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  • 5 février 2010 - Par Au fil des mots et de l'histoire

    De Beaumont à Sedan en 1870 dans GUERRE 1870 - 1871 cartebataillesedan-150x150tableaualphonsedeneuvillebazeilles-150x150 dans GUERRE 1870 - 1871maisonde-150x150bazeilles-150x150

    D’après la monographie de Sylvain Blot – Napoléon III (1808-1873)
    Société d’éditions littéraires (Paris) – 1889

     

    Les débris du corps d’armée de Mac-Mahon, transportés par chemin de fer, commencèrent à arriver à Châlons le 14 août. Les dix-huit bataillons de la garde mobile de la Seine s’y trouvaient déjà, et devaient être réunis au 12e corps, qui venait d’être placé sous les ordres du général Trochu.

    L’Empereur y arriva le 16 au soir, dans un wagon de 3e classe, accompagné de son fils et du prince Napoléon. Il avait abandonné l’armée de Metz, le matin, au moment où s’échangeaient les premiers coups de canon de la bataille de Borny.

    Le lendemain 17, un conseil de guerre fut réuni, dans lequel, grâce à l’insistance du prince Napoléon, furent adoptées les résolutions suivantes :
    Le maréchal de Mac-Mahon sera nommé commandant en chef
    Le général Trochu, nommé gouverneur de Paris, aura sous ses ordres les troupes chargées de la défense de la capitale
    La garde mobile retournera à Paris
    L’Empereur rentrera à Paris quelques heures après le général Trochu
    L’armée de Châlons se retirera sous Paris, et son chef, le maréchal de Mac-Mahon, se trouvera placé sous les ordres de Bazaine, « afin de maintenir l’unité dans le commandement ».

    Le conseil de guerre avait été présidé par Napoléon III, avec une passivité qui ne s’expliquerait guère si le général Trochu (dans ses Mémoires) ne nous avait laissé, de la physionomie du souverain pendant cette conférence, une description caractéristique : 

    « L’Empereur, vieilli, mais encore valide en apparence, courtois et bienveillant selon son ordinaire, remarquablement calme, mais comme absorbé, presque muet, me parut moralement affaibli, et peu capable de trouver en lui-même, au milieu de la tempête des événements, une direction et des résolutions. Au cours de la conférence, il ne prit l’initiative d’aucune proposition, la laissant à peu près tout entière au prince Napoléon et à nous-même, n’entra dans la discussion que par quelques courtesréflexions qui n’objectaient ni n’approuvaient. Enfin, il me sembla que cet homme, destiné du commencement à la fin de sa vie à de si extraordinaires fortunes, se laissait aller au courant de la dernière, avec un certain degré de philosophie ».

    Le général Trochu, arrivé à Paris le 18, se rendit immédiatement auprès de l’Impératrice, que l’Empereur avait déjà prévenue de son retour à Paris. « Ceux qui ont conseillé à l’Empereur les résolutions que vous m’annoncez, sont des ennemis, dit l’Impératrice au général. L’Empereur ne reviendra pas à Paris : il n’y rentrerait pas vivant. L’armée de Châlons fera sa jonction avec l’armée de Metz ». 

    Le général avait préparé une proclamation annonçant au pays que l’Empereur l’avait nommé gouverneur de la capitale. Dès les premiers mots, l’Impératrice l’arrêta : « Général, il ne faut pas que le nom de l’Empereur figure dans une proclamation, à l’heure présente », lui dit-elle. Le général Trochu eut beau insister et expliquer qu’il représentait l’Empereur, qu’il ne pouvait annoncer à la population qu’il était chargé de défendre la capitale, sans dire que c’était l’Empereur qui lui en avait donné la mission, l’Impératrice fut inflexible, prétextant qu’il y avait des inconvénients, vu l’état des esprits à Paris, à laisser subsister cette indication, et le nom de l’Empereur ne figura pas dans la proclamation.

    Depuis le 10 août, un ministère dont le général comte de Palikao était le président, avait remplacé le ministère Emile Ollivier. L’opinion du comte de Palikao était que l’armée de Châlons devait se joindre à l’armée de Metz, pour former un seul corps compact à opposer à l’ennemi, et il avait réussi à faire accepter ses idées par l’Impératrice et le Conseil des ministres. C’est ce qui explique la résistance rencontrée auprès de la souveraine par le général Trochu. Déjà, le 17, à dix heures et demie du soir, c’est-à-dire avant l’arrivée du général Trochu, le ministre de la guerre avait télégraphié à l’Empereur pour le supplier de renoncer à l’idée de ramener l’armée de Châlons à Paris, et Napoléon III, ébranlé, avait répondu le lendemain 18, au ministre de la guerre : « Je me rends à votre opinion ». Le 19, le comte de Palikao demandait à Mac-Mahon de faire sa jonction avec Bazaine, et le maréchal répondit le même jour : « Veuillez dire au Conseil des ministres qu’il peut compter sur moi, et que je ferai tout pour rejoindre Bazaine ».

    Le duc de Magenta, cependant, n’agissait pas ainsi par conviction. Les nouvelles reçues de l’armée de Metz, les dernières dépêches surtout annonçant que toutes les routes de Verdun étaient occupées par les Prussiens, et faisant craindre que le maréchal Bazaine ne pût peut-être pas gagner Verdun, jetèrent dans l’esprit de Mac-Mahon un nouveau doute sur la direction à prendre. Le 20, à huit heures quarante-cinq du matin, il télégraphia à Paris pour annoncer « qu’il resterait en position jusqu’à connaissance de la direction prise par Bazaine ». Puis, par une deuxième dépêche, il fît savoir au ministre de la guerre que, décidément, il se dirigeait sur Reims. Le lendemain 21, au milieu d’un désordre navrant, l’armée se mit en marche.

    A Reims, l’Empereur reçut, le 22, une dépêche du ministre de la guerre, demandant au maréchal d’abandonner à nouveau son projet de revenir sur Paris : « Ne pas secourir Bazaine aurait à Paris les plus graves conséquences, disait le ministre. En présence de ce désastre, il faudrait craindre que la capitale ne se défendît pas ». Le même jour, l’Empereur avait reçu enfin une dépêche de Bazaine, datée du 19, rendant compte, dans des termes assez énigmatiques, des résultats de la journée de Saint-Privat. Le maréchal terminait sa dépêche en annonçant « qu’il comptait toujours prendre la direction du Nord, et se rabattre ensuite par Montmédy sur la route de Sainte-Menehould à Châlons, si elle n’est pas fortement occupée. Dans ce cas, il continuerait sur Sedan, et même Mézières, pour gagner Châlons ».

    La réception de ces deux télégrammes leva toutes les hésitations de Mac-Mahon qui écrivit à Bazaine : « Reçu votre dépêche du 19. Suis à Reims, me porte dans la direction de Montmédy. Serai après-demain sur l’Aisne, d’où j’agirai selon les circonstances pour vous venir en aide ».

    Mais entre la date d’expédition du télégramme du 19 et son arrivée à Reims le 22, le maréchal Bazaine avait, à la date du 20, adressé au maréchal de Mac-Mahon une dépêche, que celui-ci ne reçut point. Le maréchal Bazaine avait confié cette dépêche à deux agents de la police, pour qu’elle fût remise au colonel Stoffel, attaché à l’état-major de Mac-Mahon ; elle arriva à Reims, et de là fut portée au château de Courcelles, où se trouvaient le maréchal et son état-major, et, cependant, le maréchal n’en eut pas connaissance. Par quelles circonstances fatales, ce fait incroyable a-t-il pu se produire ? On en est réduit aux conjectures.

    Dans cette dépêche, Bazaine disait ceci : « J’ai dû prendre position près de Metz, pour donner du repos aux soldats, et les ravitailler en vivres et en munitions. L’ennemi grossit toujours autour de moi, et je suivrai très probablement, pour vous rejoindre, la ligne des places du nord, et vous préviendrai de ma marche, si je puis toutefois l’entreprendre sans compromettre l’armée ». La restriction par laquelle le maréchal Bazaine terminait, aurait peut-être fait revenir Mac-Mahon sur sa détermination de marcher sur Montmédy, mais personne ne peut l’affirmer, car l’insistance que l’Impératrice et le Conseil des ministres avaient mise dans la dépêche adressée à l’Empereur le 22, à Reims, et les considérations politiques qu’ils avaient invoquées, auraient certainement fait hésiter le maréchal de Mac-Mahon avant qu’il ne reprît le chemin de Paris.

    Quoi qu’il en soit, le 22 août la marche sur Montmédy était décidée. Elle commença le lendemain. Pour réussir, il aurait fallu un esprit de décision et une rapidité d’exécution auxquels ni le commandement en chef, ni les troupes n’étaient plus habitués. Lentement, l’armée se mit en mouvement le 23. On avançait difficilement, les troupes, fatiguées, au milieu de ces allées et venues, ne savaient où on les conduisait. Les vivres manquaient, le ravitaillement était devenu presque impossible, l’intendance se trouvant toujours trop éloignée du soldat. De plus, il avait plu, et les chemins étaient mauvais.

    Le changement de direction opéré par l’armée de Mac-Mahon avait dérouté l’état-major prussien, et jusqu’au 26, il était resté sans renseignement certain. Un journal parisien, saisi à la poste, apprit à l’ennemi que notre armée avait abandonné la route de Paris. A leur tour, les Prussiens la quittent, et, à partir du 27, changeant de front, se dirigent vers le nord, ayant pour objectif la Meuse, du côté de Beaumont, de façon à barrer la route à Mac-Mahon.

    Tandis que les Allemands avançaient à marches forcées, l’armée de Mac-Mahon, péniblement, se dirigeait sur Montmédy. Le maréchal, mal informé sur la direction prise par l’ennemi, fit faire aux troupes des marches inutiles qui fatiguèrent et démoralisèrent les soldats. Un engagement qui eut lieu le 27, à Buzancy, entre une brigade du 5e corps et une reconnaissance allemande, lui apprit que l’armée du prince royal de Prusse se dirigeait sur les Ardennes. Comprenant alors le danger auquel il allait exposer son armée, le maréchal de Mac-Mahon résolut de la conduire à Mézières, pour de là marcher vers l’ouest. C’était définitivement renoncer à secourir Bazaine. Napoléon III approuva le projet du maréchal. Celui-ci en avisa aussitôt Bazaine, et, le même jour 27, télégraphia au ministre de la guerre que la marche du prince royal de Prusse lui coupant toute ligne de retraite, il se retirait sur Mézières, d’où il se dirigerait vers l’ouest.

    Mais le comte de Palikao, qui ne voyait pas la situation sous le même aspect que le maréchal de Mac-Mahon, télégraphia à l’Empereur, le 27, à 11 heures du soir : « Si vous abandonnez Bazaine, la révolution est dans Paris, et vous serez attaqué vous-même par toutes les forces de l’ennemi. Contre le dehors, Paris se gardera. Les fortifications sont terminées. Il me paraît urgent que vous puissiez parvenir jusqu’à Bazaine ». Au maréchal de Mac-Mahon, il télégraphia le 28, à 1 h. 30 du matin : « Au nom du Conseil des ministres et du Conseil privé, je vous demande de porter secours à Bazaine, en profitant des trente heures d’avance que vous avez sur le prince royal de Prusse ».

    Le maréchal de Mac-Mahon n’eut pas le courage de résister, et s’inclina devant la toute-puissante raison d’Etat. Alors recommença cette marche sur Montmédy, acceptable et possible le 22, à condition d’être menée à toute vitesse, et qui, entreprise le 28, avec des troupes démoralisées et fatiguées, devait irrémédiablement aboutir à un désastre.

    Les ordres, donnés le 28 en vue de cette marche, produisirent sur les officiers et les soldats un effet déplorable. Ils croyaient marcher sur Paris, et voilà qu’on les obligeait à revenir sur leurs pas pour reprendre la route de Montmédy. Le changement de direction s’opéra au milieu d’une confusion extraordinaire ; les colonnes s’entre-croisaient et se mêlaient, occasionnant un encombrement, dont hommes et chevaux eurent de la peine à sortir. Le temps perdu en marches et en contre-marches avait permis aux Allemands de nous suivre de plus près. La cavalerie qui précédait l’armée du prince de Saxe surveillait nos mouvements et, se montrant constamment sur les derrières de nos colonnes, les fatiguait par des escarmouches sans importance, suffisantes, cependant, pour retarder encore leur marche.

     

     

    La bataille de Beaumont

    Le 29, au soir, les IIIe et IVe armées allemandes, sous les ordres du prince royal de Prusse et du prince de Saxe, avaient atteint leur but, et le plan de l’ennemi se dessinait clairement : un réseau, en forme de demi-cercle, dans lequel il s’agissait d’enserrer l’armée française. Un conseil de guerre fut tenu, le même soir, au quartier général du roi de Prusse. On y décida que l’action serait engagée dès le lendemain, du côté de Beaumont.

    Le 5e corps français (général de Failly) arriva à Beaumont dans la nuit du 29 au 30 août, et y installa ses campements. Les soldats, déjà fatigués par les marches de la journée, réveillèrent les habitants, frappèrent à toutes les portes pour demander des vivres, puis on ne songea qu’au repos, négligeant les précautions les plus élémentaires pour se garder, malgré le peu de distance qui séparait nos troupes de l’ennemi.

    Dès le matin, des paysans accoururent prévenir le général de Failly de la proximité des Prussiens, mais ils furent accueillis par des railleries, sous prétexte que rien dans les rapports des généraux de division ne pouvait faire supposer la présence de l’ennemi. A midi, les officiers déjeunaient, les hommes étaient en corvée, les chevaux à l’abreuvoir.

    Un coup de canon, tiré à moins de mille mètres par l’artillerie allemande, fait partout retentir ce cri : « L’ennemi ! ».Malgré la suprise, il n’y pas de panique, si ce n’est parmi les habitants qui se sauvent, affolés. Les batteries sont attelées, les soldats se rassemblent, régiments par régiments, et ne tardent pas à prendre l’offensive. Mais, ni le général commandant le corps d’armée, ni aucun autre général, ne se trouve là, le déjeuner les retient ailleurs, et le colonel de Béhague prend la direction de l’attaque. Cependant, les chefs de corps ne tardent pas à venir prendre leur poste, et la bataille s’engage, meurtrière. Malheureusement, la position occupée par le 5e corps le met pour ainsi dire à la discrétion de l’ennemi, la ville de Beaumont étant dominée par une ceinture de collines et de bois dont le général de Failly n’a pas songé à tirer parti.

    Tout d’abord l’artillerie seule est engagée, mais la bataille ne tarde pas à s’étendre, et des deux côtés l’infanterie entre en ligne. Les batteries allemandes ont facilement raison des nôtres. Après avoir réduit au silence nos canons, elles déciment nos bataillons qui reculent, écrasés par les obus. Cette lutte inégale dure deux heures, après lesquelles nos troupes abandonnent Beaumont et battent en retraite du côté de Mouzon. Le 5e cuirassiers est envoyé pour protéger nos mouvements, il traverse la Meuse à gué, et reçoit l’ordre decharger. La charge semble inutile et dangereuse au colonel de Contenson qui commande le régiment.

    Mais l’ordre étant formel, nos braves cavaliers fondent sur l’ennemi. Repoussés une première fois, ils s’élancent à nouveau, colonel en tête. Vains efforts, le colonel est tué. A côté de lui, tombent le lieutenant-colonel et un chef d’escadron. Sept autres officiers sont tués ou blessés, cent hommes sont hors de combat. Le soir, toute l’armée avait passé sur la rive droite de la Meuse, dans un pêle-mêle et un désordre affreux. Lorsque les cuirassiers, pour échapper à une destruction complète, voulurent à leur tour se replier, les ponts et les gués étaient tellement encombrés, qu’ils en furent réduits à traverser la Meuse à la nage. Un grand nombre de cavaliers et de chevaux y trouvèrent la mort.

    La bataille de Beaumont coûta 4 800 hommes aux Français, 3 500 aux Allemands. Le général de Failly eut un cheval tué sous lui. Quant à l’Empereur, il adressa, à 5h30, la dépêche suivante à l’Impératrice : « Il y a encore eu un petit engagement aujourd’hui, sans grand importance, et je suis resté à cheval assez longtemps ». Cette dépêche prouve suffisamment combien Napoléon III s’était peu tenu au courant des événements de la journée.

    Mais le maréchal de Mac-Mahon n’envisagea pas la situation sous le même jour que son souverain. S’exagérant au contraire l’importance de l’échec subi par le 5e corps, il donna l’ordre de se diriger sur Sedan, afin de faire reposer ses troupes, sans qu’il se rendît compte du danger auquel il les exposait. S’il avait hâté la marche sur Mézières où son armée aurait été plus en sûreté, il aurait plus facilement pu tenir tête à l’ennemi.

    « En s’attardant à Sedan, dit un historien militaire allemand, le maréchal de Mac-Mahon fournissait, à un adversaire bien supérieur en nombre, l’occasion de l’immobiliser dans cette position, et de l’entourer de toutes parts. Par lui-même, Sedan n’est ni un appui sérieux pour la défense pendant une bataille, ni un bon point de ralliement pour l’armée dans le cas d’un revers. De toute manière donc, cet arrêt de Mac-Mahon à Sedan était une lourde faute, que le maréchal et l’armée tout entière devaient cruellement expier. En outre, toutes les dispositions de Mac-Mahon dans ces journées du 30 et du 31 août sont marquées au coin d’une indécision fatale, d’un manque de suite, présages certains d’une catastrophe imminente » (Opérations des armées allemandes, traduction du capitaine Costa de Serda.).

    Quant à Napoléon III, « souverain sans pouvoir et sans autorité, déjà moralement déchu, il suivait tristement et inutilement les troupes, comme un condamné son cortège funèbre » (La guerre de 1870, par le général Niox). De Carignan, où il s’était tenu pendant la bataille de Beaumont, il se rendit à Sedan par chemin de fer, laissant ses équipages encombrer les routes et entraver la marche des colonnes. Il y arriva vers onze heures, se dirigeant à pied jusqu’à la porte de Paris, suivi d’une faible escorte. Enveloppé d’un large caban dont le capuchon lui cachait la moitié du visage, il se rendit à la sous-préfecture, où il mandait en même temps le général commandant la place.

    Le lendemain, il adressa à l’armée la triste proclamation suivante :
    « Soldats ! Le début de la campagne n’ayant pas été heureux, j’ai voulu, mettant de côté toute considération personnelle, confier le commandement des armées à ceux des maréchaux que l’opinion publique désignait particulièrement. Jusqu’alors le succès n’a pas couronné leurs efforts : j’apprends pourtant que l’armée du maréchal Bazaine s’est reformée sous les murs de Metz, et que celle du maréchal Mac-Mahon n’a que peu souffert dans la journée d’hier. Vous n’avez donc aucun motif de découragement. Nous avons empêché l’ennemi de pousser jusqu’à la capitale, et la France entière se lève pour chasser l’envahisseur. Dans ces difficiles circonstances, confiant dans l’Impératrice, qui me remplace dignement à Paris, j’ai préféré le rôle de soldat à celui de souverain. Aucun sacrifice ne me semblera trop lourd pour sauver notre patrie. La France, Dieu merci, compte encore des hommes de courage, et s’il devait s’y trouver des lâches, la loi militaire et l’opinion publique sauraient en faire justice. Soldats ! Soyez dignes de votre antique réputation ! Que chacun fasse son devoir, et Dieu n’abandonnera pas notre pays ».

     

     

    La bataille de Bazeilles

    Le 31, le Ier corps bavarois traversa la Meuse sur le pont de Bazeilles, et tenta contre ce village une attaque, qu’une division d’infanterie de marine repoussa vigoureusement, obligeant l’ennemi à repasser le fleuve. Ordre fut alors donné de faire sauter le pont, mais l’officier du génie chargé de l’opération ne put le mettre à exécution : on avait négligé de charger les mines, et il dut attendre que les poudres dont il avait besoin fussent arrivées. Cela permit aux Bavarois de profiter de la nuit pour retraverser la Meuse. Lorsque l’officier du génie reçut les poudres, il était trop tard. A ce moment, pour détruire le pont, il aurait fallu de l’artillerie. Le commandant Lambert, chargé de la défense de Bazeilles, en demanda inutilement.

    A Sedan, la journée se passa sans qu’aucun ordre ne fût donné aux troupes. On se contenta de distribuer des vivres. Le maréchal de Mac-Mahon inspecta les fortifications, et, à cinq heures et demie, réunit chez lui un conseil de guerre, qui, lui non plus, ne prit aucune résolution importante. On laissa ainsi à l’ennemi le temps nécessaire pour resserrer davantage le cercle dont il cherchait à entourer notre armée. L’état-major prussien donna ses instructions en conséquence dans la soirée, et ses ordres ayant reçu un commencement d’exécution dans la nuit même du 31 août, l’armée allemande se trouva prête à combattre avant le jour.

    La bataille commença dès quatre heures du matin (1er septembre), par une nouvelle attaque des Bavarois contre Bazeilles. L’accueil que leur fait notre infanterie de marine les oblige à reçuler jusqu’à la Meuse, où des renforts leur arrivent et leur permettent de reprendre l’offensive. L’infanterie de marine, à son tour, recule, mais la brigade Reboul et quelques bataillons du 12e corps viennent à son secours, et la résistance devient acharnée.

    « Dans l’intérieur du village, on luttait de part et d’autre avec une égale bravoure et une telle ténacité, dit le colonel allemand Borbstaedt, qu’on en arrivait bientôt à un combat sans merci. C’était maison par maison, rue par rue, qu’il fallait enlever Bazeilles. Dans quelques-unes de ces maisons, on ne parvenait à déloger le défenseur qu’en suivant des rues latérales, pour déboucher ensuite par derrière et lancer dans l’intérieur des torches incendiaires » (Opérations des armées allemandes).

    L’action se continue ainsi avec des alternatives diverses, mais l’ennemi n’est pas encore entièrement maître du village : quelques soldats d’infanterie de marine, sous les ordres du commandant Lambert, se sont fortifiés dans une maison, et pendant deux heures tiennent tête au 15e régiment bavarois, et lui infligent des pertes énormes. Voyant que la lutte menaçait de se prolonger, les Bavarois ont recours au canon, mais rien n’y fait, et le courage de cette poignée de braves ne faiblit pas. La maison n’a plus ni toiture, ni porte, ni fenêtres, et la résistance dure toujours. Vers dix heures, les munitions manquant, les soldats veulent se frayer un passage en traversant les rangs ennemis à la baïonnette : « Je les arrêtai, dit le commandant Lambert dans son rapport, en leur disant que j’allais sortir, et que si l’on me tuait il serait à temps de vendre chèrement leur vie. Au moment où je franchissais la porte, j’eus sur la poitrine plus de vingt baïonnettes, et j’aurais été infailliblement massacré, si un capitaine bavarois ne s’était précipité entre ses hommes et moi » (Cette héroïque défense a été popularisée par le tableau d’Alphonse de Neuville : Les dernières cartouches).

    Les Bavarois sont maîtres du village, Bazeilles est plus qu’à moitié détruit.

    Le maréchal de Mac-Mahon, dès l’ouverture du feu, s’était porté en avant des lignes. Il revenait de Bazeilles, lorsque, vers six heures, il fut blessé d’un éclat d’obus. Ne pouvant plus se tenir à cheval, il remit le commandement en chef au général Ducrot, qui, immédiatement, donna l’ordre de battre en retraite sur Mézières.

    Mais le général de Wimpfen, arrivé à Sedan le 30, venant d’Algérie pour prendre le commandement du 5e corps à la place du général de Failly, n’approuva pas la résolution prise par le général Ducrot. Il ne voulait pas se décider à la retraite, alors que le 12e corps, sous les ordres du général Lebrun, faisait plier l’ennemi du côté de Bazeilles et lui infligeait des pertes sérieuses. Le général de Wimpfen, à son passage à Paris, avait été désigné par le ministre de la guerre, pour succéder au maréchal de Mac-Mahon dans le cas où celui-ci serait empêché d’exercer son commandement. Les ordres donnés par Ducrot ne le satisfaisant pas, de Wimpfen s’autorisa de ses lettres de service, et, vers neuf heures, informa Ducrot que, suivant les instructions du ministre, il prenait le commandement en chef.

    A ce moment, les ordres de retraite sur Mézières, donnés par le général Ducrot, avaient déjà reçu un commencement d’exécution, mais le général de Wimpfen se hâta de les contremander, et prescrivit de se porter sur Bazeilles, d’où, grâce à la bonne situation occupée par le général Lebrun, on pourrait tenter une trouée vers Carignan, et de là, gagner Montmédy. Ces hésitations, non seulement nous faisaient perdre un temps précieux, mais permettaient aux armées allemandes de continuer l’exécution des mouvements qui leur avaient été prescrits, et de resserrer de plus en plus le cercle qui devait envelopper l’armée française.

    Cependant, sur toute la ligne autour de Sedan, nos soldats se battent bravement, et, jusqu’à dix heures et demie, aucun des deux adversaires ne peut revendiquer l’avantage. Mais les Allemands ont reçu des renforts, ils ont appelé la réserve à leur secours, et bientôt l’artillerie puissante de deux corps d’armée décime les troupes occupant le bois de la Garenne et le plateau d’Illy. L’artillerie de la garde prussienne, sous les ordres du prince de Hohenlohe, vient joindre son action à celle des Ve et XIe corps, et nos soldats, ne pouvant plus tenir, abandonnent le plateau.

     

     

    La bataille de Sedan

    La situation est critique : c’est la cavalerie, qui, cette fois encore, est appelée à protéger et à soutenir l’infanterie.

    Il est environ deux heures, lorsque le général Margueritte reçoit l’ordre de charger. Avant de donner les dernières instructions, il veut se rendre exactement compte des positions occupées par l’ennemi, et, accompagné de son état-major, se porte sur la crête du plateau.

    La présence d’un groupe d’officiers sur un point aussi découvert, ayant attiré l’attention des Allemands, ils dirigent leur tir de ce côté, et atteignent le général Margueritte, qui, blessé, tombe face contre terre. Soulevé par quelques officiers, il reprend connaissance, mais il ne peut articuler aucun mot, une balle lui ayant perforé les deux joues, et coupé une partie de la langue. Insouciant de la mitraille qui tombe, deux officiers parviennent à redresser le général sur ses genoux. Il reste ainsi un moment, affaissé, puis faisant un suprême effort, il se relève, raide comme une barre de fer, sa tête penchée à droite saignant abondamment. Mis en selle, soutenu des deux côtés, le général est ramené du côté de ses troupes, et défile sur le front de sa division.

    A la vue de leur chef blessé, un sentiment de rage monte au coeur des soldats. Le général a recouvré toute sa connaissance, il veut parler, mais les mots restent étouffés dans sa gorge, à peine ceux qui l’entourent entendent-ils le commandement : « En a… av… vant ! ». Remplaçant alors la voix par le geste, le général lève un bras défaillant, et l’étendant dans la direction de l’infanterie prussienne, indique le mouvement à exécuter, pendant que de l’autre main, il soutient sa mâchoire fracassée. A ce geste héroïque, les soldats, transportés d’enthousiame et d’admiration, répondent par le cri de : « Vive le général ! » que suivent aussitôt ceux de : « Il faut le venger !… Vengeons-le !… A la charge ! ».

    Le général de Galiffet prend la place du général Margueritte, et les cavaliers, assujettissant dans leur main la poignée de leur sabre avec la dragonne enroulée autour de la garde ou un foulard noué solidement sur le poing crispé, se disposent à fondre sur l’ennemi (Charges héroïques, par Georges Bastard).

    Au commandement de leur chef, chasseurs et hussards franchissent le plateau, descendent dans la plaine, et, dans un galop furieux, s’élancent sur les régiments prussiens. Dépassant bientôt les premières lignes, sabrant tout sur leur passage, ils s’enfoncent dans les masses ennemies. Ecrasés par le nombre, nos cavaliers sont obligés de se replier, pour se reformer aussitôt. Les charges se multiplient ainsi pendant plus d’une demi-heure. A mesure que les escadrons se reforment, sous les ordres de leurs chefs, ils s’ébranlent de nouveau, et par trois fois renouvellent ces charges héroïques, afin de briser le triple cercle de fer, d’acier et d’airain qui les broie. Tumultueuse mêlée au milieu de laquelle passent, dans des tourbillons de poussière sillonnés d’éclairs, des troupes de chevaux mutilés, estropiés, traînant leurs entrailles. Combat de cavaliers à l’arme blanche contre des fantassins qui ripostent à coups de fusils, et qui terrassent ceux-ci sous leur feu foudroyant. Quatre-vingt-sept officiers et huit cent quarante hommes tués ou blessés sont restés sur le terrain.

    A la faveur du désarroi produit dans les rangs ennemis par ces charges successives, l’infanterie veut essayer de reprendre l’offensive. Mais les chevaux, démontés de leurs cavaliers et excités par le bruit de la fusillade, l’odeur de la poudre et la douleur que leur causent leurs blessures, sont revenus en arrière et, dans leur course furieuse, piétinent les hommes et rompent nos lignes que les officiers sont désormais impuissants à reformer, tandis que l’ennemi resserre de plus en plus le cercle de feu qui entoure nos troupes. Celles-ci, débandées, pour échapper aux projectiles se précipitent vers la ville, où elles croient trouver un refuge, mais le tir des batteries allemandes ne ralentit pas, et poursuit les fuyards jusque sous les remparts. Quatre cent vingt-six canons prussiens font tomber sur notre armée un orage de fer et de feu.

    Le général Ducrot (1er corps) à Illy, le général Douay (7e corps) à Floing, font des efforts sur-humains, soit pour conserver, soit pour reprendre leurs positions, mais le courage de nos soldats, comme la bravoure de leurs chefs, est impuissant à rompre le cercle qui les étreint, et à empêcher l’ennemi de gagner du terrain d’instant en instant.

    Le général de Wimpffen, se rendant compte de l’inutilité qu’il y a à continuer la lutte dans des conditions aussi désastreuses, voudrait pouvoir profiter de la bonne contenance du 12e corps (Général Lebrun) à Bazeilles, et, par un coup d’audace, jeter les Bavarois dans la Meuse, et s’ouvrir un passage vers Carignan.

    En même temps qu’il fait prévenir les généraux Ducrot et Douay, il fait part de sa résolution à l’Empereur, par la lettre suivante : « Sire, je me décide à forcer la ligne qui se trouve devant le général Lebrun et le général Ducrot, plutôt que d’être prisonnier dans la place de Sedan. Que Votre Majesté vienne se mettre au milieu de ses troupes ; elles tiendront à honneur de lui ouvrir un passage. Une heure un quart, 1er septembre. De Wimpfen ».

    Napoléon III est venu à cheval, le matin, sur le champ de bataille. Deux de ses aides de camp ayant été blessés, il est rentré à Sedan. Sans énergie, incapable de prendre un parti, il écoute tous les avis, et ne s’arrête à aucun : la pensée dominante chez lui est, maintenant, d’arrêter l’effusion du sang. Du haut de la cidadelle où il se fait conduire, il voit l’étendue du désastre, et, sans mot dire, retourne à la sous-préfecture où il convoque les généraux Douay, Ducrot et Lebrun. Tous reconnaissent que la résistance est inutile.

    Cependant, le mouvement offensif décidé par le général de Wimpfen était déjà commencé, et l’ennemi, devant ce choc imprévu, avait été obligé de céder. Malheureusement, notre arrière-garde, attaquée par des forces supérieures, au lieu de chercher à se rapprocher du 12e corps qui tenait toujours, commit la faute de se réfugier sous le canon de la citadelle et dans Sedan, dont les portes étaient ouvertes. Le général de Wimpfen, espérant toujours voir arriver l’Empereur, se plaça alors à la tête de troupes de tous corps, massées près de la ville, pour tenter un nouvel effort. Arrivé à Balan, vers quatre heures, il rencontra un officier qui lui remit une lettre de Napoléon III le prévenant que le drapeau blanc avait été hissé à la citadelle, l’invitant à cesser le feu et le chargeant de négocier avec l’ennemi.

    « Je refusai, à plusieurs reprises, de me rendre à cette injonction, dit le général de Wimpfen dans son rapport au ministre de la guerre. Malgré les pressantes instances de l’Empereur, je n’en crus pas moins devoir tenter un suprême effort, et je rentrai en ville pour appeler à moi toutes les troupes qui s’y étaient accumulées. Mais, soit fatigue provenant d’une lutte de douze heures sans prendre de nourriture, soit instructions mal comprises, soit ignorance des suites dangereuses que pouvait avoir leur agglomération dans une ville impropre à la défense, peu d’hommes répondirent à mon appel… ».

    Le général de Wimpfen, entraînant les deux mille soldats de toutes armes qui s’étaient joints à lui, se dirigea alors sur Balan. Officiers et soldats marchent dans le rang, sans distinction de grades ou d’armes. Des artilleurs à pied à côté de fantassins, des zouaves à côté de cavaliers démontés, des gardes mobiles et quelques gardes nationaux, se trouvent parmi eux. Au son du clairon sonnant la charge, la colonne se jette sur le village occupé par les Bavarois. Ceux-ci se défendent vigoureusement, et la lutte s’engage dans un corps-à-corps terrible. Français et Allemands se serrent de près, et tirent presque à bout portant, au milieu d’une pluie d’obus que les Prussiens envoient sur le village. Toutes les maisons sont occupées par l’ennemi, et les coups de feu partent des fenêtres, des jardins, des coins des rues. Nos artilleurs chargent leurs pièces à cinquante mètres des Allemands. Mais le nombre des Bavarois augmente toujours, et la résistance devient impossible. Il faut se replier, et les clairons sonnent la retraite.

    « Ce fut le dernier effort de la lutte, dit le général de Wimpfen, l’effectif de ces troupes étant trop peu considérable pour tenter la seule retraite qui fût possible, eu égard à la disposition des forces ennemies. A six heures, je rentrai, le dernier, dans la ville encombrée de caissons, de voitures, de chevaux, qui arrêtaient toute circulation. Les soldats, entassés dans les rues avec le matériel d’artillerie, étaient exposés aux plus grands périls en cas de bombardement. J’apprenais de plus qu’il restait un seul jour de vivres dans les magasins de la place, les approvisionnements annoncés de Mézières par le chemin de fer ayant été renvoyés à Mézières au premier coup de canon ».

    Le drapeau blanc que Napoléon III avait fait hisser sur la citadelle, avait été arraché par un officier d’état-major, au moment où le général de Wimpfen, refusant de traiter avec l’ennemi, entraînait deux mille soldats vers Balan. L’Empereur n’eut pas l’énergie d’aller se placer au milieu de ses troupes et, en sauvant l’honneur du drapeau, essayer de mourir sur le champ de bataille : il se contenta d’inviter le général de Wimpfen à cesser le feu. Mais le général, ne reconnaissant pas à l’Empereur le droit de faire hisser le drapeau parlementaire à l’insu du commandant en chef, refusa de traiter avec l’ennemi, et envoya sa démission.

     

    Napoléon III ne l’accepta pas, et adressa au général une nouvelle lettre : « Vous ne pouvez songer à donner votre démission, lui dit-il, quand il s’agit de sauver l’armée par une honorable capitulation. Je n’accepte donc pas votre démission. Vous avez fait votre devoir pendant toute la journée, faites-le encore. C’est un service que vous rendez au pays. Le roi de Prusse a accepté l’armistice, et j’attends ses propositions. Croyez à mon amitié ».

    A ce moment, le roi de Prusse ignorait encore la présence de Napoléon III dans Sedan. Ce fut le parlementaire, le lieutenant-colonel Bronsart de Schellendorf, envoyé à Sedan pour faire connaître les conditions imposées par Guillaume, capitulation de l’armée et de la place, qui lui en apporta la nouvelle.

    Quant à l’Empereur, il fit porter, par le général Reille, la lettre suivante au roi de Prusse : « Monsieur mon frère, n’ayant pu mourir au milieu de mes troupes, il ne me reste qu’à remettre mon épée dans les mains de Votre Majesté. Je suis de Votre Majesté le bon frère. Napoléon ».

    Le roi de Prusse répondit immédiatement : « Monsieur mon frère, tout en regrettant les circonstances dans lesquelles nous nous rencontrons, j’accepte l’épée de Votre Majesté, et je vous prie de nommer un de vos officiers muni de vos pleins pouvoirs, pour négocier la capitulation de l’armée qui s’est si bravement battue sous vos ordres. De mon côté, j’ai désigné le général de Moltke à cet effet. Je suis de Votre Majesté le bon frère. Guillaume ».

    Le général de Wimpfen, après avoir longuement hésité, accéda à la demande de l’Empereur, et à huit heures, se rendit à la sous-préfecture. Après avoir reçu les instructions de Napoléon III, il se dirigea vers le quartier général prussien, muni d’une lettre lui donnant « tous les pouvoirs pour traiter des conditions à faire à l’armée ».

    Là, il se trouva en présence de M. de Bismarck et de M. de Moltke : « Votre armée déposera les armes et sera conduite prisonnière en Allemagne », déclara tout d’abord M. de Bismarck. Puis, venant à parler de la paix, il dit que la Prusse exigeait en outre une indemnité de guerre de quatre milliards, et la cession de l’Alsace et de la Lorraine allemande, de façon à avoir, pour la protéger contre les menaces de la France, une bonne ligne stratégique avancée.

    Le général de Wimpfen eut beau discuter les conditions humiliantes que l’on voulait imposer à l’armée, invoquer les précédents, et dire que la France ne consentirait certainement pas à une cession de territoire, M. de Bismarck fut inflexible.

    « Après l’effort que l’Allemagne vient de faire, déclara le ministre de Guillaume, elle en voudrait à la Prusse, si le Roi se contentait de paroles et d’argent. Elle veut des garanties matérielles, qui assurent son repos. Car elle ne sera peut-être pas en état de renouveler d’ici cinquante ans une pareille guerre, nécessitant de si grands sacrifices. Il faut donc dès aujourd’hui que vous consentiez à être prisonniers de guerre, ainsi que nous l’avons décidé » « Ou bien, ajouta M. de Moltke, dès demain nous recommencerons le feu ».

    Le général de Wimpfen répondit qu’il ne pouvait souscrire à de pareilles conditions sans avoir pris l’avis des généraux commandant sous ses ordres, et il ajouta qu’il ferait connaître le lendemain à neuf heures les décisions qui auraient été prises.

    Le général de Wimpfen revint auprès de l’Empereur à une heure du matin, et lui fit part des exigences de l’ennemi : « J’ai tenté sans succès d’en obtenir de meilleures, lui-dit-il. Je ne compte plus que sur les démarches de Votre Majesté pour nous sortir, aussi honorablement que possible, de notre malheureuse situation ».

    Napoléon III répondit qu’il se rendrait auprès du roi de Prusse dès cinq heures du matin.

    Le général de Wimpfen, de son côté, convoqua les généraux commandant les corps d’armée, à un conseil de guerre, qui se réunit à six heures du matin. Tous les chefs de corps, sauf les généraux Pellé et Carré de Bellemare, ayant reconnu l’impossibité de continuer la lutte, le général de Wimpfen retourna au quartier général prussien vers dix heures, et signa avec M. de Moltke la capitulation de Sedan.

    Dans cette journée, tristement historique pour nous, où 124 000 Français avaient désespérément lutté contre plus de 200 000 Allemands, nous eûmes 3 000 hommes tués, 14 000 blessés. La capitulation livra à l’ennemi 70 000 prisonniers, 10 000 chevaux, 553 pièces de campagne et de siège, 66 000 fusils.

    Quant à Napoléon III, parti, en tenue de ville, dans une calèche attelée à la Daumont, il s’était rendu à Donchery, où était le quartier général du roi de Prusse. Mais le roi avait refusé de se trouver en présence de son prisonnier avant que la capitulation ne fût signée, et, comme il avait quitté Donchery, l’Empereur n’y rencontra que M. de Bismarck. L’entrevue eut lieu dans la maison d’un tisserand. Napoléon III avait espéré qu’en rendant son épée sans condition, il obtiendrait pour l’armée une capitulation moins dure. Il se heurta contre la volonté inflexible de M. de Moltke, qui fit partager son opinion au roi.

    Après un entretien assez long, dans lequel Napoléon III déclara ne pas pouvoir traiter de la paix puisqu’il était prisonnier, M. de Bismarck conduisit l’Empereur au château de Bellevue, près de Fresnois, où devait se rendre le roi de Prusse. Guillaume arriva vers deux heures, l’Empereur alla au-devant de lui.

    « Nous étions tous les deux très émus de nous rencontrer en pareille circonstance, écrivit le roi de Prusse à la reine Augusta. Je ne puis exprimer tout ce que j’éprouvai, lorsque je pensai que trois ans auparavant, j’avais vu l’Empereur qui était alors au faîte de sa puissance ».

    Le lendemain, à neuf heures du matin, l’Empereur, accompagné d’un général prussien, quittait le château de Bellevue pour se rendre en Belgique, où il prit le train, qui le conduisit à Cassel. Près de cette ville se trouve le château de Withelmshöhe, que le roi de Prusse assigna comme résidence à son prisonnier.

    Pendant que l’Empereur était sur la route de l’Allemagne, les soldats français étaient conduits dans la presqu’île d’Iges, près de Sedan, où ils furent parqués dans la boue, sans abris, exposés à une pluie incessante, et privés de vivres. Ils y restèrent du 3 au 7 septembre, ayant non seulement à souffrir de la faim, mais encore à supporter les humiliations et les mauvais traitements, qu’en vainqueurs impitoyables les peu chevaleresques Bavarois leur firent subir. L’histoire a conservé à la presqu’île d’Iges, le nom de Camp de la Misère, que les soldats lui avaient donné.

     

    Musée de la dernière cartouche à Bazeilles

     

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