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  • 19 juillet 2009 - Par Au fil des mots et de l'histoire

    La légion garibaldienne en Argonne dans GUERRE 1914 - 1918 cartelachalade-150x150brunogaribaldi-150x150 dans PAGES D'HISTOIREmortbrunogaribaldi-150x150lachalade-150x150329001-150x150garibaldi-150x150

    Garibaldi ! Pour nous les Français, ce nom évoque immanquablement celui d’une rue, d’une avenue ou d’un boulevard d’une de nos villes en hommage à Guiseppe Garibaldi qui, en 1870, mit son épée au service de la France, et, à la tête de ses fameuses « chemises rouges », délivra Dijon des Prussiens.

    En Argonne, le village de Lachalade (55) s’honore d’entretenir la mémoire de deux autres Garibaldi, Bruno et Costante, ses petits-fils. Un monument aux inscriptions en italien commémore le sacrifice volontairement consenti pour notre pays, en 1914 et 1915, au cours de ce bref et héroïque épisode de la grande guerre : l’intervention garibaldienne en Argonne.

    Quelques rappels historiques vont permettre de revivre ces heures glorieuses qui prennent naissance dans le climat particulièrement menaçant de ce début d’été 1914 :
    28 juin : l’archiduc d’Autriche, François Ferdinand est assassiné à Sarajevo par deux Serbes de nationalité autrichienne.
    28 juillet : l’Autriche (alliée à l’Allemagne et à l’Italie par la Triplice « triple alliance ») déclare la guerre à la Serbie.
    3 août : l’Allemagne déclare la guerre à la France et à la Belgique. Ce même jour, l’Italie proclame sa neutralité, à la satisfaction de la France et de ses alliés, et à la déception de l’Allemagne.

    Entre temps, le 30 juillet, à l’heure où notre pays se prépare à un conflit imminent, une surprenante manifestation francophile se déroule à Paris, dans une salle du café du Globe. Dix-neuf Italiens rédigent, sous leur propre signature, la note suivante qui sera publiée le lendemain dans les journaux : « Un certain nombre de citoyens italiens habitant Paris et profondément attachés à la France, ont décidé de former un corps de volontaires qui, en cas de conflit armé, se mettrait à la disposition du ministère de la guerre pour coopérer à l’action de notre armée. Dans le but de recueillir des adhésions nouvelles, les promoteurs de ce projet invitent leurs compatriotes à assister à la réunion qui aura lieu ce même jour, au café du Globe, 8 boulevard de Strasbourg ».

    Notons en passant, qu’à l’initiative de la colonie italienne, de nombreux autres ressortissants de pays étrangers se joindront au mouvement, et que, dès le 3 août, plus de 8000 hommes s’offriront à la France. Le 21 août, ils seront plus de 20000 (Italiens, Russes, Tchèques, Belges, Luxembourgeois, Américains et même 800 Austro-Allemands).

    Les journalistes transalpins, correspondants parisiens de leur presse nationale, envisagent aussitôt la formation d’une « légion Garibaldienne », les valeureuses « chemises rouges » de l’ancêtre Guiseppe Garibaldi. L’enthousiasme est à son comble. C’est du délire ! Le vieux général Ricciotti Garibaldi, qui avait combattu les Prusssiens au côté de son père, encourage ses six fils : Costante, Ezio et Sante, que rejoindront bientôt Guiseppe (Peppino), Ricciotti et Bruno, débarqués d’Amérique.

    « Pour la France, ma seconde patrie, déclarera à son arrivée Guiseppe au rédacteur du Petit Parisien,  je combattrai à n’importe quelle condition contre les Allemands, ne fut-ce que comme caporal ! ».

    Le 26 août, dès 8 heures du matin, 5000 Italiens défilent sous les acclamations des Parisiens, du boulevard Jules Ferry à l’esplanade des Invalides. La bonne organisation du cortège, déjà constitué en compagnies et sections, porte drapeaux français et italiens, permet aux services administratifs de l’hôtel des Invalides de distribuer les imprimés indispensables pour remplir sur le champ les formalités d’incorporation.
    Le lendemain, 4913 engagés (sur les 5000 présentés) partent de la gare de Lyon en direction d’Avignon, où ils sont regroupés pour une période d’instruction militaire, ainsi que pour les obligations plus bassement matérielles mais indispensables : habillement, passage chez le coiffeur, distribution du paquetage de campagne, etc…

    Le 5 novembre, le 4ème Régiment de Marche du 1er Etranger est officiellement constitué par une dépêche ministérielle, qui en délègue le commandement au lieutenant-colonel Guiseppe Garibaldi, avec pour adjoint le commandant Duplat de Garat.
    Les trois bataillons dont il se compose (deux au dépôt de Montélimar et le troisième à celui de Nîmes), sont divisés en compagnies (4 par bataillon), chacune ayant à sa tête un capitaine assisté d’un lieutenant, l’un français, l’autre italien, sans distinction de grade et de fonction.

    Le 7 novembre, le régiment est regroupé au camp de Mailly. Le 11 novembre, le colonel Guiseppe (Peppino) Garibaldi, le commandant Duplat de Garat et le vieux général Riccotti Garibaldi, appuyé sur ses béquilles, le passent une dernière fois en revue, avant son départ pour le front d’Argonne le 17 décembre.

     

    En trois étapes, c’est l’arrivée aux Islettes (55). Le premier bataillon cantonne au Neufour (55), le deuxième à Florent-en-Argonne (51) et le troisième au Claon (55).

    Le sol est couvert de neige. Le matin du 24, le capitaine Perchepain prête son cheval au lieutenant Duchier qui, accompagné de son ordonnance monté sur un mulet, est chargé d’aller s’approvisionner aux Islettes pour fêter dignement la nuit de Noël. Hélas ! La joie est de courte durée. Vers 18 heures, avant même l’arrivée du ravitaillement tant espéré, ordre est donné de se rassembler à la Maison Forestière (emplacement actuel du cimetière national de la Forestière). Adieu le réveillon ! Mais il ne sera pas perdu pour autant. Des soldats du génie, cantonnés au Claon, en seront les heureux bénéficiaires.

    Le ventre vide, les Garibaldiens se dirigent vers Lachalade et montent sur le plateau. L’ordre d’attaquer étant reporté, il faut bien organiser la journée du 25 décembre. Triste Noël en perpective ! Bravant l’interdiction de faire du feu, le capitaine Ricciotti Garibaldi partage avec la troupe un « jus » préparé en cachette sous bonne garde et que les hommes, engourdis par le froid, savourent avec délectation.

    Le 26 décembre, à 6 heures du matin, arrive l’ordre de départ. Les 1er et 2ème bataillons constitueront la tête d’attaque. Le 3ème restera en réserve, à l’exception du sous-lieutenant Bruno Garibaldi, qui obtiendra de son frère le lieutenant-colonel Guiseppe (Peppino) Garibaldi, l’autorisation de se joindre aux attaquants. La troupe se dirige vers le plateau de Bolante sous l’arrosage des tirs croisés des artilleries françaises et allemandes. La bataille fait rage, dans la boue épaisse qui englue dans une sombre carapace, les vivants, les blessés et les morts.
    Le lieutenant Trombetta figure parmi les premiers tués, ainsi que l’adjudant-chef Borgnis et le clairon Gallo. A la tombée du jour, le combat prend fin. Triste rassemblement à la Pierre Croisée (à quelques centaines de mètres du monument de la Haute-Chevauchée). C’est l’heure du bilan : deux assauts lancés sans préparation suffisante de l’artillerie n’ont pas permis de prendre les tranchées allemandes protégées par un épais lacis de barbelés.
    4 officiers et 44 hommes tués, pour la plupart empêtrés dans les réseaux, 112 blessés. Tel est le bilan du tragique baptême du feu pour les héroïques Garibaldiens qui pleurent l’un de leurs chefs les plus estimés : Bruno Garibaldi, jeune officier de 26 ans, remarquable par sa haute taille, son corps d’athlète, sa distinction, et sa parfaite connaissance de l’armée française.

    Les circonstances de sa mort méritent une relation plus détaillée.
    Dès le début de l’attaque, à l’aube, Bruno Garibaldi avait été blessé au bras par une balle. Après s’être fait panser sommairement, il avait repris courageusement sa place, à la tête de sa section. Entraînant ses hommes à l’assaut de la tranchée ennemie, il reçut deux balles qui le transpercèrent de part en part. Perdant son sang en abondance, ses compagnons l’adossèrent contre un arbre. Ce fut dans cette position qu’il rendit son dernier soupir en murmurant à l’un de ses compagnons, le soldat Oretti : « Embrasse mes frères pour moi ! ». Son corps resta deux jours et deux nuits dans la boue épaisse du sol détrempé par la pluie, les vaines tentatives pour le ramener le jour même n’ayant eu pour effet que d’accroître le nombre de morts (1).
    Dans la nuit du 27 au 28 décembre, plusieurs Garibaldiens se portèrent volontaires pour aller le chercher. On dut creuser sommairement une tranchée, et le tout jeune caporal Salgemma (2), revendiquant l’honneur de ramener son chef, rampa lentement vers le cadavre, le chargea péniblement sur son dos, et au bout de trois quarts d’heure d’efforts surhumains, s’arrêtant à chaque pas, rejoignit ses compagnons. Ceux-ci l’attendaient, en effet, quelques dizaines de mètres plus loin, protégeant son retour sous le feu ennemi, ainsi que le raconte Henry-Jacques Hardouin, qui précise que « pendant ce suprême retour dans les lignes françaises, une balle vint encore frapper Bruno Garibaldi au cervelet ».

    Le général Gouraud, commandant la 10èmedivision d’infanterie appuyée par les Garibaldiens placés sous ses ordres, rendit un éloquent hommage aux morts italiens, lors des funérailles de Bruno Garibaldi, qui fut enterré provisoirement, aux côtés de ses compagnons d’armes, au cimetière de la Forestière.

    Quelques jours plus tard, accompagné de deux de ses frères, Ezio et Sante, le cercueil du héros fut transporté en gare de Sainte Ménéhould pour être ramené en Italie. Le train s’arrêta à la frontière ainsi que dans les gares des principales villes transalpines. Sur la bière, une plaque de cuivre portant cette inscription simple mais sans équivoque : « Lieutenant Bruno Garibaldi, mort à l’ennemi ».

    Le 6 janvier 1915, à Rome, un interminable cortège de gens du peuple mêlés à d’imminentes personnalités venues s’incliner devant sa dépouille mortelle, défila de 8 heures du matin à 14 heures, et ce ne fut qu’à la tombée de la nuit que la procession funèbre parvint au cimetière de Campo Verano, où se trouve le tombeau de la famille Garibaldi.
    Le vieux général Ricciotti Garibaldi, ne laissant rien transpirer de sa douleur, prononça, au moment où le cercueil descendait dans le caveau, ces paroles particulièrement énergiques, à l’instant même où l’on venait de lui remettre une dépêche lui annonçant la triste nouvelle de la mort de Costante : « Va Bruno, je te salue avec un orgueil de père et d’Italien, parce que tu es tombé pour le devoir. Mais tu ne resteras pas seul, ton frère va bientôt te rejoindre… L’Italie te vengera ! ».
    On entendit alors d’immenses clameurs monter de la foule en colère « Vive Garibaldi ! A bas l’Autriche ! A bas l’Allemagne ! Guerre ! Guerre ! ». A Robert Vaucher, correspondant à Rome de la revue « L’illustration », qui lui présentait ses condoléances, le général répondit : « Quand Bruno est mort, j’ai dit : il en reste heureusement encore cinq. Maintenant je dis encore après la mort de Costante : il en reste encore quatre ».

    Mais retournons en Argonne où, pour mieux affronter les intempéries du rude hiver 1914-1915, les Italiens s’étaient installés dans des « cagnas » qu’avec leur esprit inventif et leur solide réputation de bâtisseurs, ils avaient réussi à rendre presque confortables. Malgré le vent, la pluie, le froid glacial, le 1er janvier 1915 ne passe pas inaperçu ; vêtements chauds, victuailles à profusion, champagne, cigares… C’est presque le bonheur malgré les tirs d’artillerie qui troublent quelque peu la fête et causent quelques dégâts aux habitations de fortune que l’on doit réparer à la hâte.

    Le commandant français n’est cependant pas inactif. Il prépare, à l’insu de l’ennemi, une nouvelle attaque prévue pour le 5 janvier. Le génie s’active à creuser des tunnels et à disposer des mines sous les positions allemandes des Courtes Chausses.
    Le 4 janvier parviennent les ordres. Le 2ème bataillon garibaldien lancera une attaque à La Harazée pour disperser les forces de l’adversaire qui se verra contraint à y défendre ses arrières. Pendant ce temps, les 1ère et 3ème compagnies des 1er et 3ème bataillons attendront l’ordre d’attaquer, tandis que les 2ème et 4ème compagnies seront placées en soutien, un peu en retrait. Les tranchées seront occupées par les 76ème et 46ème régiments d’infanterie, cachés à la vue des Allemands.

    Les Garibaldiens les traverseront sur des passages en planches. Conscients des erreurs commises le 26 décembre, lorsqu’emportés par leur fougue, ils s’étaient rués vers les tranchées ennemies avec une témérité déraisonnable qui s’était soldée par un massacre, ils préparent cette fois dans les moindres détails le plan conçu par le commandant Rollet, chef de corps de la Légion Etrangère, affecté exceptionnellement au commandement du 331ème régiment d’infanterie.

    Le matin du 6 janvier, à 6 heures, après un violent tir d’artillerie en direction des positions allemandes, l’explosion de près de 3000 kilos de poudre projette des montagnes de cailloux, de ferraille et même d’hommes dans toutes les directions, jusque sur nos lignes. Les clairons sonnent la charge. Les Garibaldiens se lancent à l’assaut. La première ligne ennemie tombe tout de suite, bientôt suivie de la deuxième puis de la troisième, 600 mètres de terrain sont gagnés sur l’adversaire. Le bilan est imposant : 120 prisonniers (une compagnie entière), 3 officiers, 12 sous-officiers, plusieurs mitrailleuses et caissons ! Mais à quel prix ! 125 Garibaldiens tués ou disparus et 172 blessés.
    Parmi les morts, l’adjudant-chef Costante Garibaldi, le lieutenant d’Arcourt, le commandant Latapie, le sous-lieutenant Lurgo, le lieutenant Legouais (3).

    Un ultime effort sera imposé aux survivants de la légion garibaldienne, très éprouvée par les combats meurtriers des 26 décembre et 6 janvier, au ravin des Meurissons, situé entre le Four de Paris, et le plateau de Bolante. L’artillerie ennemie entre en action, bientôt suivie d’une ruée vers nos positions. Le général Gouraud lance un appel à Peppino Garibaldi. « Nous sommes prêts » répond le colonel.
    Les Garibaldiens se rassemblent à la Pierre Croisée, descendent vers le ravin des Meurissons où retentit soudain l’ordre : « Baïonnette au canon, en avant ! ». Alors commence une lutte sauvage, à l’arme blanche, dans la demi-obscurité d’un matin d’hiver.

    Une dernière fois, les Garibaldiens, capote déboutonnée pour mieux découvrir la chemise rouge, s’élancent à l’assaut, brûlant près de 600 cartouches par hommes. L’avance ennemie est stoppée sans gain de terrain. 15 morts, 42 disparus, 54 blessés.
    Ainsi s’achève le dernier des trois combats meurtriers qui ont valu à la Légion Garibaldienne ses lettres de noblesse.

    Gaston Huet figure parmi les tués, un mort pas comme les autres pourtant ! Il avait à peine 13 ans. C’était un peu la mascotte du régiment. On l’enterra au cimetière de la Forestière, à côté du lieutenant-mitrailleur Cristini (l’ancien entraîneur du célèbre boxeur Georges Carpentier). Quelques jours plus tard, les hommes valides sont envoyés au repos à la grange Lecomte (Clermont en Argonne).

    Le 10 mars 1915 parvient l’ordre de dissolution du 4ème régiment de marche du 1er Etranger. Quelques Garibaldiens s’engageront en France dans la Légion Etrangère. Les autres, rentrés en Italie, seront affectés au 52ème régiment alpin italien.

    Le 3 mai suivant, le gouvernement italien, sous la pression populaire, dénoncera par l’intermédiaire de Gabriele d’Anunzio, la « Triplice » et le 23 mai 1915, déclarera la guerre à l’Autriche-Hongrie, ce qui, en retour, entraînera la déclaration de guerre à l’Italie par l’Allemagne. Il ne restera plus à l’ambassadeur d’Allemagne à Rome, Von Bulow, qu’à faire ses valises, en compagnie de l’ambassadeur d’Autriche, sous les huées des foules massées autour des ambassades, désormais ennemies.

    Il fut reconnu par la suite, que l’héroïque intervention des volontaires italiens en Argonne, avait représenté un facteur important dans la succession de ces événements qui contribuèrent à l’échec final de la puissance austro-allemande par la brillante victoire des Italiens sur les Austro-Hongrois, le 24 octobre 1918 à Vittorio Veneto.

     

     

    A l’entrée de Lachalade, face au chevet de l’imposante église abbatiale, se dresse, au milieu d’une petite prairie, en bordure de la route, le monument orné de deux bas-reliefs en bronze aux effigies de Bruno et Costante Garibaldi. Au centre, une aile brisée traversée par un glaive surmontant l’inscription latine : « Optatum Foedus Amoris » évoque la lointaine Italie d’où sont accourus « Bruno et Costante Garibaldi qui, avec cinq cents légionnaires sont tombés sur cette terre de France » (en italien sur la pierre) et furent l’héroïque avant-garde de l’Italie de Vittorio Veneto – Association Nationale des volontaires de guerres d’Italie 21 avril 1932.
    A quelques pas du monument, une plaque installée en 1968 à l’initiative du général André Rouyer, président du comité commémoratif de l’Argonne, rappelle aux visiteurs que « cette prairie fut le cimetière des Garibaldiens tombés en Argonne au cours des combats de l’hiver 1914-1915 au Four de Paris, à Bolante, aux Meurissons, aux Courtes-Chausses et à la Haute-Chevauchée. Ils furent exhumés à partir de l’année 1919. La plupart d’entre eux reposent aujourd’hui au cimetière militaire italien de Bligny (à quelques kilomètres de Reims). D’autres furent rapatriés en Italie ou rendus à leurs familles installées en France. Quelques uns sont restés à Lachalade, où ils ont été transférés au cimetière national de la Forestière.

     

    Le village de Lachalade n’oublie pas leur sacrifice : « Afin que souvenir jamais ne meure » (Devise du comité commémoratif de l’Argonne).

     

    (1)  H.J Hardouin raconte que pour narguer les compagnons de Bruno Garibaldi qui cherchaient en vain son cadavre, les Allemands, occupant une tranchée voisine, chantaient en italien « les chevaliers de la lune ».
    (2)  Quelques jours plus tard, à l’issue du combat du 5 janvier 1915, Salgemma fera l’objet de la citation suivante : « Volontaire au 4ème régiment de marche (1erEtranger), s’est fait tué vaillamment en s’élançant à la tête d’une section restée sans chef ». Il s’agit en réalité d’une erreur. Salgemma, seulement blessé, fut fait prisonnier par les Allemands. Treize tentatives d’évasion lui valurent de sévères châtiments. Évadé par la Hollande en septembre 1917, il regagna la France où il reprit du service jusqu’à l’Armistice. Le colonel Saverio Derfner, qui a entretenu par la suite d’amicales relations avec Salgemma, précise dans ses Mémoires que « cet homme franc et sincère, fait pour le combat, engagé dans la résistance après 1940, tomba sous les balles allemandes, dans un bois de l’Isère, près de Vienne ».
    (3)   Étonnant destin que celui de cet officier, né à La Haye en 1870. Fervent chrétien, il refuse en 1906 l’ordre qu’il reçoit d’écarter les catholiques massés aux portes de l’église Saint-Jacques à Angers pour empêcher l’entrée des huissiers mandatés par le gouvernement afin de procéder aux inventaires des biens du clergé. Sabre au clair, il commande énergiquement à sa section : « Garde à vous ! Présentez armes ! Demi tour à droite, droite » et la reconduit à la caserne où il présente sa démission au colonel.
    Radié de l’armée, il se porte volontaire dès la déclaration de guerre le 2 août 1914, et se voit répondre : « Vous n’êtes plus officier, attendez l’appel de votre classe ! ». il s’engage alors dans la Légion où il retrouve son grade par décret du président de la république. Affecté au 4ème Régiment de Marche du 1erEtranger, il prendra le commandement de la 10èmecompagnie et sur son livret militaire sera inscrite la citation suivante à l’ordre de l’armée et de la Légion d’Honneur : « Officier modèle de bravoure et de courage. Glorieusement tué le 5 janvier 1915 au combat des Courtes-Chausses, à la tête de sa compagnie qu’il entraîna brillamment à l’assaut des tranchées allemandes ».

     

    Article extrait de la revue « Connaissance de la Meuse ».

     

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