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  • 4 septembre 2009 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    La catastrophe de Bouzey (88) le 27 avril 1895 dans EVENEMENTS AU TRAVERS DES SIECLES journal-150x150diguebouzey-150x150 dans EVENEMENTS AU TRAVERS DES SIECLESdigueapresrupture-150x150coupetranversaleconsolidation-150x150

     

    Article paru dans « Le magasin pittoresque » en 1895 

    Tout récemment, à Bouzey, la digue d’un réservoir s’est rompue sur presque toute sa longueur, et sept milliards de litres d’eau se sont déversés, avec la violence d’une trombe, dans la riante vallée de l’Avière.

    Construit en 1882, le réservoir de Bouzey fait partie du système alimentant le canal de l’Est, au bief de partage des Vosges. Un mur en moellons liés avec du mortier de chaux du Teil, barrant la vallée dans toute sa largeur, formait, en amont, un bassin d’une capacité totale de sept millions cent mille mètres cubes et dont la profondeur contre le barrage était d’environ 12 mètres. En dehors des fondations, ce mur présentait une épaisseur moyenne de 4,50 mètres.

    Tracé en ligne droite, il mesurait 572 mètres de longueur. L’ensemble des travaux avait occasionné une dépense de 5 millions, dans laquelle le réservoir de Bouzey entrait pour 2 100 000 francs environ.

    Diverses hypothèses ont été émises sur les causes de la rupture de la digue. Les uns accusent le froid, d’autres prétendent que l’accident provient d’une lente désagrégation des maçonneries par suite d’infiltrations.

    Un froid excessif détermine, en effet, de sérieuses lézardes dans des maçonneries les mieux conditionnées. Il est encore possible que des fissures peu visibles se soient déclarées dans l’enduit en ciment qui tapissait la partie du mur baignée par l’eau. L’eau toujours en activité, aurait insensiblement délayé les mortiers et enlevé ainsi, au coeur du barrage, la cohésion, la parfaite homogénéité, nécessaires à sa résistance.

    Bien que ces suppositions soient raisonnées, il nous parait plus proche de la vérité de croire à un glissement du terrain sous les fondations. Doublement sollicité par ce mouvement du sol et par la redoutable poussée d’une épaisseur d’eau de 12 mètres, le mur s’est subitement effondré, cassé plutôt.

    Cette version s’appuie sur des faits antérieurs. La première fois que l’on remplit le réservoir de Bouzey, le massif de barrage se déplaça sous l’influence de la charge ; il se porta vers l’aval, en s’infléchissant, dans la partie médiane, suivant une courbe à peu près régulière de 120 mètres de longueur et de 30 centimètres de flèche. Vers 1889, des travaux de consolidation, jugés urgents, furent entrepris. La base du mur a été élargie en accolant aux constructions primitives un massif de maçonnerie formant éperon.

    Le croquis (fig. 2) est une coupe transversale de la digue après les réparations. La surface couverte de hachures n’est autre que la section du massif ajouté à la base du mur. A cause de sa difficulté, on apporta beaucoup de soins à cette reprise en sous-œuvre, et l’on eut confiance dans l’avenir.Il est plus que probable que le terrain a subi un nouveau mouvement. La digue reposait sur du rocher de grès bigarré, lequel alterne souvent avec des couches de terre marneuse, favorable aux infiltrations et aux glissements. Il est difficile d’être affirmatif au milieu du désordre qui règne sur les lieux du sinistre ; mais quelle que soit la cause initiale du désastre, on peut demeurer convaincu que le mur de Bouzey a cédé parce que c’était un mur.

    Un barrage fait en terre vigoureusement corroyée, établi avec une formidable base et revêtu en amont d’un parement maçonné pour assurer l’étanchéité, n’eût pas présenté les mêmes dangers que cette digue, d’une légèreté audacieuse en son tracé rectiligne. Le mur est rigide ; le remblai offre, au contraire, une élasticité relative qui lui permet d’obéir aux mouvements du sol sur lequel il s’appuie. On observe facilement ses tassements et l’on peut aisément le réparer jusqu’à complet équilibre.

    Plusieurs exemples démontrent les avantages sérieux de ce système, auquel il serait prudent de s’en tenir. Les barrages de Luxey, Montaubry, Mittersheim, celui de Paroy, construit vers 1879, par monsieur Picard, l’éminent commissaire de la future exposition universelle, n’ont pas été constitués autrement qu’à l’aide de fortes levées en terre, rendues étanches par des procédés connus et trop longs à décrire ici.

    Pour le réservoir de Bouzey, la dépense eût peut-être dépassé le crédit qu’on s’était fixé. Immobiliser le moins de capital possible est un principe généralement admis à notre époque où le calcul permet aux ingénieurs d’approcher très près de la perfection théorique ; mais il est des cas, où l’on doit laisser de côté l’économie et la hardiesse et se dire, comme les modestes et pratiques manoeuvriers de la marine : « Trop fort n’a jamais manqué ».

    Article paru dans  » La Revue des deux mondes «  en 1896

    La France a été profondément émue l’année dernière, par la catastrophe de Bouzey, à la suite de laquelle la vallée de l’Avière a été inondée sur une longueur de vingt kilomètres. Le réservoir, destiné à alimenter le canal de l’Est, était formé par un barrage en maçonnerie de 500 mètres de longueur, de 22 mètres de hauteur et de 20 mètres de largeur. 

    Il renfermait 7 millions de mètres cubes d’eau, lorsque la digue se rompit tout à coup sur une longueur de 200 mètres. Cette énorme masse de liquide se précipita, dans le petit vallon où coule la rivière, renversant les maisons, déracinant les arbres, emportant les habitants et les bestiaux.

    Article paru dans  » Le Dictionnaire géographique et administratif de la France et de ses colonies  » 1890-1905

    L’Avière s’est acquis récemment une triste renommée. C’est le ruisseau qui, subitement accru le 27 avril 1895 en un énorme torrent par la rupture sur 150 mètres de longueur de la digue du réservoir de Bouzey, surprit chez eux, à cinq heures du matin, la plupart dans leur lit, les habitants de Bouzey-les-Forges et de Domèvre, qui furent en partie submergés, et ceux de Darnieulles, d’Uxegney, d’Oncourt et de Nomexy, moins gravement atteints.

    A Bouzey, tout fut emporté comme un fétu, notamment, au pied même de la digue, un établissement de pisciculture, « qui lançait chaque année dans les cours d’eau de la région des millions d’alevins destinés au repeuplement des rivières vosgiennes ». A Domèvre, plus de 30 personnes trouvèrent la mort, plus de 20 maisons disparurent.

    On estime à 100 le nombre de ceux qui perdirent la vie dans cette catastrophe.

     

  • 4 commentaires à “La catastrophe de Bouzey (88) le 27 avril 1895”

    • Gilbert Vouaux on 18 novembre 2014

      Je recherche des documents sur la reconstruction de la digue de Bouzey pour la journée du patrimoine 2015
      Merci

    • Jean Prat on 22 mars 2015

      bjr,
      Pas un document, mais une information que peut-être vous ignorez.
      Je viens de lire un ouvrage sur l’histoire du canal de Nantes à Brest, dans le Finistère.
      Il y est question de le repeupler en poissons dans les années 1890, en faisant appel à des alevins en provenance des piscicultures de Bouzey.
      Mais ce n’était guère probant et l’expérience a été définitivement arrêtée après la catastrophe de Bouzey.
      Cordialement

    • VAZIAGA on 11 janvier 2016

      Bonsoir.
      Je découvre un article sur la catastrophe de Bouzey, article publié dans la Revue Illustrée N° 227 du 15 Mai 1895.
      Consultable et téléchargeable sur
      http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6263275p
      Début de l’article page 366.
      Espérant avoir étoffé vos archives,
      Bien cordialement,
      Thierry VAZIAGA
      5 rue Jablinot
      77100 MEAUX

    • gaby on 4 octobre 2016

      Bjr, j’ai un plan de la digue de Bouzey de sa 1ére construction, son renforcement suite aux glissements, a sa réfection après la catastrophe, et sa 2éme construction dans les annés 30.
      Fait par un ingenieur détaché au centre de Bouzey après la catastrophe.

      Cdl

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