• 31 octobre 2009 - Par Au fil des mots et de l'histoire

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    De Börgermoor à l’Europe entière

     

    Le chant, connu en France, sous le nom de « Chant des Marais » est devenu l’hymne européen de la déportation et l’on pourrait croire qu’il a été entonné pour la première fois, lorsque les heures les plus sombres de l’Europe avaient commencé, c’est-à-dire après 1939. Mais ce chant est né en 1933, dans l’eau et la boue du camp de Börgermoor, dans la province d’Emsland, aux abords de la frontière néerlandaise.

    Dès 1933, cinquante camps d’internement étaient recensés en Allemagne, où les opposants au régime, réels ou présentés comme tels, étaient enfermés. L’accent était mis sur l’isolement et la « rééducation » de ces opposants.

    Le camp de Börgermoor est l’un des premiers camps ouverts (juin 1933) dans la province d’Emsland, province marécageuse, où les prisonniers effectuaient des travaux éreintants d’agriculture, en ayant bien souvent de l’eau jusqu’à la ceinture. Les S.A, puis les S.S, exigeaient que les prisonniers chantent sur le chemin conduisant du camp au marais qu’ils devaient assécher, en pelletant lors des appels.

     

    Dans cette communauté de misère, pourtant soudée par la cohésion, une idée germa rapidement, celle de créer un chant, celui des bagnards des marais, pelletant sans relâche sous la contrainte, tout en gardant espoir.

     

    Au lendemain d’une nuit de brimades et de sévices, Johann Esser (ouvrier mineur) et Wolfgang Langhoff (comédien et metteur en scène) écrivirent les paroles. La musique est l’œuvre de Rudy Goguel (employé de commerce), qui s’infligea une blessure volontaire, afin de se soustraire aux travaux forcés dans les marais. Il put ainsi passer quelques jours à l’infirmerie, et c’est avec une guitare que ses camarades lui avaient prêtée, qu’il composa la mélodie. Le « Börgermoorlied » était né.

    Les jours suivants, des prisonniers répétèrent le chant au retour du marais, dans la pièce des lavabos du baraquement n° 8. Puis, sous la direction de Wolfgang Langhoff, ils constituèrent ironiquement un cirque baptisé « Konzentrazani » (allusion au cirque Sarrasini, alors populaire en Allemagne) et donnèrent une représentation devant les prisonniers du camp de Börgermoor.

    Wolfgang Langhoff déclara : « Camarades, nous allons maintenant vous chanter le « Chant de Börgermoor », le chant de notre camp. Ecoutez-le bien et reprenez le refrain en chœur ».

    Seize chanteurs se présentèrent, la bêche sur leur épaule. Le choeur commença, en allemand évidemment, d’une voix lente et grave à un rythme de marche : « Partout où porte le regard on ne voit que le marais et la lande… ». Les 1000 détenus observèrent un profond silence, comme pétrifiés. Le choeur poursuivit : « nous sommes les soldats de Börgermoor et nous marchons la bêche sur l’épaule dans le marais ».

    Dès la deuxième strophe, près des mille détenus reprirent le refrain. Les voix continuèrent en sourdine : « Les sentinelles font leurs rondes, personne ne peut passer, la fuite nous coûterait la vie ». Puis les choristes entonnèrent la dernière strophe d’une voix rude, forte : « Mais pas de plainte dans nos bouches, l’hiver ne saurait être éternel, un jour, nous pourrons dire joyeusement : Oh ma patrie, je te revois. Alors les soldats de Börgermoor ne marcheront plus la bêche sur l’épaule dans le marais ». Sur ces derniers mots, ils plantèrent leurs bêches dans le sable et quittèrent la scène.

     

     

    Quelques jours plus tard, le chant était strictement interdit dans le camp de Börgermoor, mais il connut par la suite une destinée internationale. Il chemina de camp en camp, avec les transferts de détenus, en particulier à Esterwergen, où il a été repris sous le titre « Wir sind die Moorsoldaten » et grâce aux quelques détenus libérés après avoir purgé leurs peines.

    Ainsi, Wolfgang Langhoff réussit à gagner la Suisse, rédigea son témoignage et fit imprimer le chant. D’autres rescapés de Börgermoor se réfugièrent en Tchécoslovaquie, en Grande-Bretagne, en Espagne et firent traduire le chant.

    Le « Chant des Marais » se propagea alors à travers l’Europe entière, subissant des modifications, mais cheminant, encore et toujours, jusqu’à la libération de tous les camps en 1945.

    Cette oeuvre est pleine d’une infinie tristesse, mais on y voit, dans le sublime crescendo final, l’espoir renaître dans la souffrance. C’est ainsi un chant de résistance, destiné à redonner courage, afin de faire échec au désespoir et aux renoncements, en dépit de l’horreur quotidienne et de la misère absolue de l’univers concentrationnaire, dans lequel les hommes étaient condamnés à vivre, par un régime inhumain.

     

     

     

    Cet article a été élaboré à partir de renseignements recueillis sur le site de la F.N.D.I.R.P (Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes) et sur le site de la D.I.Z (Dokumentations und Informations Zentrum) Emslandlager retraçant l’épouvantable évolution des 15 camps de la province Emsland.

     

    La version française  n’est pas une traduction intégrale.

     

    Voici ce que chantaient, dès 1933, des Allemands internés par des Allemands.

    Les soldats du marais

    Partout où porte le regard,
    On ne voit que le marais et la lande.
    Pas de chant d’oiseau pour nous consoler
    Que des chênes dégarnis et tordus.

    Refrain:
    Nous sommes les soldats du marais,
    Et nous marchons la bêche sur l’épaule
    Dans le marais. (bis)

    Ici, dans cette lande déserte,
    Ils ont construit ce camp
    Où nous sommes parqués derrière les barbelés
    Bien loin de toute réjouissance.

    Le matin, les colonnes partent
    Au marais pour travailler.
    Ils creusent sous un soleil brûlant,
    Mais pensent à chez eux.

    Les sentinelles font leurs rondes
    Personne ne peut passer
    La fuite nous coûterait la vie.
    Cette forteresse a quatre enceintes.

    Mais pas de plaintes pour nous
    L’hiver ne saurait être éternel
    Un jour, nous dirons joyeusement :
    « Oh ma patrie, je te revois ! »

    Alors les soldats du marais
    Ne marcheront plus avec leur bêche sur l’épaule
    Dans le marais. 

     

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