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  • 11 juillet 2009 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    Les combats de Sidi-Brahim en septembre 1845 dans PAGES D'HISTOIRE combatdesidibrahim-150x150commmosidibrahim-150x150 dans PAGES D'HISTOIREexhumationdescorps-150x150letombeaudesbraves-150x150maraboutdesidibrahim-150x150tombeaudesbravesvincennes1-150x150

     

    Djemmaa Ghazaouet, 26 Septembre 1845, fin de journée…

    Seize hommes épuisés, harassés, blessés, sont recueillis par la garnison venue à leur rencontre : il s’agit du caporal Lavayssière, de 14 chasseurs et du hussard Nataly.
    Ils racontent leur marche terrible de trois lieues sous le soleil de plomb, constamment harcelés par les arabes contre lesquels ils luttent à la baïonnette car il y a longtemps qu’ils n’ont plus de munitions.

    Ils étaient près de 80, formés en carré, les blessés au centre, mais dont l’épuisement obligeait à de fréquents arrêts. Ils allaient dans la chaleur torride, par à-coups, farouchement groupés, progressant lentement, entourés d’ennemis, vers Djemmaa Ghazaouet qu’il leur fallait atteindre à tout prix.
    Leur fatigue était immense, mais surtout la soif les torturait, lorsqu’ils parvinrent dans le lit de l’oued Mersa, à 2000 mètres de leur objectif. Enfin, de l’eau ! Ils se jetèrent sur elle…
    C’était l’endroit et le moment où les attendait la tribu des Ouled Ziri. Ce fut un carnage. Le capitaine de Gereaux et le lieutenant de Chappedeleine, déjà blessés, ont été achevés les premiers…

     

    Tout avait commencé le 21 Septembre…

    Depuis le début du mois, l’émir Abd El-Kader, avait entrepris de soulever les tribus algériennes dont certaines, sur la frontière, s’étaient ralliées à la France. Ce jour-là, le caïd Trari, sous prétexte de nous appeler au secours, nous entraîna en réalité dans un traquenard.
    Le colonel de Montagnac, commandant des troupes basées à Djemmaa Ghazaouet, n’écoutant que son envie d’en découdre avec l’émir, se mit à la tête d’une petite colonne : 60 cavaliers du 2ème Hussard (Chef d’Escadron Courby de Cognord) et 350 chasseurs du 8ème Chasseurs d’Orléans (Chef de Bataillon Froment-Coste), le tout avec 6 jours de vivres. L’objectif était d’empêcher la jonction d’Abd-El-Kader avec l’agha Ben-Ali et de protéger les Soubalias.
    L’on partit le jour même à 22 heures et l’on bivouaqua à 15 kilomètres environ à l’ouest de Djemmaa Ghazaouet.

    Le 22 au matin, Trari orienta Montagnac vers le Sud-Est et l’on campa après 8 kilomètres, vers 13 heures, le long de la piste, en plein bled. A ce moment, quelques cavaliers arabes sont visibles sur les crêtes qui barrent l’horizon à l’ouest. On échange à distance les premiers coups de feu.

    Le 23 à l’aube, Montagnac, plein d’allant, décide de se porter vers les cavaliers ennemis aperçus la veille. Il laisse à la garde du bivouac, le commandant Froment-Coste, le capitaine de Gereaux et des élèments de sa compagnie (la 8ème) de Carabiniers, le Capitaine Burgard et sa 2ème compagnie. Puis, il se porte vers l’ouest avec l’escadron de Hussards, et plusieurs compagnies de Chasseurs. Ils font environ 4000 mètres vers l’ouest… et c’est le drame.

     

    Surgissant brusquement des crêtes environnantes, 5000 à 6000 cavaliers arabes, menés par Abd El-Kader en personne, fondent sur la petite colonne. Les Hussards chargent. Courby de Cognard est blessé. Nos cavaliers sont submergés et, malgré une défense désespérée, sont bientôt anéantis. Les trois compagnies de Chasseurs forment le carré et font face. Au milieu d’elles, Montagnac est tué. On charge par compagnie pour se dégager. La lutte va durer trois heures.
    Puis disloquées, dispersées, écrasées, les unités du 8ème d’Orléans succombent sous le nombre et sont massacrées.

    Averti au bivouac par le maréchal des logis Barbut, du 2ème Hussards, le commandant Froment-Coste, se précipite avec la 2ème compagnie vers le combat qui se déroule à 4 kilomètres de lui. Il ne fait pas 2000 mètres. Les arabes, qui ont vu son mouvement sur ce terrain dégagé et nu, l’interceptent, l’entourent, l’assaillent de toute part…

    (Le commandant n’eût que le temps de commander le carré. La manœuvre s’exécuta sous le feu de 5000 Arabes, comme elle se fût exécutée au champ de Mars. De tous ces hommes, un seul donna non pas un signe de crainte, mais une marque de regret.
    C’était un jeune chasseur de vingt ans qui s’écria : « Ô mon commandant, nous sommes perdus ! »
    Le commandant sourit au pauvre enfant. Il comprit qu’à vingt ans, on connaissait si peu de la vie qu’on aurait bien le droit de la regretter.  « Quel âge as-tu ? » demanda le commandant. « Vingt-et-un ans » répondit-il. « Eh bien, tu auras donc à souffrir dix-huit ans de moins que je n’ai souffert. Regarde-moi et tu vas voir comment on tombe, le cœur ferme et la tête haute ».
    Il n’avait pas achevé qu’une balle le frappait au front et qu’il tombait comme il avait promis de tomber.
    « Mes enfants, dit le capitaine Burgard en prenant le commandement de la compagnie, apprêtons-nous à faire comme lui »
    Les captifs de la Deïra d’Abd-el-Kader : Sidi-Brahim et Sidi-Moussa – Maurice de Bongrain – 1864)

    Le commandant Froment-Coste est tué, le Capitaine Dutertre est fait prisonnier… La lutte est acharnée mais brève. Bientôt, il ne reste plus qu’une douzaine de chasseurs que l’adjudant Thomas, au moment de tomber aux mains de l’ennemi, exhorte à se battre jusqu’au bout sur les corps de leurs officiers.

    Le capitaine de Gereaux, qui a la responsabilité du bivouac, assiste impuissant à la lutte désespérée. Il réalise qu’au moment où son tour sera venu, il ne pourra rien faire dans ce terrain dégagé, plat et sans obstacle, totalement inadapté à toute défensive. A 1000 mètres de là, vers l’est, se dresse dans la plaine le petit édifice de la Kouba du Marabout de Sidi-Brahim, flanquée de quelques figuiers et entourée d’un mur de pierres sèches.
    C’est là que le capitaine de Gereaux décide de se porter et de s’installer pour se battre en attendant du secours. Il rameute alors les troupes restant avec lui. Le déplacement est rapidement exécuté dans la chaleur accablante de ce début d’après-midi, mais n’échappe pas à Abd El-Kader. L’Emir pense qu’il va facilement écraser ces quelques restes de la colonne française.

    Pour lui, ce sera l’affaire de quelques instants… Et pourtant… Il va se heurter, pendant trois jours et trois nuits à la résistance des 80 chasseurs du Marabout de Sidi-Brahim.

    Dans l’après-midi du 23 Septembre, les Arabes sont en masse autour de la Kouba… et c’est le siège.
    Les assauts des troupes de l’émir se succèdent. Les harcèlements sont permanents. Les vivres et les munitions s’épuisent. Sous le soleil torride, l’eau manque rapidement. Mais les Chasseurs ne cèdent pas.

    Dès le début, le capitaine de Gereaux a fait confectionner un drapeau tricolore de fortune pour attirer l’attention de la colonne de Barral qui, avec le 10ème Bataillon de Chasseurs d’Orléans, opère non loin à partir de Lalla-Marnia. Le caporal Lavayssière prend sa cravate bleue, la ceinture rouge du lieutenant Chappedelaine et le mouchoir blanc du capitaine de Géreaux. Non sans attirer le feu de l’ennemi, aidé du Chasseur Strapponi, il hisse le drapeau au sommet d’un figuier qui se dresse près du Marabout… et là, dans la lunette qu’il a emprunté au capitaine de Gereaux, il voit la colonne Barral, attaquée à son tour, s’éloigner dans la plaine.

    Les arabes vont tout tenter pour faire céder la résistance inattendue des Chasseurs de Sidi-Brahim.Par trois fois, ils les somment de se rendre. A la première sommation, Gereaux répond que ses chasseurs et lui préfèrent mourir. A la seconde, assortie de menaces contre les prisonniers, il répond encore que ses chasseurs et lui sont à la garde de Dieu et attendent l’ennemi de pied ferme. A la troisième, Gereaux blessé, épuisé, ne peut répondre lui-même. Lavayssière s’en charge et ayant emprunté le crayon du capitaine, écrit : « M…e pour Abd El-Kader ! Les Chasseurs d’Orléans se font tuer mais ne se rendent jamais ! ».

    Après les sommations viennent les menaces et bientôt les sévices.

    (Enervé et confus, Abd-el- Kader voulut savoir s’il lui restait des prisonniers vivants. Quatre-vingts avaient la tête tranchée. Dix autres étaient mourants. Deux restaient : le capitaine Dutertre et le clairon Rolland. Il fit parler au capitaine par son interprète.
    L’interprète dit : « Capitaine, l’émir veut que tu ailles jusqu’au marabout pour engager tes camarades à se rendre, sous peine d’avoir la tête immédiatement tranchée quand tu reviendras. Ta parole d’honneur ? — Tu l’as, répondit le capitaine.
    Il partit en allumant une cigarette. Les soixante hommes l’attendaient sur leurs murailles. Il s’arrêta à vingt mètres du marabout et leur cria : – Camarades, l’émir m’envoie vers vous pour vous engager à mettre bas les armes. Si vous vous rendez, il vous promet la vie sauve. Si vous ne vous rendez pas, je serai décapité. Et moi je vous dis au contraire : Défendez-vous jusqu’au dernier mais ne vous rendez pas !
    - Bravo ami ! dit une voix que Dutertre reconnut. – Tu es là, Géreaux ! Comment ça va ?
    - Assez bien, si ce n’est que nous n’avons plus de tabac.
    Dutertre fouilla dans sa poche et lança une blague dans le marabout.
    -
    Il y a là-dedans de quoi faire une dizaine de cigarettes. Moi, je n’en ai plus besoin, j’ai grillé ma dernière. Adieu, camarades, je vous souhaite de revoir Paris, Vive la France !
    -
    Vive Durtertre ! s’écrièrent les soixante hommes.
    Le capitaine retourna au camp. Sa cigarette était fumée. Il en avait encore le bout aux lèvres quand sa tête tomba.
    Almanach national de la mutualité française – 1903)

    Quelques instants plus tard, suprême intimidation, sa tête tranchée est promenée par les arabes autour de Kouba, bien en vue de ses défenseurs.

    Ce sont alors les prisonniers des combats précédents qui sont traînés, les mains liées, pour ébranler la détermination des hommes de Gereaux. « Couchez-vous ! » hurle Lavayssière. Et il fait aussitôt déclencher une fusillade sur l’escorte d’Abd El-Kader qui se trouvait à proximité. Abd El-Kader sera blessé à l’oreille.

    Enfin c’est le Clairon Rolland, lui-même aux mains de l’ennemi, qui reçoit l’ordre, sous menace de mort, de sonner « la retraite ».

    (À ce moment précis, dans le camp arabe, là-bas, devant sa tente, Abd-el-Kader fit signe au dernier prisonnier vivant, qui rêvait assis au milieu du cercle de ses camarades décapités. Puis il appela son interprète et lui parla.
    L’interprète traduisit au chasseur à pied : - Comment t’appelles-tu ? – Rolland. – Tu es clairon ? – Oui. – L’émir veut que tu sonnes la retraite aux carabiniers qui viennent de quitter le marabout. Pas un instant à perdre. Obéis.
    Le clairon était un jeune homme de vingt ans. Passant par-dessus les corps de Dutertre et de ses camarades, il alla prendre son clairon qui était posé à terre.
    Quand il revint, sa figure était changée. Il regarda les carabiniers qui accouraient et, sous l’oeil fixe d’Abd-el-Kader, tournant son clairon vers cette petite poignée d’hommes grandissante, au lieu de leur sonner la retraite, il leur sonna… la charge !

    Almanach national de la mutualité française – 1903)

    Les jours passent, la résistance ne faiblit pas. Mais les secours n’arrivent pas. Gereaux, de plus en plus affaibli, mais qui a gardé la tête froide, se rend compte que la situation où il est, ne peut plus durer. Il décide alors qu’il faut percer et essayer de regagner Djemmaa Ghazaouet, à près de 15 kilomètres.
    Le Caporal Lavayssière qui, depuis le début, s’est révélé être un homme d’action exceptionnel, prendra le commandement du détachement. Les Officiers Gereaux, Chappedeleine, Rozagutti, tous blessés, ne sont plus en état d’assurer cette mission. Le 26 septembre, à l’aube, on escalade la face nord de la Kouba, on bouscule les petits postes arabes complètement surpris et, formé en carré, les blessés au centre, on se met en marche dans la plaine sous le soleil qui monte. L’épreuve va durer toute la journée…

    On connaît la suite et l’issue douloureuse de cette marche héroïque et épuisante qui va connaître un dénouement tragique dans le lit de l’oued Mersa, à 2 kilomètres de Djemmaa Ghazaouet. Dans la journée du 26 septembre et les jours suivants, quelques rescapés de la colonne Montagnac parviendront à rejoindre Djemmaa Ghazaouet. Plusieurs succomberont à leur épuisement et à leurs blessures.

    Les restes des héros de Sidi-Brahim furent rassemblés dans un caisson en bois à Djemmaa Ghazaouet (Nemours) dans le « Tombeau des Braves » le 2 mai 1889. En 1945, à l’occasion du centenaire des combats, il fut décidé de confectionner un sarcophage en porphyre. Les ossements ont été déposés dans le sarcophage réalisé par la légion étrangère le 26 septembre 1946.

    A la suite des événements en Algérie en 1962, le sarcophage, la croix de fonte et les plaques commémoratives ont été rapatriés en France le 26 octobre 1963.

    Depuis 1964, le « Tombeau des Braves » est au musée des Chasseurs, au château de Vincennes. 

     

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