• 11 avril 2010 - Par Au fil des mots et de l'histoire

    La ligne de démarcation de 1940 dans GUERRE 1939 - 1945 lignedemarcationcarte-150x150controlesurlalignededmarcation-150x150 dans GUERRE 1939 - 1945

    Article paru dans l’encyclopédie « La France contemporaine » – 1971

    La nouvelle frontière entre « zones occupées » et « zone nono »

    Une véritable frontière sépare la France soumise à l’occupation allemande de la France en liberté surveillée. Mais à l’intérieur de la zone occupée, les autorités du Reich ont tracé d’autres frontières plus hermétiques encore, qui délimitent une Alsace-Lorraine annexée, des zones interdites du Nord, de l’Est, des côtes de la Manche et de l’Atlantique.

     

    Imposée par les accords d’armistice du 22 juin 1940, une Demarkationslinie ou « ligne de démarcation » coupe la France en deux parties.

    Son tracé allait d’Arméguy, à la frontière franco-espagnole, jusqu’à un point situé en dessous de Gex, à la frontière franco-suisse, passant à l’est de Saint-Jean-Pied-de-Port, puis par Orthez, Mont-de-Marsan, Langon, avant de s’infléchir légèrement à l’est de Libourne, Angoulême et Poitiers, traversant le Cher à Bléré et rejoignant Moulins par Vierzon, en laissant Bourges et Nevers en zone occupée, franchissant la Loire, remontant vers le Jura et s’incurvant en dessous du Doubs. Il ne s’agissait là en fait que d’un « pointillé », qui donna lieu à de nombreuses rectifications sur place, après discussion avec les préfectures intéressées, où il était rare que l’Allemand, donnant du poing sur la table, n’eût pas le dernier mot.

    Cette « ligne » comportait des points de passage officiels, strictement contrôlés, où les ausweis (laissez-passer) étaient présentés par ceux qui avaient reçu permission des « autorités d’occupation », d’aller de zone occupée, en « zone nono » comme on disait le plus souvent de la zone libre dont Vichy était la morne capitale, ou inversement.

    En cas réputé d’urgence (inhumation, exhumation, maladie grave d’un proche parent, naissance d’un enfant ou d’un petit-enfant), les ausweis s’obtenaient éventuellement (au prix de quelles démarches et de quelles interminables attentes !), auprès des bureaux allemands installés à Paris, Moulins, Angers, Bordeaux, Nancy et Châlon-sur-Saône s’il s’agissait d’aller de zone occupée en zone non occupée. Dans le sens contraire, les laissez-passer se demandaient à La Madeleine-lès-Moulins, à La Réole et à Tournus.

    Des ausweis für den kleinen Grenverkehr ou « laissez-passer pour la petite circulation frontalière » pouvaient être demandés, par les Français dont la résidence se trouvait située dans une zone de dix kilomètres de part et d’autre de la ligne de démarcation, permettant à leurs titulaires de se rendre pour un temps déterminé sur toute l’étendue du département traversé par la « ligne ».

    Cette ligne de démarcation n’était pas la seule frontière tendue en travers du territoire français. Dès le 07 août 1940, un diktat d’Hitler, formulé au mépris des conventions d’armistice, annexait l’Alsace au Gau Oberrhein ou « district de Bade-Alsace », et, le 30 novembre 1940, devenant le Gau Westmarkou « district de la Marche de l’ouest », la Lorraine était proclamée partie intégrante du grand Reich allemand. 

    Hitler était résolu à faire subir à la France, une amputation plus considérable encore, après le triomphe dont il attendait qu’il fît régner pour mille ans l’ordre national-socialiste sur une Europe allant de l’Atlantique à l’Oural.

    Déjà une Grüne Zone ou « zone verte », dont la limite ouest, partant de l’embouchure de la Somme, passait par Abbeville, Amiens, Soissons et Laon, dépendait pour partie de l’autorité du général Von Falkenhausen, militärbefehlshaber (gouverneur militaire) des Pays-Bas, de la Belgique et du nord de la France, qui siégeait à Bruxelles, et non de celle du militärbefehlshaber général Von Stülpnagel, siégeant à Paris. Se prolongeant vers le sud, cette zone allait jusqu’au Rhône à sa sortie du lac Léman, s’étendant à l’intérieur d’une ligne qui rappelait curieusement la frontière occidental du Saint Empire romain germanique.

    « Nous reconstituerons la Lotharingie » avait déclaré un officier allemand de la garnison de Salins-les-Bains dans le Jura.

    Cette zone, que nous appelons communément « interdite », eu égard à la sévérité des difficultés que l’ennemi opposait à laisser les gens entrer, portait dans la terminologie officielle allemande, la qualification de « réservée », qui correspond bien à la volonté d’une annexion future.

    La partie soumise à l’autorité de Von Falkenhausen, était dénommée « zone rouge » par les Français, du fait que le contrôle s’y montrait plus rigoureux que partout ailleurs, vu la proximité des côtes anglaises.

    Alfred Rosenberg, théoricien du parti nazi, avait prévu d’installer à Amiens, à Laon et dans la région de Dijon, trois centres de colonisation du lointain Ostland (territoire de l’est) qui auraient tenu sous leur coupe les populations autochtones.

    Dès l’automne 1941, les rivages de l’Atlantique et de la Manche firent l’objet de mesures préludant à la construction du Westwall, ou « rempart de l’ouest », appellation désignant une suite d’ouvrages défensifs : blockhaus, nids de mitrailleuses, barbelés, champs de mines, etc., qui devaient s’échelonner depuis Hendaye jusqu’à la mer du Nord, se poursuivant jusqu’aux côtes septentrionales de la Norvège.

    Seules eurent le droit de pénétrer dans cette nouvelle zone interdite :
    - les personnes ayant leur domicile ou leur résidence ordinaire à l’intérieur de la ligne côtière
    - les personnes ayant leur domicile dans les départements côtiers depuis au moins trois mois
    - les membres des services civils travaillant pour les unités militaires allemandes l’organisation Todt (organisation autonome, militarisée, chargée de tous les grands travaux pour le compte de la Wehrmacht)
    - le personnel ambulant de la S.N.C.F.

    Il y était formellement interdit de télégraphier ou de téléphoner à l’extérieur.

    Telle était la situation d’ensemble à laquelle eut à faire face la Résistance.

     

    Un centre d’interprétation de la ligne de démarcation (unique en France) a été inauguré le 18 juin 2006 à Génelard (71).

     

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