• 21 janvier 2010 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     Lettre à une amante inaccessible dans AU FIL DES MOTS amoureux-150x150

    Ma très chère,

              Il aura fallu que je vinsse un jour chez vous et que je vous visse, agréable créature, pour que vous me plussiez tout de suite et que je m’éprisse de vous, que je m’amourachasse de vous, que dis-je, que je vous adorasse, afin que vous m’assassinassiez… et que le lendemain, tout rouge de honte, j’écrivisse à votre intention une longue lettre d’amour. J’ai souhaité ardemment que vous la lussiez posément et que vous ne versassiez pas trop de larmes ; que vous prissiez le mouchoir que je vous avais offert et que vous séchassiez votre visage.

              Oh ! Non ! Très Chère, je n’ai pas du tout voulu que vous pleurassiez ! Au contraire, j’aurais tant aimé que vous en rissiez, que vous vécussiez un moment agréable, que vous vous missiez à chanter et que vous parvinssiez à recouvrer le sommeil que vous aviez perdu. A mon grand désespoir, jamais vous ne répondîtes, jamais vous ne me rassurâtes ; pire, vous m’oubliâtes et vous m’évitâtes ! Souvent, vous vous dérobâtes en hâte et vous vous enfuîtes ensuite. Jamais vous ne sûtes, ni ne vîtes, ni ne devinâtes combien j’ai été malheureux.

              Fallait-il donc que je me tusse, moi qui craignais que vous me trompassiez ? Etait-il nécessaire que je priasse le ciel aussi longtemps afin que vous acceptassiez de nouveaux rendez-vous ? Mon cœur meurtri souhaitait vraiment que j’ouïsse encore vos tendres propos et que je m’émusse en vous écoutant. J’aurais aimé aussi qu’une fois encore vous vous avançassiez plus avant au bord de votre fenêtre, et qu’à mes sollicitations malheureuses vous acquiesçassiez enfin. Très souvent, j’ai rêvé que nous nous mussions l’un contre l’autre au cours de danses interminables… Peut-être qu’à ce moment-là, vous auriez accepté que je partageasse votre lit et que je ne continsse plus mes brûlantes ardeurs. Bouleversée notre vie en eut été !!!

     

              Un soir, j’ai cru que vous allassiez me rejoindre dans le parc ; j’ai attendu en vain : encore aurait-il fallu que vous m’aperçussiez près de la haie et que vous vissiez qu’effectivement c’était moi. Mais vous ne bougeâtes point ; point vous ne réagîtes ; subitement, vous vous figeâtes. Oh ! Ma Chère, qu’il aurait été bon que vous fussiez mienne ce soir-là ! Qu’il aurait été agréable aussi que vous m’appartinssiez un peu plus souvent, que vous redevinssiez ardente et fougueuse. Il aurait fallu que j’accrusse, petit à petit, le nombre de nos rencontres et que je pourvusse à vos désirs les plus profonds. Assurément, je vous aurais serrée très fort tous les jours, si je l’eusse pu… Mais il semble que vous vous complûtes dans un mortel isolement, que vous prîtes le parti de vous taire ou que vous crûtes à un abandon de ma part. Quel gâchis ! Que de moments délicieux perdus à tout jamais ! J’aurais aimé que vous crussiez davantage en moi… et que nous conclussions enfin notre affaire de cœur…

     

              Pourquoi fallait-il donc que je fuisse certaines fois comme un voleur ? Et que je détalasse parfois à toutes jambes ? Auriez-vous toléré que les molosses du château intervinssent, qu’ils grognassent et me mordissent les mollets ? Pourtant, c’est ce qu’un soir votre mari fit, et, je suppose, sans que vous le sussiez. Allez-vous me dire que vous avez toujours souhaité que je m’effaçasse ? Aurait-il fallu que m’égarasse plus souvent dans votre propriété et que je braconnasse plus ardemment dans vos fourrés ? Auriez-vous apprécié, alors, que je me manifestasse ? La veille de Noël, pourquoi avez-vous refusé que j’escaladasse la balustrade et que j’ouvrisse votre fenêtre, alors que vous étiez seule ? Peut-être avez-vous craint que je dusse faire des efforts surhumains et que je misse ma vie en danger ? Et que je me cognasse, en sautant sur votre balcon ? Et que je pestasse de façon cocasse face à la menace du garde-chasse dans les caillasses de la terrasse ?

              J’ai toujours pensé que vous eussiez pu me rendre heureux. Hélas, jamais vous ne le crûtes, ni ne le souhaitâtes ! Malgré cela, je ne voudrais pas que vous fussiez aussi malheureuse que moi et je ne fais pas partie de ceux qui aimeraient que vous en souffrissiez. Simplement, j’aurais apprécié que nous prissions un ultime verre, que nous le bussions ensemble et que, calmement, nous résolussions notre problème.  Mais souvent, seule vous le prîtes, seule vous le bûtes ; à vivre seule vous vous plûtes. Auriez-vous admis que j’insistasse et que je peignisse à nouveau pour vous ? Pourquoi ne m’avoir pas dit que vous sûtes combien était grand mon désespoir ? Et que vous le comprîtes ? Et que mal vous le supportâtes ?

              Pourquoi donc ai-je toujours craint que vous me repoussassiez ? Auriez-vous admis que je naquisse noble afin je pusse facilement m’unir à vous ? Est-ce que vous fîtes, lors de notre amour naissant, tout ce que vous pûtes ? Pour éclaircir tout cela, j’aurais pris du plaisir à ce que vous me reçussiez à nouveau chez vous, que nous tentassions une nouvelle aventure et que nous convinssions d’un ultime rendez-vous afin que je vous convainquisse du bien-fondé de ma démarche… Pour mon malheur, vous n’en avez pas voulu …

              Adieu ! Madame et très Chère ; votre désespéré avait souhaité que nous nous revissions encore une fois. Puisque ce n’est pas possible, sachez cher Amour, que je vais disparaître de votre vie, car vous aurez tout fait pour que je me suicidasse … 

     

    Francis Ghinolfi

     

  • Laisser un commentaire


18 jule Blog Kasel-Golzig b... |
18 jule Blog Leoben in Karn... |
18 jule Blog Schweich by acao |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | 21 jule Blog Hartberg Umgeb...
| 21 jule Blog Desaulniers by...
| 21 jule Blog Bad Laer by caso