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  • 2 janvier 2010 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    La butte de Vauquois dans GUERRE 1914 - 1918 carteduvauquois-150x150vauquois1915-150x150 dans PAGES D'HISTOIREvauquois26091918-150x150entonnoirsdemines-150x150villageavantdestruction-150x150butteduvauquois-150x150

    L’Argonne a été au centre des combats de la Grande Guerre. Situé à cheval sur la Meuse, la Marne et les Ardennes, ce massif a subi l’écho des batailles de la Marne et de Verdun, a connu lui-même des combats très rudes et a servi de base arrière pour de nombreux soldats.

    Dominant toute la région à l’Est de l’Argonne, la butte de Vauquois fut considérée par les Etats-Majors des deux camps comme un observatoire exceptionnel et un verrou stratégique.

    Dès le 24 septembre 1914, les Allemands occupent cette colline et en font une véritable forteresse dans le but de contrôler le ravitaillement de Verdun. La reconquête sera furieuse, dantesque, et malgré six grands assauts coûtant la vie à des milliers de soldats français et allemands (respectivement 8 000 et 6 000), le village ne sera jamais conquis par l’une ou l’autre partie.

    La guerre de position commence alors. Les soldats s’enterrent et creusent des kilomètres de galeries et de rameaux de combats afin de s’infiltrer dans le réseau ennemi et de lui causer le plus de pertes possibles à coups de tonnes d’explosifs.

    La Butte de Vauquois devient ainsi une véritable termitière, composée d’aménagements souterrains s’étageant sur plusieurs niveaux (plus de 17 kilomètres de puits, galeries et rameaux).

    En mai 1915, soldats français et allemands sont face à face. Séparés de quelques mètres pendant plus de trois années, ils vont se livrer la terrible guerre souterraine, « la guerre des mines ». Plus de 500 explosions recensées vont engloutir à tout jamais le village. Rien ne reste.

    Vauquois sera libéré le 26 septembre 1918 par les Américains.

    Depuis 1988, l’Association des Amis de Vauquois et de sa région gère ce site classé Monument Historique. Cette association a pour but de préserver, de transmettre le souvenir et de promouvoir le patrimoine.

     

    L’article qui suit n’est pas une description des longs combats mais des textes écrits par des Poilus ayant combattu en Argonne : le premier décrit la position géographique et l’intérêt stratégique du village de Vauquois, le second donne une vision apocalyptique de la butte de Vauquois et le troisième est un poème à la gloire et à la mémoire de tous les combattants de cette butte.

     

    Extrait de la monographie d’Ernest Deliège « Un Poilu de la forêt d’Argonne » – Editeur Gedalge (Paris) – 1916

    Les Allemands étaient à Vauquois depuis la fin de septembre (d’après le communiqué officiel du Ministère de la Guerre). Ils s’en étaient emparés lors de la violente poussée par laquelle, sur les deux rives de la Meuse, ils tentèrent d’encercler notre troisième armée et la place de Verdun. Violemment contre-attaqués, ils ne gagnèrent que quelques kilomètres. Dans la partie conquise par eux figurait l’éperon de Vauquois.

    La vallée de l’Aire, qui constitue un défilé entre les forêts de Hesse et d’Argonne, s’élargit avant d’arriver à Varennes. C’est ce débouché qui est fermé par le massif de Vauquois. Il est dominé par les contreforts de l’Argonne et les croupes allongées de Cheppy et de Montfaucon.

    La position de Vauquois avait pour nos adversaires l’inappréciable avantage de masquer leurs opérations au nord de Varennes et de leur permettre de ravitailler, par la route du Four-de-Paris, leurs troupes de l’Argonne ainsi que, par Cheppy, les forces importantes qu’ils ont dans les bois de cette dernière commune.

    De plus, Vauquois est un admirable observatoire. Le village est situé sur un long éperon qui domine les environs. De là, l’ennemi pouvait régler le tir de son artillerie à longue portée sur nos cantonnements de la vallée, nos routes de ravitaillement et nos mouvements de troupes.

    Notre entrée dans Vauquois devait donc être pour nous du plus haut intérêt. Mais il était évident qu’elle nécessiterait de très grands efforts.

    En effet, la position était devenue une véritable forteresse. Le village, construit sur une arête de 300 mètres d’altitude, domine de 130 mètres le fond de la vallée. Les terrains bas qui entourent l’éperon sont rendus très marécageux par les eaux de l’Aire et de la Buanthe. En outre, derrière Vauquois, la position est doublée par une hauteur boisée qui permettait aux Allemands de masser impunément des renforts, d’avoir tout à proximité des abris, et même de dissimuler des pièces à courte distance.

    Enfin, le village de Vauquois, dont les caves sont creusées dans le roc, offrait à l’ennemi des abris à l’épreuve de l’artillerie de campagne. Des couloirs souterrains avaient été construits par l’ennemi entre ces caves, qui constituaient ainsi un système défensif de premier ordre. Les rues avaient été excavées de telle sorte que les soupiraux devinssent des meurtrières à hauteur d’homme.

    Dans une attaque brillante, prononcée le 17 février, nous avions pu nous rendre compte de ces différentes positions et quand, le 28, l’opération fut reprise, nous connaissions exactement les difficultés dont nous aurions à triompher. En trois journées, nous avons pris pied sur le plateau et dans la moitié du village. Nous nous y sommes maintenus malgré les contre-attaques.

    Nos attaques précédentes avaient amené notre première ligne de tranchées à mi-pente de Vauquois, lorsque fut donné, le 28 février, l’ordre d’attaquer le village. L’attaque, très soigneusement préparée, débute par un tir violent d’artillerie lourde. Quand nos troupes, quelques instants plus tard, entreront dans Vauquois, elles ne trouveront plus qu’un amas de ruines, les voûtes rocheuses des caves s’étant effondrées sous le poids de nos gros projectiles, en creusant dans le sol des entonnoirs de quatre mètres de profondeur et de huit mètres de diamètre.

     

    Extrait de la monographie préfacée par Emile Boutroux « Un soldat de France : lettres d’un médecin auxiliaire, 31 juillet 1914-14 avril 1917 » – Edition Plon-Nourrit et Berger-Levrault 1919.

    Né le 21 décembre 1893 en Lorraine, de parents d’origine alsacienne, Jean*** subit au foyer la lente et sûre influence de l’éducation ; le sentiment de la famille s’enracina d’abord en lui, robuste et généreux, puis l’amour de la patrie, bercé dans les Vosges natales, agrandi ensuite jusqu’au culte de la France entière. Ses parents, après avoir résidé successivement en Lorraine et dans le Midi, vinrent se fixer à Paris, où il reçut, des maîtres de l’Université, la forte culture classique dont témoignent son style et sa pensée.
    Appartenant à une famille de médecins, il se sentit attiré par vocation vers la médecine, et prit quatre inscriptions à la Faculté de Paris. Il achevait sa première année de service militaire, au Havre, quand la guerre éclata. Ayant obtenu de partir comme soldat dans le rang, et non comme infirmier, il fit avec son régiment la partie initiale de la campagne, Charleroi, la retraite, la Marne.
    Blessé le 7 septembre 1914 à la bataille de la Marne (combat de Courgivaux), il passa de longs mois dans les hôpitaux de l’arrière. Sa blessure, quoique peu grave, était mal placée : il avait eu le pied fracturé, et une saillie osseuse, due à une consolidation vicieuse, gênait la marche. Les médecins voulaient le faire passer dans le service auxiliaire. Il s’y refusa, obtint de porter une chaussure orthopédique, qui corrigeait le vice de la démarche, et, maintenu dans le service armé, rejoignit enfin le dépôt de son régiment. Là, il trouva sa nomination de caporal, qui l’attendait depuis la bataille de la Marne.
    Mais bientôt, en exécution des ordres ministériels qui, pour combler les pertes du cadre des jeunes médecins, prescrivaient de rechercher dans les formations combattantes les étudiants en médecine, même pourvus de quatre inscriptions seulement, pour les nommer médecins auxiliaires. Il fut promu à ce grade et renvoyé au front en cette qualité. D’abord affecté à un régiment de territoriale, qui gardait les lignes de l’Argonne, il passa, sur sa demande, dans un régiment de l’active, et il tomba le 16 avril 1917 dans une attaque, frappé d’une balle en plein coeur, en suivant, dit la citation à l’ordre de l’armée dont il fut honoré, la vague d’assaut de son unité, pour secourir plus rapidement les blessés.

     

    Argonne, 24 juin 1916.

    Chers parents, 

    J’ai passé avant-hier une de mes meilleures journées. Par un temps radieux, à midi, après la soupe, sachant que F… se trouvait en ligne avec son régiment, je résolus de l’aller voir. M’orientant sur le soleil, tout droit, à travers bois, sans dévier, sautant des boyaux et évitant des fils de fer, m’arrêtant pour cueillir des myrtilles, jouissant de ma promenade en forêt comme s’il se fût agi de la forêt de Humont, j’atteignis la position de réserve dudit régiment. De là, suivant des cuistots qui allaient portant le jus et le pinard aux troupes de première ligne, par un boyau fort bien aménagé, je parvins à joindre F…

    Il me fit monter à un poste de guetteur situé au point culminant de l’Argonne, comme le Hohneck dans les Vosges, séparé du poste boche correspondant par le diamètre d’un entonnoir de mine, 5 mètres à peu près, la largeur d’une rue.Autour de moi, un sol tourmenté et dévasté, la pierre blanc-grisâtre, aride, nue, réfléchissant la chaleur solaire. Des sacs de terre, des couloirs sinueux, des entonnoirs de mine, des trous d’obus et de minen (les minen sont des projectiles de grande dimension, contenant de 20 à 60 kilos de cheddite, engins de peu de portée, mais d’un effet moral et destructif considérable), des restes de troncs d’arbres dressant à quelques centimètres du sol leurs débris déchiquetés, de place en place l’ombre attentive et bleue d’un poilu, de la désolation, du silence, du danger latent, une lumière crue.

    Abrité par un mur toujours renouvelé de sacs à terre, étouffant sous le soleil de plomb, je voyais la ligne de front, à ma droite et à ma gauche, s’étendait comme une plaque de pelade au milieu des coteaux boisés, bande absolument nue – c’est la zone des minen – dont la largeur varie de 200 à 300 mètres. Je la suivais jusque vers mon secteur, où elle se perdait dans l’imprécis.

    A mes pieds (j’étais sur un promontoire appelé le « Pigeonnier ») vers l’ouest, en zigzag, bordant des entonnoirs plus ou moins ébréchés, quelquefois confondus, courait la tranchée française. La tranchée « boche », presque rectiligne, la suit parallèlement, à une distance de 8 à 30 mètres de la nôtre. En arrière, au nord, un ravin, perdu par nous il y a un an, plein de « Boches » que je n’ai pas eu la chance de distinguer à la jumelle.

    Au loin, vers l’ouest, un des plus beaux panoramas que j’aie jamais vus : l’Argonne tout entière s’allongeant du sud au nord, une longue, très longue ligne bleue. Au delà, à l’infini, le sol de la Champagne, au relief capricieux, Massiges, Tahure, et plus loin, au delà, toujours plus vers l’ouest, le sol de France auquel s’accroche encore la horde organisée qui l’avait couvert en une ruée fantastique de quelques jours. La Digue. Des nuages de poudre, à 30 kilomètres de là, en Champagne, le canon de Verdun derrière mon dos, des torpilles, des grenades, des créneaux qui épient, et à une heure de marche vers le nord, des familles françaises qui attendent…

    De mon « Pigeonnier » j’ai senti, j’ai saisi le sens de la guerre.

    La vue vers l’est était cachée par un léger repli de terrain. Je fus à cet autre point de vue, d’où on me dit que se voyait Vauquois. Je regardai. Je fus hébété. Je savais qu’il ne restait rien de Vauquois. Je ne m’attendais pas à ce spectacle. Dominant tous les environs, une croupe lisse et blanche, un crâne, un oeuf.

    Si quelque chose peut donner une impression pareille de dévastation, de suppression, je voudrais savoir où. Il y avait là un village et des bois. Il y a maintenant – c’est fantastique – un cratère pelé. Sur le flanc sud-ouest, en effet, près du sommet, un entonnoir gigantesque est visible. Il aurait, dit-on, 120 mètres de largeur et une profondeur de 30 à 60 mètres. Le pied du mamelon est vaguement couvert de végétation. Seul le sommet présente cet aspect incroyable et chaotique.

    Au pied, vers moi, la riante vallée de l’Aire, avec un pont charmant aux arches vétustes et honnêtes. Il réunit deux villages démolis, aux maisons éventrées, mais dont le souvenir subsiste. Tandis que Vauquois !…

    Plus loin, vers le nord-est, dominant une croupe allongée, telle la nageoire dorsale d’un grand squale, le clocher de Montfaucon.

    Voilà, aussi sèchement rendus que je le puis, le spectacle que je vis et les impressions que je ressentis dans cette excursion, qui me laisse un souvenir ineffaçable.

     

    Extrait de la monographie d’Anatole France « Sur la voie glorieuse » – 1915

    Vauquois

    Vauquois ! Sombre colline émergeant des guérets,
    Nos héros t’ont reprise, un matin pierre à pierre.
    Tu te gorgeas de sang, au fracas du tonnerre
    Dont le roulement sourd emplissait les forêts.

    Colline d’épouvante et pleine de secrets,
    Petite dans la paix, énorme par la guerre,
    J’irai m’agenouiller sur ta funèbre terre
    Et porter aux héros le tribut des regrets.

    Un jour que ton sommet se changeait en fournaise,
    Ils te prirent d’assaut, hurlant la Marseillaise,
    Troupe de lionceaux guidés par des lions.

    Dormez, nobles guerriers, sur la noble colline,
    La gloire vous a ceints de ses plus purs rayons,
    Et la Patrie est là qui vous pleure et s’incline.

    Sonnet de Maurice BOIGEY.

    Suite au commentaire de monsieur Hubert Henry, nous vous proposons de lire la biographie de l’auteur du Sonnet. Cliquez ici

  • One Response à “La butte de Vauquois”

    • Hubert Henry on 9 janvier 2011

      Bonjour,
      Pour infomation : le sonnet publié par Anatole France : « Vauquois », est signé d’un « nom de guerre ».
      Le nom véritable de l’auteur est : Maurice LAMBERT, mon grand oncle, mort à Bouchavesnes le 25 Septembre 1916.
      Bien à vous.

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