapeur, dans un phénomène observé en Angleterre. Il y eut à Bromley dans le comté de Kent, un très gros orage pendant la nuit du 21 juillet. Cet orage offrit un spectacle curieux et singulier : les éclairs enflammèrent cette vapeur extraordinaire. Elle paraissait après chaque éclair comme une flamme brillante, et n’était accompagnée d’aucun bruit. Quand le tonnerre eut cessé, cette flamme blanchâtre et très vive, à la lueur de laquelle on pouvait lire, continua encore pendant quelques moments.

    On peut présumer que des vapeurs aussi considérables durent surcharger l’atmosphère d’air inflammable, que des circonstances dues au mélange de cet excédent de phlogistique avec les fluides atmosphériques, et à leur action réciproque, auront produits ces éclairs si vifs, ces éclairs fréquents, ces orages terribles, ces grêles désastreuses qui répandirent la terreur dans toute l’Europe. C’était des effets naturels d’une atmosphère qui tendait à se purger d’une surabondance de matières hétérogènes. Aussi vit-on ces météores terribles et imposants cesser avec la disparition totale de ces vapeurs.

     

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