• 21 décembre 2009 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    La nécropole et l'ossuaire de Douaumont (55) dans GUERRE 1914 - 1918 carteossuairedouaumont-150x150fleurstombesdouaumont1932-150x150 dans LIEUX DE MEMOIRE EN LORRAINEvictoire-150x150memorial-150x150cimetire-150x150ossuairedouaumont-150x150

    La bataille de Verdun : 21 février 1916 – décembre 1916. 300 jours et 300 nuits de combats acharnés, effroyables.
    26 millions d’obus tirés par les artilleries, soit 6 obus au m2. Des milliers de corps déchiquetés, des milliers de disparus.

    « C’est ici le cimetière de la France » – Albert Lebrun
    lors de l’inauguration officielle de l’Ossuaire
    le dimanche 7 août 1932.

    Un gigantesque monument  qui recueille les restes mortels d’environ 130 000 combattants français et allemands inconnus et une nécropole où reposent 16136 soldats.

    D’après un article paru le 30 juillet 1932, dans la revue hebdomadaire « La voix du combattant », éditée par l’Union Nationale des Combattants.

    Parmi les monuments érigés en souvenir de la guerre mondiale, le plus important et le plus remarquable par ses proportions, est sans contredit, l’Ossuaire de Douaumont élevé à la mémoire des 400 000 soldats tombés glorieusement en défendant Verdun.
    Long de 137 mètres, en forme de voûte gigantesque, dégagé de toute allégorie encombrante et inutile, le monument s’impose par le calme et la noblesse de ses lignes. L’ensemble présente ce caractère de simplicité, de force, de foi inébranlable que gardèrent jusqu’à la victoire les défenseurs de la citadelle.

    Dans l’axe, au dessus du porche servant d’entrée principale, une tour se dresse la Tour des Morts.
    Haute de 46 mètres, de proportions robustes, elle rayonne la nuit grâce à un phare puissant, portant jusqu’à l’horizon, le souvenir des événements douloureux qui se déroulèrent en ces régions tragiques. Le sommet de la Tour, auquel on accède par 203 marches, a été prévu pour recevoir, indépendamment  du phare, une cloche en bronze manœuvrée électriquement, offerte par une généreuse Américaine.

    L’Ossuaire proprement dit, où les mères ont l’espoir de pouvoir prier sur une parcelle des leurs, comporte une suite de dix-huit travées divisées en deux parties par le porche principal. Dans chaque alvéole, des fosses sont ménagées pour recevoir les ossements des militaires non identifiés. Les fosses sont surmontées de sarcophages d’un seul bloc, en granit rouge de Perros-Guirec, au total quarante-six sarcophages correspondant aux secteurs de l’immense champ de bataille.

    Le sol de l’Ossuaire est revêtu d’un beau dallage en mosaïque dont les vastes compositions interprètent les ordres militaires nationaux. La croix de la Légion d’Honneur a sa place dans l’axe longitudinal de l’Ossuaire. La médaille militaire, symétriquement répétée sous la voûte des porches secondaires d’extrémité, est reliée à la Légion d’Honneur par une suite ininterrompue de croix de guerre, coïncidant avec les alvéoles.
    La chapelle catholique, perpendiculaire à l’Ossuaire, s’étend sur une longueur de 23,5 mètres et sur une largeur de 14 mètres.

    Le monument est dégagé par une vaste esplanade protégée par douze bornes reliées entre elles par des chaînes. Ces bornes contiennent des projecteurs destinés à l’embrasement de nuit du monument, qui, seul point lumineux du champ de bataille, en surgit comme une apparition.

    Parallèlement à l’Ossuaire, sur les pentes sud-est, un cimetière immense a été créé, pour recevoir les restes des militaires identifiés, retrouvés dans la région de Verdun. Ce cimetière, divisé en deux parties par une grande allée située dans l’axe de la Tour des Morts, s’ouvre sur la route de Fleury à Bras.

    Le grandiose monument a été construit grâce à des souscriptions venues de toutes les provinces de France, des colonies et des nations amies.

     

    D’après un article paru le 13 août 1932 dans la revue hebdomadaire « La voix du combattant », éditée par l’Union Nationale des Combattants.

    A l’occasion de l’inauguration de l’Ossuaire de Douaumont, la France, en la personne de son chef d’état, des membres du gouvernement, des chefs militaires, des anciens combattants et des jeunes, a fêté solennellement les morts de Verdun. Pendant deux jours, des cérémonies empreintes de tristesse, se déroulèrent, tant sur sur le champ des morts que dans la cité héroïque.

    Le samedi, des services religieux étaient célébrés dans les édifices appartenant aux différents cultes. Le soir, en gare de Verdun, furent reçus les vingt drapeaux régimentaires qui représenteront, à la cérémonie, les vingt corps d’armée. Plus de 2 000 personnes participèrent à la veillée funèbre qui se déroula à la chapelle de l’Ossuaire de Douaumont. Des projecteurs ont éclairé la nécropole, dont la masse majestueuse ainsi illuminée, a veillé sur la plaine sanglante.

    Dimanche matin, monsieur Albert Lebrun se rendit à l’hôtel de ville et reçut des mains du maire de Verdun, la médaille de bronze des soldats de Verdun. Après le déjeuner, le président de la république, se rendit à l’Ossuaire, où, à 14 heures, commença l’inoubliable cérémonie, à laquelle participait une foule innombrable composée d’anciens combattants, de boy-scouts, etc… Nos alliés d’hier étaient représentés par des attachés militaires.

    Cent mille personnes, écrit un journaliste !

    Parlant dans un silence impressionnant, monsieur Albert Lebrun évoqua la mémoire des 400 000 hommes qui tombèrent sur cette terre sacrée. D’une voix que l’émotion faisait parfois trembler, le président de la République, que tant de souvenirs familiaux rattachent à ce pays, parla de ceux qui se sacrifièrent ici pour la plus juste des causes, pour la défense de leurs foyers, pour assurer à leurs descendants un meilleur avenir. Il salua ceux qui ont eu la pieuse idée de ce monument, qui porte à son fronton le mot symbolique « Pax » : Paix des morts. Mais on peut espérer que ceux qui dorment ici sont morts aussi pour la paix des vivants.

    « C’est ici le cimetière de la France » dit monsieur Albert Lebrun « et c’était bien l’emplacement qui convenait le mieux pour y élever ce monument du Souvenir ».

    Le président de la République continua :
    « Des années et des années passeront avant que la nature ait repris son sourire d’antan. Le retrouvera-t-elle même jamais, avec ces alignements de croix blanches ou noires que la piété des hommes s’efforcera de garder et de perpétuer, au milieu de ces croupes arrondies de Douaumont, de Froideterre et du Morthomme d’où il semble que toute vie a disparu, sur ce sol, où s’élevaient naguère, heureux et prospères, huit villages qui ont été détruits dans la bataille et qui ne sont plus représentés sur le sol de France que par de modestes pierres commémoratives.
    Au reste, il est bon que des témoins demeurent, des grandes folies humaines comme celle que fut la guerre de 1914-1918. Ils sont là pour défendre les peuples contre l’oubli, les amener à réfléchir et les détourner de ces cataclysmes qui ne laissent, derrière eux que ruines, misères et souffrances.
    Qui donc vient, d’un point quelconque du vaste monde, vainqueur ou vaincu d’hier, en face de cette immense nécropole et de cet ossuaire qui abrite le souvenir de 400 000 disparus, ou bien encore devant tel autre monument symbolique du front, tel celui que j’inaugurais, il y a quelques jours à Thiepval avec son Altesse Royale le Prince de Galles, à la mémoire des 75 000 officiers et soldats britanniques tombés dans la bataille de la Somme et demeurés sans sépulture, qui donc, devant de tels spectacles, ne sentirait grandir en lui toute l’horreur que doit inspirer la guerre ! ».

    Aussitôt après, les troupes du 6e corps défilèrent devant le président de la République, ainsi que les anciens combattants, dont le cortège était véritablement impressionnant.

    Enfin, le président de la République se rendit au fort de Douaumont où il inaugura un bas-relief destiné à commémorer la reprise du fort, le 24 octobre 1916, par le Régiment d’Infanterie Coloniale du Maroc et le 321e Régiment d’Infanterie.

    Ainsi prirent fin ces deux journées qui remuèrent, en bien des coeurs, des tragiques souvenirs d’il y a seize ans…

     

    D’après un article paru le 24 septembre 1932 dans la revue hebdomadaire « La voix du combattant », éditée par l’Union Nationale des Combattants.

    L’Ossuaire contient quinze cent vingt-huit mètres cubes d’ossements d’inconnus, renfermés en deux grandes fosses de 350 mètres cubes et 46 tombeaux de granit d’une contenance de 18 mètres cubes. Ces 46 tombeaux correspondant aux différents points de résistance du front de Verdun.

    L’aumônier de l’Ossuaire de Douaumont nous donne ces explications sous les voûtes glacées du monument illuminé exceptionnellement en notre honneur. Il est onze heures du soir. Un lourd silence plane. Les gorges sont oppressées.

    1 500 mètres cubes d’ossements d’inconnus français ou allemands réunis pour l’éternité !
    Il semble que nous succombions sous leur poids.

    La nuit est d’encre. Le phare des morts, au-dessus de nous, balaie, de sa clarté crue, l’immense champ de croix de bois. Ils sont là, ceux qui combattirent les uns contre les autres, les uns défendant leur sol, les autres allant au combat pour satisfaire l’orgueil de leurs maîtres.

    « D’après des documents dignes de foi », nous disait le lendemain matin le colonel Marchal, tandis que, sur l’emplacement où s’élevait jadis le village de Louvemont à jamais disparu, il nous retraçait, en un bref et saisissant raccourci, les différentes phases de la bataille, « d’après des documents dignes de foi », le total des pertes françaises à Verdun, au cours de l’année 1916, serait de 362 000 hommes, celui des pertes allemandes serait à peu près équivalent.

    Ainsi, en quelques mois, en quelques jours de lutte farouche, plus de 700 000 hommes avaient trouvé la mort à Verdun. Certes, nous nous doutions bien que les pertes avaient été sévères, nous tous qui avions combattu dans ce secteur, mais nous ne les imaginions pas aussi immenses.

    C’est que nous étions alors dans le feu de l’action et que, de cette terre d’épouvante, nous n’apercevions que l’étroite bande que nous étions chargés de défendre. Il fallait défendre jusqu’à ce que le pourcentage des pertes ait atteint le chiffre fixé par le commandement qui, connaissant les effectifs dont nous disposions, et n’envisageant que le but à atteindre, ne tenait compte ou ne pouvait tenir compte, ni de la fatigue, de la faim, du froid, de la soif, ni de l’ébranlement des nerfs et des âmes lorsque, sous l’effroyable bombardement, retombaient, jusqu’à dix fois par jour, sur nos têtes, les corps de ceux qui avaient été nos frères d’armes et à qui nous ne pouvions donner d’autre sépulture que le trou d’obus le plus proche.

    Quinze cents mètres cubes d’ossements et, à l’infini, des milliers et des milliers de croix blanches ou noires et une terre inculte labourée, retournée, cent fois, mille fois, par les obus qui réduisaient en lambeaux informes les corps, de ceux tombés à nos côtés. Elle en garde l’empreinte en ses blessures profondes.

    Silence ! En lettres énormes, ce rappel à la convenance frappe lorsqu’on pénètre dans l’Ossuaire.

     

    Still ! Ça c’est pour les Allemands. Car ils sont nombreux à venir ici, les survivants des attaques insensées, à venir retrouver le coin où ils se sont battus, le cheminement par lequel, blessés, ils gagnaient le poste de secours ou bien valides, l’arrière-front, pour y refaire leurs forces, en attendant de nouveaux assauts, par quoi ils espéraient gagner la guerre.

     

    Oui, ils viennent ici les humbles, et aussi les femmes et les enfants des morts. C’est qu’ici, tout est enseignement pour qui sait voir, ce qu’il en coûte de conquérir, comme de défendre, quelques mètres carrés de territoire.

    Là aussi, s’inscrit sur la pierre, le souvenir ému que les survivants gardent à leurs morts. Chaque amicale régimentaire – et à peu près tous les régiments de France ont « donné » à Verdun – a voulu avoir « sa » pierre, comme chaque association de combattants. Combien de mamans, faute de pouvoir – et pour cause – aller s’agenouiller au pied d’une croix de bois où s’inscrirait le nom du cher disparu, se sont imposé de lourds sacrifices, afin que, du moins dans cet immense sanctuaire de la mort, une pierre rappelle à la postérité qu’il fut, lui aussi, un de ces innombrables dont le sacrifice nous valut la victoire.

    Ah, non certes, il n’était pas pour nous, ce conseil qui s’inscrivait en lettres imposantes sur une pancarte à l’entrée du sanctuaire. Le silence s’imposait à nous. Dans l’intimité de nos cœurs, doucement, affectueusement, nous conversions avec les morts.

    L’entretien se prolongea très tard, bien longtemps après que, le seuil franchi, la nuit nous eût happés et que, modestes pèlerins du souvenir, nous retournions chez les vivants.

     

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