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  • 22 février 2009 - Par Au fil des mots et de l'histoire

    Le soldat inconnu de l'Arc de Triomphe dans A NOS ANCIENS lesoldatthin2-150x150dptdefleurssurlestombesdesoldatsfranais3-150x150 dans GUERRE 1914 - 1918hommagedesenfantsdescoles2-150x150 dans LES SOLDATS INCONNUSarrivedusoldatinconnuparis-150x150Arrivée-au-tombeau-150x150Tombeau-du-soldat-inconnu1-150x150latombedusoldatinconnu2-150x150

    Dès 1916, lors de son discours du 6 novembre 1916 au cimetière de l’est à Rennes, le président du souvenir français de Rennes, François Simon, eut l’idée de placer un soldat inconnu au Panthéon. Il proposa ainsi de choisir le corps d’un soldat français tombé au champ d’honneur et non identifié.

    Le 12 juillet 1918, un député, Maurice Maunoury, soumet l’idée d’élever un tombeau à un soldat anonyme. Cette même année, il est également proposé à Georges Clemenceau le transfert symbolique au Panthéon du corps d’un combattant. Cette idée est adoptée par les députés réunis à l’assemblée nationale le 12 novembre 1919. Mais une campagne de presse propose l’inhumation d’un soldat inconnu sous l’Arc de Triomphe.

    Finalement, le 2 novembre 1920, un projet de loi est déposé par le gouvernement et voté à l’unanimité par le parlement. Il comporte deux courts articles :
    « Article 1er : Les honneurs du Panthéon seront rendus aux restes d’un des soldats non identifiés morts au champ d’honneur au cours de la guerre 1914-1918. La translation des restes de ce soldat sera faite solennellement le 11 novembre 1920.
    Article 2 : Le même jour, les restes du soldat inconnu seront inhumés sous l’Arc de Triomphe. »

     

    Le 8 novembre, les députés réunis en session extraordinaire adoptaient la loi concernant « la translation et l’inhumation des restes d’un soldat français non identifié ». Encore fallait-il placer dans un lieu symbolique et d’accès facile le corps de ce combattant qui représenterait tous les soldats morts au combat non identifiés. « Fut-il le plus humble des citoyens, ouvrier ou patron, paysan ou bourgeois, illettré ou savant, patricien ou plébéien, s’exclama dans une superbe envolée le rapporteur du projet, Georges Maurisson, qu’importe, pour tous il sera le plus grand « .

    Chaque commandant des huit secteurs tenus pendant la guerre (Artois, Somme, Ile-de-France, Chemin des Dames, Champagne, Lorraine, Verdun et les Flandres) reçut comme instruction de « faire exhumer dans un endroit qui restera secret le corps d’un militaire dont l’identité comme française est certaine mais dont l’identité personnelle n’a pu être établie ». Mission pour le moins compliquée, si difficile qu’il fut impossible, dans un des secteurs, de désigner la nationalité des corps avec certitude. Deux jours à fouiller, à retourner la glaise, Auguste Thin est l’un des terrassiers.

    Pourtant, Auguste Thin a bien failli ne pas faire partie de l’histoire. En effet, il n’est pas choisi par ses supérieurs pour remplir ce rôle historique. Car ce n’est pas à lui que l’on a pensé lorsque l’ordre est parvenu de désigner « un ancien poilu de deuxième classe, le plus méritant possible ». « Je demanderai à l’un de ces vaillants de sortir du rang et de désigner l’un de ces cercueils exposés« , avait déclaré André MAGINOT, ministre des pensions, des primes et des allocations de guerre, lui-même grand mutilé de guerre.

     

    Le 10 novembre 1920, en fin de matinée, ce sont huit cercueils, recouverts d’un drapeau tricolore, qui sont alignés dans une galerie souterraine de la Citadelle de Verdun transformée en chapelle ardente. Huit cercueils de chêne brut, recouverts de l’étamine tricolore ; huit candidats à la reconnaissance éternelle ou à l’éternel oubli.

    Tout est prêt pour l’arrivée de la délégation conduite par le ministre, sauf le soldat que l’on a pressenti pour être ce «vaillant». Car ce héros du Chemin des Dames et de Verdun, vient de tomber malade. A quelques heures de la cérémonie officielle, il faut trouver un autre «deuxième classe ayant fait la guerre», un autre «vaillant». Deux ans après l’Armistice, à part quelques gradés, il restait peu d’anciens combattants du Régiment.

    Parmi les plus jeunes, Auguste Thin, fils d’un soldat mort pour la France, était de ceux-là. Commis épicier à Caen, il s’engage à Lisieux, le 03 janvier 1918, à l’âge de 19 ans pour libérer le sol natal et venger son frère aîné grièvement blessé. Fin août, Auguste Thin est gazé dans les rangs du 234ème R.I., au moment de la redoutable contre-attaque en Champagne. Après quelques mois, il repart pour l’Hartmannswillerkopf. A l’Armistice, il se trouve à Guebwiller, les cloches sonnent, les gens s’embrassent. En novembre 1920, à la caserne Niel, située à Verdun, Auguste Thin attend de retourner chez lui. Il ne lui reste que trois mois de service à faire. Mais ce matin là, l’Histoire a décidé de retenir son nom.

     

    Le 10 novembre, vers midi, le commandant du régiment, le colonel Plande, le convoque : « Soldat Thin, c’est vous qui désignerez le Soldat Inconnu, cet après-midi. Allez toucher une tenue neuve ».

    Quatre heures plus tard, en tenue « n° 1″, casqué, sanglé, très impressionné, le jeune poilu pénètre dans la casemate transformée en chapelle ardente. Le ministre André Maginot, suivi du général gouverneur Boichut, est entré dans la galerie en s’appuyant sur ses cannes. La sonnerie aux morts retentit, exécutée par des jeunes soldats. Puis les tambours voilés de crêpe se sont mis à rouler lugubrement et les cœurs se sont serrés.

    Un choix difficile, huit cercueils alignés, deux par deux, comme les boutons d’une capote. Sur chacun d’eux, un drapeau tricolore retombant jusqu’à terre. Une voix s’élève. Celle d’André Maginot: « Soldat Thin, voici un bouquet de fleurs cueillies sur les champs de batailles de Verdun, parmi les tombes des héros morts pour la Patrie. Vous les déposerez sur l’un des huit cercueils qui sont ici. Celui que vous choisirez sera le « Soldat Inconnu » que le peuple de France accompagnera demain sous l’Arc de Triomphe ».

    La suite est narrée par un journaliste de l’époque. « Un silence écrase les poitrines. Anxieuse attente, le soldat blême qu’il était, est devenu rouge, la démarche raide, il a fait le tour des huit cercueils. Il a tourné une première fois très vite, sans s’arrêter, puis au second tour, brusquement, il a déposé son bouquet sur le troisième cercueil de la rangée de gauche. Un murmure s’élève, soulageant les cœurs : « C’est fini, il a choisi ». »

    « Il me vint une pensée simple. J’appartiens au 6e corps. En additionnant les chiffres de mon régiment, le 132, c’est également le chiffre 6 que je retiens. Ma décision est prise : ce sera le 6e cercueil que je rencontrerai » Témoignage d’Auguste THIN.

    Auguste Thin suit le cercueil hissé d’abord sur le pavois de solides épaules, puis transporté sur l’affût d’un canon de 75 tiré par un double attelage. Il suit le cortège funèbre jusqu’à la gare, avec les hommes de sa compagnie, au pas cadencé, le fusil sur l’épaule. Ils traversent toute la ville dans un silence impressionnant, les rues étaient couvertes de neige et les trous d’obus n’étaient pas encore bouchés. Devant l’hôtel de ville, les soldats déposent leur fusil un instant. Le temps d’un discours, celui du maire :  » Va, petit soldat de France, tu emportes dans ta gloire un peu de l’air de nos champs de bataille, tout saignant encore du sang de tes frères, et peut-être du tien « .

     

    Sur le quai de la gare, les camarades d’Auguste Thin chargent le cercueil dans le fourgon du train ministériel qui doit arriver à minuit à la gare de Denfert Rochereau. « Ce mort qui va passer, c’est l’enfant de tout un peuple en larmes, l’enfant de tous ceux qui n’attendent plus l’impossible retour d’un fils parti, et il peut s’en aller sans parents vers l’arche triomphale, des milliers de mères le pleureront, ce soir ». Le train s’ébranle, sans Auguste Thin.

     

    Le lendemain, 11 novembre, après une escale au Panthéon, le cercueil du soldat inconnu, béni par l’archevêque de Paris, est déposé sous la voûte centrale de l’Arc de Triomphe, au milieu d’une foule immense et grave.

     

    A la même heure, soldat parmi les autres, Auguste Thin enterrait les sept inconnus restés à la citadelle, ceux auxquels le destin a refusé la gloire. Sept tombes anonymes au Cimetière du Faubourg Pavé à Verdun .

    Le 28 janvier 1921, le Soldat Inconnu est inhumé dans sa tombe. Sur la dalle sous laquelle repose l’Inconnu, une inscription : « Ici, repose un Soldat Français mort pour la patrie ».

     

    Tous les jours, même aux heures les plus noires de la France, à 18h30 une ou plusieurs sociétés d’anciens combattants viennent raviver la flamme du souvenir. Au cours de la cérémonie, on actionne le robinet d’ouverture du gaz avec une épée : « une flamme jaillit et la fanfare donne la sonnerie aux morts ».

     

     

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