• 3 janvier 2010 - Par Au fil des mots et de l'histoire

    Pauvre Légion d'Honneur dans PAGES D'HISTOIRE lgiondhonneur-150x150

    La Légion d’Honneur, ce dernier mot l’indique
    Fut créée autrefois par le Grand Empereur
    Pour marquer des héros les exploits magnifiques
    Et les récompenses de leur haute valeur.

    Chapeau bas, devant ceux qui vraiment la méritent !
    Leurs noms sont au tableau d’honneur de la nation,
    Mais les institutions, à la longue s’effritent
    Et coulent sous le poids de viles concussions

    Au ciel, Napoléon, chaque jour, l’âme émue
    D’y voir tant de rubans de l’Ordre qu’il créa,
    Dit au Bon Dieu : je vais les passer en revue
    Venez donc admirer tous ces braves soldats.   

    Le défilé commence : Oh ! Sans cérémonie !
    L’Empereur avait mis simplement sa Grand’ Croix
    Sur un vieux complet gris, sans or ni broderies
    Puis il interrogea le premier de son choix : 

    « Qu’as-tu fait pour avoir cette croix que tu portes ? »
    « Moi ? J’étais épicier…Oui, Sire, c’est en gros
    Que je vendais bon prix !Des lots de toutes sortes :
    Des conserves, du lard, des nouilles, des pruneaux ! »

    « Va t-en, fit l’Empereur… Voyons, toi, je suppose… »
    « Moi ? J’étais journaliste, et des gouvernements,
    Etant subventionné, j’ai défendu leur cause.
    On m’a décoré pour… Services Eminents ! »

    « Pars ! dit Napoléon dont la colère augmente…
    Et toi ? » « Je dirigeais un grand trust financier.
    Je savais spéculer sur le change, la rente…
    Oui, j’ai eu ton ruban grâce aux petits rentiers… »

    « Cà, cria l’Empereur, c’est vraiment fantastique !
    Et toi ? » « Sire, j’étais avocat sans procès ;
    Je pris des opinions, fis de la politique…
    Et j’obtins cette croix d’un ministre à succès »

    « Et toi ? Vite réponds ! » « Moi, Sire, j’étais riche,
    J’avais deux écuries, un cheptel,
    J’ai vendu des prix fous des poulains, des pouliches,
    Mais j’ai fait prospérer le Pari Mutuel »

    « Un autre, par pitié ! » « Moi, Sire, dans la vie,
    Je l’avoue humblement, d’exploits, je n’en ai pas fait ;
    Mais j’avais une femme élégante et jolie
    Qui dans les ministères… Beaucoup fréquentait ! »

    Napoléon rageait, retenant un blasphème !
    « Et toi, l’as-tu gagnée… enfin… par exception ? »
    « Sire, je le crois bien ! Et pensez, si je l’aime :
    Pour avoir ce bijou, j’ai payé deux millions ! »

    « Bande de flibustiers ! Usurpateurs de gloire !…
    Hurla Napoléon, chassant les décorés.
    C’est ainsi que sur terre, on souille ma mémoire
    En vendant pour de l’or cet emblème sacré ? »

    Il restait dans un coin, un dernier Légionnaire.
    « Eh bien ! Qu’attends-tu ? » « Sire, daignez m’écouter !
    Je ne suis qu’un Poilu de la dernière guerre.
    Pendant près de cinq ans, pour eux, j’ai dû lutter…

    Bien que blessé sept fois, j’ai survécu quand même.
    Alors on m’a donné une maigre pension…
    Pour la femme, pour l’enfant, c’était souvent carême !
    Mais à quoi bon se plaindre, en France, ils sont légions !

    Et pourtant, cette croix, Sire, je vous l’assure,
    Ah ! Comme je l’aurais portée avec orgueil !
    Ce n’est qu’une fois mort des suites de blessures
    Qu’elle fut déposée, un jour… sur mon cercueil… »

    Napoléon pleurait… « Enfin, dit-il, un Brave !
    Viens m’embrasser, petit ! ». Et fixant l’autre tas,
    Il arracha sa croix, et puis… d’une voix grave :
    « Prends-la ! Tu la mérites, mais ne la porte pas ! »

    Extrait du bulletin mensuel « Les Mutilés »
    Octobre – novembre 1928.        

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