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  • Les légionnaires tchécoslovaques et la première guerre mondiale dans GUERRE 1914 - 1918 remisedrapeau-150x150devisepoincarre-150x150 dans PAGES D'HISTOIREdevisebenes-150x150memorial1-150x150

    Un article paru dans la revue La Charte (Avril 2009), nous mène à nouveau à Darney et au souvenir de ces soldats tchécoslovaques qui ont combattu pour la France.

    Article de Monsieur André Poirot, conservateur du musée franco-tchécoslovaque de Darney.

    Lors des commémorations du 90ème anniversaire du 11 novembre 1918, de multiples hommages ont été rendus aux « Poilus », héros de ce conflit extrêmement meurtrier. Par des colloques, des écrits et témoignages, des manifestations patriotiques, on a vanté à juste titre leurs actions d’éclat et leurs souffrances, en associant celles de leurs alliés anglais et américains. Toutefois, fort curieusement, on ignore totalement le soutien particulièrement efficace apporté par les légionnaires tchécoslovaques basés à Darney (Vosges), tout près des fronts d’Alsace, des Ardennes et de Champagne, où ils se sont illustrés.

    Cette Légion a pris naissance dès 1914, grâce à l’association sportive des SOKOL de France (spécialisée dans la gymnasique collective) et à la suite des arrivées clandestines de jeunes gens venus de Bohême, Moravie et Slovaquie, échappés du joug de l’empire d’Autriche qui occupait ces provinces.

    Dès que se termina l’instruction des premiers volontaires, une compagnie fut destinée au combat, fin 1914, et se distingua lors de la grande offensive de l’Artois. Appelée « NAZDAR » qui se traduit par « Salut », elle s’est retrouvée engagée dans la bataille de Neuville-Saint Waast le 9 mai 1915, où elle eut à déplorer 40 morts et 200 blessés. Tandis que ces volontaires tchèques et slovaques arrivaient de plus en plus nombreux (d’Europe et des Etats-Unis en 1917), des officiers français procédaient à leur instruction et à leur encadrement, avant que ces troupes n’aient elles-mêmes leurs gradés. Regroupés en régiments, ils venaient du sud-ouest, où ils étaient rassemblés, puis dirigés vers Darney au nord-est où l’armée française leur octroya un camp construit à proximité du champ de bataille.

    C’est dans ce camp baptisé « Kléber » qu’ils reçurent leur premier drapeau des mains du président de la république, Raymond Poincarré, venu spécialement avec Edouard Benès, représentant le conseil national provisoire de la Tchécoslovaquie en France, en présence des délégués des gouvernements alliés. Et ces milliers de Légionnaires, la main droite levée, ont juré « de ne jamais fuir, ni lutte ni danger, et de combattre aux côtés des alliés, tant que [leur] nation ne sera pas devenue indépendante et maîtresse absolue de ses destinées ».

    Tandis qu’en Italie était crée une autre Légion, avec une partie de celle existant en France, les régiments tchécoslovaques en France rejetèrent au cours de l’été 1918 notamment, l’ennemi au-delà de la Vesle près d’Epernay, relevèrent les Zouaves et les Tirailleurs dans l’Aisne puis occupèrent Terron face à trois bataillons allemands appuyés par l’artillerie. Ils y perdirent plus de 500 hommes. Sous les ordres du commandant Husak, ils ont livré une lutte âpre et meurtrière et firent preuve d’une bravoure admirable. Ils furent cités à l’ordre de l’armée française.

    Le 21e régiment reconquit le ravin de Clairefontaine et le 22e fit de même au ravin de la Fournelle, toujours dans la région de Vouziers. Sur les rives de l’Aisne, le 22e captura officiers ennemis, canons et mitrailleuses et, au ravin de la Chaponnière, il fit une quinzaine de prisonniers, s’empara d’obusiers et de huit voitures mitrailleuses, après avoir même abattu un avion.

    Dans le massif vosgien et en Alsace, le 21e régiment livra bataille dans la région de Sentheim, Lauw et Mittelbach, subissant de lourdes pertes, tandis que de nombreux blessés étaient rapatriés dans les hôpitaux militaires vosgiens, installés dans des hôtels des villes thermales de Vittel et Martigny-les-Bains. On peut préciser qu’à Vittel, l’hôpital complémentaire n° 10 abritait 690 lits dans trois hôtels et l’hôpital n° 10 bis comptait 825 lits dans quatre hôtels. De plus, les Américains avaient pour eux deux autres hôpitaux : la base 23 avec 2500 lits et la base 36 avec 1600 lits qui ont été utilisés jusqu’à la fin de janvier 1919.

    Des légionnaires tchèques et slovaques y ont séjourné. Les morts, tués au combat ou décédés en hôpital, ont été ensevelis pour la plupart à Mittelbach, Martigny ou Darney. Beaucoup de ces victimes reposent sur différents lieux de combats : 320 à Chestres (Ardennes), 70 à La Targette (Pas-de-Calais), 25 à Minacourt (Marne), et 45 à Cernay (Haut-Rhin), mais la majorité a été rapatriée au pays natal.

    On comprendra mieux pourquoi Darney est lié si étroitement au peuple tchèque et slovaque : le mémorial du camp « Kléber » et musée militaire du château sont des lieux de mémoire qu’il faut visiter. Ils restent un lieu de pèlerinage pour tous les amis de la liberté, de la paix et de l’Europe unie.

     

     

    Le monument franco-tchécoslovaque de Darney.

    L’initiative de la construction de ce monument a été prise par le conseil général des Vosges, dans sa séance du 14 mai 1937, à la dilligence de son président, Monsieur André Barbier, sénateur et maire de la commmune de Darney. Les gouvernements français et tchécoslovaque, saisis du projet de l’assemblée départementale des Vosges, s’empressèrent de lui donner leur entière approbation et de lui apporter un précieux concours matériel et moral. Des comités de patronage furent formés à Paris et à Prague, auxquels adhérèrent aussitôt les chefs des deux états, les ministres et les plus éminentes personnalités de la politique, des sciences et des arts des deux nations.

    Le parlement français vota à l’unanimité un crédit extraordinaire de 500 000 francs pour l’érection du monument franco-tchécoslovaque de Darney. La discussion de ce projet de loi donna lieu, tant à la Chambre qu’au Sénat, à d’émouvantes manifestations de l’amitié unissant la France à la Tchécoslovaquie.

    Une pyramide de béton, haute de 32 mètres, jaillit bientôt comme un signal, à la sortie de Darney, dominant sans orgueil et le protégant sans dureté, ce champ historique où le 30 juin 1918, les troupes massées face à Benès et Poincarré, recurent leur drapeau, prêtèrent serment, et entendirent proclamer l’indépendance de leur patrie.On retarda à dessein l’inauguration de ce mémorial jusqu’en 1938 pour la faire coïncider avec le 20ème anniversaire des cérémonies du 30 juin 1918. Mais déjà, les menaces d’un second conflit planaient sur l’Europe assombrie et cette louable intention tourna court.

    Ce fut bientôt la guerre, et les envahisseurs de Prague arrivèrent à Darney. Une unité spécialisée de sapeurs allemands, chargée tout spécialement de détruire le monument, travailla pendant près d’une semaine à cette opération. Le mémorial darnéen fut aussi difficile à faire éclater que le patriotisme tchécoslovaque, mais le 18 novembre 1940, la haute pyramide se couchait malgré tout, alors qu’un violent orage, comme une désapprobation, s’abattait sur la contrée.

    Dès la fin de la guerre, un comité départemental pour la reconstruction du monument franco-tchécoslovaque de Darney se remit courageusement au travail, mais tout était à refaire. Le but envisagé était en effet de reconstituer le bien détruit, de façon identique et au même emplacement, dès que les conjonctures internationales le permettraient. Un décret du ministère de l’intérieur en date du 2 juillet 1964, approuvait enfin la reconstruction, tandis que le permis de construire était délivré quelques mois plus tard.

    Malheureusement, le comité se heurta à bien des difficultés matérielles et financières, et c’est grâce à un nouvel effort du conseil général des Vosges, que purent être commencés en septembre 1967, les travaux de reconstruction.

    Si bien que, depuis le début de l’année 1968, année du cinquantenaire de la création de l’état tchécoslovaque, se dresse un nouveau mémorial, constitué par une flèche de métal haute de 20 mètres, surmontant un pentagone de ciment armé sur lequel des pensées de Poincarré, Masaryk et Benès, rappellent toujours avec actualité le courage et la ténacité d’une noble nation. Les phrases de ces trois hommes d’état, défiant les événements, disent que la vérité renaît sans cesse, et que selon la fière devise tchécoslovaque « Cette vérité vaincra ».

    Le monument franco-tchécoslovaque de Darney et le musée du château concrétisent la pérennité des liens qui unirent deux peuples au cours des siècles, et contribuent à faire de la cité de Darney, un symbole toujours vivant de l’amitié franco-tchéco-slovaque.

     

     

     

     

  • 2 commentaires à “Les légionnaires tchécoslovaques et la première guerre mondiale”

    • Raymonde Brothier on 8 avril 2014

      Je suis membre d’une association de recherche d’histoire locale, nous préparons une exposition à l’occasion du centenaire de la première guerre mondiale qui évoquera la vie des soldats et des habitants de nos villages durant ce conflit.
      Il se trouve qu’un de ces villages, Chaptelat en Haute Vienne, recevait dans un hôpital temporaire des soldats allemands.
      Certains y sont décédés et leurs tombes se trouvent dans le cimetière de la commune selon la tradition des cimetières militaires.
      A l’écart de ces tombes, il y a une pierre tombale qui porte l’inscription: Rodolphe Sedlak sergent tchécoslovaque né à Svitavka Moravie le 16 mai 1918 à l’âge de 32 ans.
      Le registre d’état civil de la commune indique qu’il est décédé à l’hôpital temporaire fils de feu Joseph Sedlak et de Vincenzia Dvorak.
      Nous voudrions en savoir davantage sur ce soldat qui s’est battu au côté de la France et s’est trouvé à mourir au côté des allemands. Nous nous sommes adressés au service culturel de la mairie de Svitavka mais nous nous sommes heurtés à la barrière de la langue.
      Voici donc notre demande:
      Pouvez-nous nous indiquer quelqu’un qui peut traduire en tchèque notre demande de renseignements?
      Veuillez agréer nos remerciements et nos meilleures salutations.
      Raymonde Brothier
      Ci-dessus l’adresse du musée virtuel de notre association.

    • Octavio Lilidarto on 15 avril 2014

      Bravo pour votre travail de recherche.

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