• 20 juillet 2009 - Par Au fil des mots et de l'histoire

    Anecdotes de la première guerre mondiale (1) dans GUERRE 1914 - 1918 lapins-150x150

     Le coup du lapin

     

    Si vous croyez qu’on s’ennuie dans les tranchées…

    L’anecdote suivante, que rapporte un blessé revenu d’Argonne, montrera que, malgré le froid, la boue et les « marmites boches », nos troupiers n’ont pas perdu leur belle humeur.

    C’est dans une tranchée du bois d’Apremont, où, depuis des semaines et des mois, nous repoussons pied à pied l’ennemi.

    Un soir, vers la chute du jour, les nôtres aperçoivent, un peu en avant de la tranchée « boche », située à quatre- vingts mètres à peine de nos lignes, une silhouette qui semble ramper avec précaution.
    Pas de doute, c’est un des « Boches » d’en face… Mais qu’est-ce qu’il peut bien manigancer ?… On a bien envie de tirer. Il est là, en plein dans les lignes de mire… Une pression sur la gâchette et on l’a « comme dans un fauteuil ». Mais auparavant on veut se rendre compte. Puis, qu’est-ce qu’il peut bien manigancer encore contre nous, ce « sauvage-là » ?…

    Le soldat allemand continue sa marche rampante, s’arrête quelques instants tous les quinze ou vingt mètres, puis repart, se livrant à on ne sait quelle besogne étrange et mystérieuse… Tant pis, on va en finir et l’envoyer ad patres. Mais brusquement, l’Allemand disparaît dans une excavation, au bord de sa tranchée. C’est en vain qu’on attend sa réapparition.

    « Ah çà ! C’est trop fort, s’écrie un de nos poilus. Leur bon Dieu allemand me damne si je n’en ai pas le coeur net ! »
    Et le voilà parti à son tour en rampant dans la direction de la tranchée ennemie.

    Une heure d’attente anxieuse se passe. Notre Poilu ne reparaît pas. Pleins d’inquiétude, ses camarades se demandent ce qui a bien pu lui arriver. Déjà, on parle d’aller à sa recherche, la baïonnette au clair. Mais voici qu’une ombre se montre au bord de notre tranchée… C’est notre poilu qui revient. Un large rire éclaire sa face.
    « Ah ! Mes enfants… Si vous saviez… » Des hoquets de joie le secouent.
    « Non, jamais vous ne devineriez ce que faisait ce maudit « Boche »… »

    Et après un temps, ménageant ses effets, il ajoute :
    « Eh bien ! Que leur bon Dieu allemand me damne encore si avant vingt-quatre heures nous ne mangeons pas à leur santé une de ces gibelottes qui fera époque dans votre existence… »

    Après une nouvelle pause :
    « Oui, les gars, des collets… Le « Boche » tendait tout simplement des collets à lapins… des lapins qui, je l’espère bien, seront demain dans notre marmite. »

    Le lendemain matin, une heure avant l’aube, notre loustic, dans une marche rampante à faire pâlir de jalousie le plus adroit des Peaux-Rouges de la prairie, quittait de nouveau la tranchée.

    Vingt minutes, cette fois, ne s’étaient pas écoulées qu’il était de retour. Au bout de ses bras tendus, quatre superbes lapins de garenne gigotaient dans un dernier spasme d’agonie.
    « Je vous l’avais bien dit, les gars, qu’on les aurait, les lapins du « Boche »… Et maintenant, à l’ouvrage… On n’a pas fini de s’amuser… »

    En deux temps et trois mouvements, les lapins sont dépouillés de leur peau, congrûment dépecés, et les morceaux, incontinent mis à la marmite. Cependant, le chasseur, toujours avec le sourire, se livre à une singulière besogne, que les autres, qui ont compris, suivent non sans un prodigieux intérêt. Les peaux des lapins, soigneusement bourrées de paille, ont repris maintenant leur aspect d’honnête animal. Et pour la troisième fois, emportant les dépouilles empaillées, l’homme repart à plat ventre, dissimulé entre les mottes de terre, vers la tranchée « boche ».

    En moins d’une demi-heure, les peaux ainsi préparées ont repris leur place dans les collets de l’Allemand et le Poilu a rejoint les nôtres. On devine le reste.

    Comme le jour allait se lever, on perçut des cris rauques de fureur dans la tranchée d’en face, suivis bientôt d’une fusillade nourrie à l’adresse de la nôtre, que, déjà, emplissait une agréable odeur de gibelotte.
    Le soir, le « Boche » ne revint pas rendre visite à ses collets.

     

     

    Extrait du livre « Simples histoires de la guerre de 1914-15″ par Maurice Thiéry

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