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  • 21 février 2009 - Par Au fil des mots et de l'histoire

    Les Chasseurs des Vosges dans GUERRE 1870 - 1871 cartefermedebone3-150x150pontdefontenoy3-150x150 dans PAGES D'HISTOIREcartefontenoy3-150x150aprslincendiedefontenoy1-150x150monumentdefontenoy1-150x150

    Au milieu du département des Vosges, sur un plateau boisé dominant les petites villes de Chatenois et Lamarche, s’élève la maison forestière de Boëne. Là, s’était retranché, dans l’hiver de 1870, un petit corps de volontaires français, sous les ordres d’un vieux soldat d’Afrique et d’Italie, le commandant Bernard et d’un ancien élève de l’école militaire, le capitaine Coumès. C’étaient les Chasseurs des Vosges.

    En quelques semaines, ils firent une forteresse de ce petit bâtiment. Les arbres des bois environnants furent abattus et disséminés sur les sentiers, opposant un obstacle infranchissable à la marche de l’ennemi. Des talus, des fossés et une forte enceinte de palissades complétèrent ce système de défense. Jusqu’à la signature de la paix, le drapeau français flotta sur ces ouvrages. Les Prussiens n’osèrent attaquer la position.Les braves militaires ne restèrent pas pour autant inactifs. Ils harcelèrent continuellement l’ennemi. Chaque jour, ils sortaient en petit nombre, attendaient dans les fossés des routes les détachements séparés de l’Armée allemande, les attaquaient à l’improviste et rentraient toujours dans leur camp avec quelque nouvelle prise. Les Prussiens les craignaient autant qu’une armée entière. Mais ces continuelles escarmouches, quoique très meurtrières pour l’ennemi, ne suffisaient pas à ces vaillants chasseurs. Ils voulaient être plus directement utiles et concourir à une action importante.

    Dans les premiers jours de 1870, ils formèrent le projet de couper la grande ligne d’approvisionnement des Allemands, en faisant sauter le pont de Fontenoy, à 7 kilomètres à l’est de Toul. Rien ne pouvait être plus funeste pour l’armée prussienne.

    « Si vous réussissez dans votre projet, leur dit le ministre de la guerre, vous aurez fait autant pour la défense que si nos armées remportaient deux victoires ».

    Les difficultés d’une pareille entreprise étaient énormes. On manquait de poudre, et comment en faire venir à travers un pays occupé de toute part par les ennemis ? Des essais infructueux furent faits pour en fabriquer sur place. Enfin, le commandant de la ville de Langres en fournit une ample provision et la fit parvenir à nos chasseurs à travers les lignes prussiennes.

    Ces braves se préparèrent à une périlleuse expédition et, le 18 janvier, à la nuit tombante, ils se mirent en marche au nombre de 300. La route de Mirecourt à Neufchateau s’offrait à eux, mais tous les villages étaient pleins d’ennemis. Les chasseurs prirent à travers champs pour éviter les troupes allemandes. Ils marchèrent toute la nuit et n’arrivèrent qu’à 9 heures du matin après avoir fait 40 kilomètres. Jamais marche militaire ne s’accomplit dans des conditions plus difficiles.

    Il fallut user de précautions inouïes pour tromper la vigilance des Prussiens ; le bataillon ne marcha que la nuit, franchissant en quelques heures d’énormes distances dans des chemins couverts d’une épaisse couche de neige, se réfugiant le jour dans des fermes isolées, déjà saccagées par l’ennemi, et où l’on ne pouvait se procurer aucune nourriture. Pour traverser les villages, les chasseurs, craignant l’indiscrétion des habitants, se déguisèrent avec des manteaux et des casques, pris précédemment aux ennemis. Les Alsaciens qui étaient parmi eux, menaçaient en allemand les curieux qui mettaient le nez aux fenêtres. Ils parvinrent ainsi à donner le change aux paysans, qui demeuraient persuadés qu’une troupe prussienne avait passé chez eux.

    Enfin, la colonne atteignit les bords de la Moselle dans la nuit du 21 au 22 janvier. Il fallut alors franchir la rivière, contourner la forteresse de Toul, et cela sans voitures, le moindre bruit pouvant donner l’éveil. Les hommes se chargèrent de sacs de poudre, de pelles et de pioches, pour le travail de la mine. A minuit, la petite colonne franchit la Moselle au bas du village de la Breiche, après avoir débarassé les eaux des glaces qui les obstruaient. Il leur fallut entrer dans la rivière par un froid de 5 degrés pour attaquer les glaçons à coups de pioches. Rien n’était impossible à ces intrépides volontaires.

    A peine sont-ils passés que le canon se fait entendre en direction de Toul. Craignant d’être surpris avant d’avoir accompli leur œuvre, ils précipitent encore leur marche et arrivent à Fontenoy le 22 janvier à 5 heures du matin. Un poste prussien occupait la gare. Il fallait le réduire à l’impuissance avant de rien tenter. Une sentinelle qui tentait de résister, est tuée par le capitaine Coumès. Les chasseurs s’élancent la baïonnette en avant, sur le poste. En quelques instants, ils font tomber sous leurs coups les ennemis qui veulent se défendre, les autres se rendent à merci et la gare reste en notre pouvoir.

    Ils se dirigent alors vers le pont et le travail commence. On creuse d’abord sans trouver la chambre de mine. Enfin, on la découvre et les sacs de poudre y sont descendus. Un train arrive de Toul à toute vapeur. « Nous sommes trahis » s’écrient les soldats et tous s’apprêtent à vendre chèrement leurs vies. Mais les Prussiens les ont aperçus. Arrivé à un kilomètre de la gare, le train, qui devait inévitablement dérailler, s’arrête tout à coup et rebrousse chemin.

    Dans la précipitation que cause cette alerte, un des travailleurs laisse tomber sa lanterne sur les sacs de poudre. Un instant encore et l’explosion va ensevelir tous ces braves. Mais un mineur, Tissot, voit le danger. Prompt comme l’éclair, il s’élance sur les sacs, au risque d’être broyé, et a le bonheur d’arriver à temps pour conjurer le péril. On pose les mêches, on y met le feu, et la petite troupe s’éloigne en toute hâte.

    A peine les chasseurs sont-ils rentrés dans le village, qu’une formidable détonation ébranle la terre, c’est le pont qui saute. Les héroïques volontaires ont atteint leur but. « Vive la France » s’écrient-ils avec enthousiasme. Les paysans répètent cette acclamation. Ils s’empressent autour des soldats. Mais il faut partir. Le bataillon quitte Fontenoy avec les 7 prisonniers du poste. Pas un seul homme ne manquait à l’appel et pourtant, nulle troupe ne courut de plus grands dangers.

    Le village de Fontenoy devait expier cruellement cette action héroïque, à laquelle cependant sa population était restée étrangère. « Nous sommes perdus » avaient dit les villageois au départ des chasseurs. Ils n’avaient que trop prévu ce que leur réservait la vengeance prussienne. Ce fut une véritable armée qui se rua sur le pauvre hameau. Les Allemands commencèrent par dévaliser les habitants. Après le pillage, vint l’incendie. Défense fut faite de porter aucun secours, et une pauvre malade fut brûlée vive dans son lit, sans qu’on pût l’arracher à cette mort affreuse. L’église seule et quelques bâtiments réservés par l’ennemi pour son usage restèrent debout. Heureusement, la générosité française est à la hauteur de pareils désastres.

    L’héroïque dévouement des chasseurs des Vosges et la terrible exécution militaire contre Fontenoy avaient ému tous les cœurs. De toutes parts, des souscriptions s’organisèrent. Des vêtements, des vivres, de l’argent arrivèrent bientôt de toutes les villes environnantes pour soulager tant de misères. Les nations étrangères aussi voulurent contribuer à cet acte de charité : des Anglais, des Suisses, des Belges envoyèrent d’importants secours.

     

    Aujourd’hui, Fontenoy s’est relevé de ses ruines. Il a repris un air de gaieté et de jeunesse, avec ses constructions neuves. De la terrible journée, il ne lui est resté que le souvenir glorieux des chasseurs des Vosges.

    D’après les écrits d’Alfred Mézières. Parution dans « Le livre du bon soldat » de Jules Maurie (1893) 

     

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